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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Version de concert de Così fan tutte de Mozart sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Così si deve fare
© Alix Laveau

Après les Noces de Figaro, le Cercle de l’Harmonie poursuit son exploration des opéras de Mozart en version de concert avec Così fan tutte, qui tout autant, voire davantage encore repose sur ses ensembles et dont les situations comiques appellent irrépressiblement la scène. Un défi sans doute, que Jérémie Rhorer relève en équilibriste.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 28/09/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Pour qui a réussi le Nozze di Figaro en version de concert – sans doute davantage au Festival de Beaune qu’au Théâtre des Champs-Élysées, où le poids du star-system rompait la magie –, un Così sans scène est une suite logique, une gageure certes, mais qui va de soi pour peu qu’on évite justement le piège, systématiquement tendu par le prestige des reprises parisiennes, du culte de la personnalité vocale. Car s’il est un opéra d’ensembles, d’équilibre, de troupe, de respiration commune, c’est bien celui-là.

    Première source de satisfaction, le Cercle de l’Harmonie, dont le souffle est, depuis sa naissance, indivisible, est enfin parvenu à conserver dans cette salle qui n’avait de cesse de la lui dérober, du moins jusqu’à la semaine dernière, dans le programme d’air de Jean Chrétien Bach où le jeune orchestre accompagnait Philippe Jaroussky, sa pâte sonore, à la fois saillante et fondue, planante et robuste.

    Sans doute parce que Jérémie Rhorer, en qui tant d’espoirs ont été placés dès son triomphe inattendu sur l’invincible Idoménée un soir de juillet 2006 dans la Basilique Notre-Dame de Beaune, a dépassé son obsession du galbe, salutaire à une époque où tant de formations sur instruments d’époque ont tendance à jouer droit, au profit des équilibres. Son bras n’a rien perdu de son élan, de ses fulgurances, mais son attention aux chanteurs s’est affirmée, son sens de la gradation dynamique s’est développé, et de sa lecture se dégage un sentiment de sereine certitude.

    Le théâtre qu’elle doit seule assumer coule de source, sans effet, sans esbroufe, parce qu’il n’est en somme que musique. Les récitatifs en sont une quintessence, où toujours Paolo Zanzu, volubile comme le sont les continuistes d’aujourd’hui – sauf celui qui d’un clavecin ferraillant plombe une bonne partie du Barbier de Séville que reprend en ce moment l’Opéra Bastille –, obtient du pianoforte des sonorités d’un rebond, d’une tendresse plus poétiques que décorativement fantasques.

    Les chanteurs, qui de leurs qualités individuelles d’abord servent l’ensemble, suivent la même ligne. Aucun d’eux ne tire la couverture à soi, car ils sont là pour faire de la musique – un présupposé souvent perdu d’ouïe –, pour prêter leurs timbres à la fusion, la confusion des cœurs. Plus encore que Fiordiligi et Dorabella, pour lesquelles cela va de soi, Ferrando et Guglielmo sont absolument jumeaux de voix, de frémissante et suave adolescence. Le baryton-basse d’Andreas Wolf a l’exacte couleur qu’il faut, sans noirceur, ni angles droits, pour se fondre en Dorabella, fanfaronner joyeusement et s’offusquer vaillamment.

    Et si Benjamin Bruns fait Un’ aura amarosa en suspension, gorgée d’harmoniques de tête, à dire vrai comme nul n’en ose plus, c’est que l’orchestre fait tout pour le lui permettre. D’autant qu’il ne s’agit en aucun cas d’un cache-misère : Tradito, schernito démontre toutes les réserves de ce jeune ténor allemand, qu’on espère entendre vite dans d’autres Mozart, mais aussi Bach, que toujours sa ligne disciplinée, cultivée, animée suggère.

    Alexandra Coku révèle en Fiordiligi de mêmes qualités instrumentales et musicales. Leçon de dignité, de sobriété, de subtilité, son Come scoglio n’est pas une déclaration de guerre, mais une affirmation contenue de sa fidélité. Contre les vents et la tempête déchaînés par l’orchestre, son phrasé se fait caresse, sans rien d’ostentatoire, ni dans l’agilité, précise et fluide, ni dans l’extension aigüe, lumineuse, pleine et élégamment conduite, ou grave, jamais appuyée, savamment dosée pour se colorer sans s’alourdir. Pis-aller pour masquer des moyens par nature limités pour le rôle ? Là non plus, puisque Per pietà, prodigieux de concentration, de tenue et de sincérité dévoile une étoffe plus étendue.

    Craquante de naturel, la Dorabella de Renata Pokupic a pour elle un velours dont l’opulent drapé dissimule parfois des contours au trait pourtant exquis. Et que la mode soit aux Despina d’âge mur et revenues de tout, Claire Debono n’en a cure, ludique, coquine, épicée et toujours phrasée. Plus ordinaire peut-être, mais dans un rapport de timbres idoine avec ses jeunes acolytes, le Don Alfonso de Simone Alberghini sait suffisamment faire chanter son parlando pour ne pas gâcher, comme tous ces barytons ou basses en bout de course qui, parce qu’ils ont le double de son âge, semblent mieux indiqués pour l’emploi, Soave sia il vento. Vertu d’ensemble, toujours.

    On peut certes aimer son Così autrement, alignement individualiste de dive et divi, mais c’est à notre sens ainsi qu’il faut le faire.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 28/09/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de Così fan tutte de Mozart sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Così fan tutte ossia la Scuola degli amanti, dramma giocoso en deux actes K. 588 (1790)
    Livret de Lorenzo Da Ponte

    Alexandra Coku (Fiordiligi)
    Renata Pokupic (Dorabella)
    Benjamin Bruns (Ferrando)
    Andreas Wolf (Guglielmo)
    Simone Alberghini (Don Alfonso)
    Claire Debono (Despina)

    Chœur de chambre Les Éléments
    Le Cercle de l’Harmonie
    direction : Jérémie Rhorer

     


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