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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Récital Beethoven du Quatuor Artemis à l’Auditorium du Louvre, Paris.

Artemis donne la leçon

Bien connu tant pour ses concerts que pour ses disques désormais chez Virgin Classics, le Quatuor Artemis est venu en toute simplicité donner une vraie leçon de musique de chambre à l’Auditorium du Louvre. Un moment de grand bonheur musical consacré à trois quatuors des périodes créatrices distinctes de Beethoven.
 

Auditorium du Louvre, Paris
Le 07/10/2009
Gérard MANNONI
 



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  • Comme la plupart des formations de ce type, le Quatuor Artemis a connu quelques changements d’effectif au cours de son histoire déjà longue de vingt ans. Fondé à Lubeck en 1989, officiant désormais à Berlin où ses membres enseignent à l’Université des Arts, il est composé aujourd’hui des violonistes Natalia Prishepenko et Gregor Sigl, de l’altiste Friedemann Weigle et du violoncelliste Eckart Runge, Sigl et Weigle ayant rejoint la formation en 2007.

    Avec sa propre série de concerts à la Philharmonie de Berlin, des collaborations très diversifiées, notamment avec certains des solistes les plus réputés, comme Leif Ove Andsnes, Sabine Meyer ou Truls Mørk, il pratique un répertoire allant jusqu’aux contemporains comme Ligeti.

    Pour ce premier concert parisien de la saison – ils en donneront un autre le 7 décembre au Théâtre des Bouffes du Nord – les quatre musiciens ont choisi un programme tout Beethoven, avec trois quatuors bien connus, et dont ils parviennent à donner une lecture aussi personnelle qu’irréprochable quant au style. Il fallait en outre bien traduire ce qui différencie ces trois œuvres, chacune marquée d’un sceau très particulier.

    Ainsi, le sixième quatuor, en sib majeur, de l’opus 18, qui porte le nom de la Malinconia, tient-il son originalité du contraste de ses trois premiers mouvements d’une structure et d’une couleur assez traditionnelles avec un Finale dont la première partie a d’ailleurs donné son nom à toute la partition. Une alternance très étrange, assez irréelle, de phrases angoissées, introverties, douloureuses, et de rythmes toniques aux couleurs franches.

    Qualité extrême du son des quatre instrumentistes et surtout grande subtilité dans le traitement de la dynamique et des accents nous conduisent inconsciemment d’un monde quasiment heureux et normal à un abîme proche du désespoir total, ou tout au moins d’une réelle angoisse, vainement éclairé de quelques tentatives de souvenirs plus positifs. Il est rare de parvenir à faire dire autant de choses aussi clairement à ce quatuor dont le plaisir de jouer transparaît en permanence sur le visage de chaque interprète. On sent chez eux une sorte de volupté heureuse à produire le plus beau son possible en osmose totale avec les autres.

    Grande diversité aussi entre les deux autres quatuors de ce programme. Le 16e en fa majeur op. 135 est le tout dernier, puisque la Grande Fugue parfois considérée comme numéro 17 fut composée comme ultime mouvement du 13e quatuor, avant d’être dissociée quelques mois plus tard pour être désormais jouée seule. L’exergue au dernier mouvement, Muss es sein ? Es muss sein ! fut souvent pris pour une indication d’interprétation mais relève plus probablement d’un private joke de Beethoven, ou aussi bien d’une évocation de son caractère déroutant.

    C’est à tous égard un accomplissement dans la forme et dans la pensée, avec une maîtrise absolue du genre qui permet au compositeur de pousser aussi loin qu’il était alors possible l’héritage de Haydn et de Mozart, sans renoncer à ses propres expériences, comme de le concevoir au départ à trois mouvements seulement avant de rajouter le quatrième, ou d’emprunter dans l’ultime mouvement un motif à la Passion selon saint Matthieu de Bach. Ici encore, les Artemis ont su saisir très exactement la vérité de chacun des mouvements avec un souci permanent de produire un son d’une perfection absolue.

    Composés quelque vingt ans avant, les Quatuors Razumovsky sont très populaires et le troisième, l’opus 59 en ut majeur contient, dès son introduction et aussi dans son Andante con moto où le violoncelle tient une place primordiale, des hardiesses harmoniques et de structure fort nouvelles chez Beethoven. Au-delà de la mise en valeur de ces particularités d’écriture, c’est aussi le charme assez rêveur de ces pages qui est traduit de manière très vraie, sans en exagérer le caractère slave, car des Quatuors Razumovsky, celui-ci est le seul à ne proposer aucun thème réellement russe.

    Toutes ces subtilités rendues de manière si fidèle et résultant d’une approche vraiment approfondie et personnelle des ces pages semble couler de source, et, encore une fois, avec une aisance jubilatoire bien gratifiante à partager.




    Auditorium du Louvre, Paris
    Le 07/10/2009
    Gérard MANNONI

    Récital Beethoven du Quatuor Artemis à l’Auditorium du Louvre, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Quatuor à cordes n° 6 en sib majeur, op. 18 n° 6
    Quatuor à cordes n° 16 en fa majeur, op. 135
    Quatuor à cordes n° 9 en ut majeur, op. 59 n° 3

    Quatuor Artemis
    Natalia Prishepenko, violon I
    Gregor Sigl, violon II
    Friedemann Weigle, alto
    Eckart Runge, violoncelle

     


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