altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Reprise de la Bohème de Puccini dans la mise en scène de Jonathan Miller, sous la direction de Daniel Oren à l’Opéra de Paris.

Quand les comprimarii prennent le dessus
© Christian Leiber

Natalie Dessay (Musette) et Ludovic Tézier (Marcello)

Étrange distribution que celle choisie pour cette première de la reprise d’une production qui a par ailleurs fait son temps. Le couple principal Mimi-Rodolphe de Tamar Iveri et Stefano Secco se trouve en effet à tous égards surpassé par celui, en théorie secondaire, de Musette-Marcello par Natalie Dessay et Ludovic Tézier.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 29/10/2009
Gérard MANNONI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Tristan entre en régression

  • Grande musique,
    grands interprètes

  • Un roi Carotte aux petits oignons

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • On ne peut pas dire que Stefano Secco chante mal, ni faux. Pas plus que l’on ne peut prétendre que Tamar Iveri n’a pas une jolie voix. Ni l’un ni l’autre n’ont pourtant la présence vocale ni le physique adéquats pour prendre la succession des interprètes qui ont habité cette production de la Bohème vieille quand même d’une quinzaine d’années, ni encore moins de ceux qui s’illustrèrent dans la mise en scène de Menotti marquant l’entrée de l’œuvre à Garnier en 1973.

    Il suffit de citer quelques noms pour comprendre. À l’époque Liebermann, les Mimi furent Katia Ricciarelli, Mirella Freni, Kiri Te Kanawa, Ileana Cotrubas face aux Rodolfo de Carlo Cossutta, Luciano Pavarotti, Plácido Domingo ou Giacomo Arragal. À Bastille se succédèrent aussi de grandes pointures telles Leontina Vaduva, Cristina Gallardo-Domas, Angela Gheorghiu, Olga Guryakova, Roberto Alagna, Marcelo Alvarez, Rolando Villazón ! Il eût fallu des personnalités de cette envergure pour redonner vie à un spectacle en fin de parcours, et ce sont les interprètes de ce que l’on appelle les comprimarii qui ont pris cette relève.

    Voix saine mais aussi dépourvue de charme et de charisme que son physique, Stefano Secco est un Rodolfo grisonnant à qui une sorte d’agitation fébrile et permanente tient lieu de jeu scénique. Il n’est pas crédible ici, happé par la taille du plateau et de la salle.

    La jeune Tamar Iveri déçoit au premier acte, se rattrape bien au deuxième où la voix déploie de belles couleurs dans D’onde lieta usci, mais l’actrice minaude trop et l’ensemble de son interprétation n’a pas non plus l’impact requis par le lieu ni l’occasion. Elle est certainement beaucoup plus encore mozartienne que puccinienne, même si l’on persiste aujourd’hui, à de rares exceptions près, à sous distribuer aussi bien Verdi que Puccini.

    Face à ce couple trop pâlichon, il était imprudent d’opposer deux fortes personnalités comme celles de Natalie Dessay en Musette et de Ludovic Tézier en Marcello. Dès le lever du rideau, ce dernier s’impose implacablement tant par la somptuosité du timbre que par le poids théâtral donné au personnage. Romantique en diable avec ses cheveux longs et sa barbe, comme libéré de ce qui le rend parfois un peu timide dramatiquement, Tézier va rester celui dont on attend chaque intervention, chaque apparition.

    De même, quelle leçon de comédie et de chant nous donne Natalie Dessay, hardie de se lancer dans ce qu’elle reconnaît être le seul rôle de Puccini qu’elle puisse approcher ! Elle est aussi drôle et vocalement efficace en coquette au deuxième tableau qu’impertinente sans aigreur en amoureuse infidèle au troisième ou émouvante en amie au grand cœur au quatrième. On a très rarement vu une Musette campée de manière aussi évolutive et intéressante. Excellents aussi, le Schaunard de David Bizic comme le Colline de Giovanni Battista Parodi, dont la stature achève d’écraser celle du trop discret Rodolfo.

    Au pupitre, grand spécialiste de l’opéra italien, Daniel Oren sait à la fois donner du nerf à la partition quand il le faut et la laisser respirer. Il est de ces chefs qui respectent le silence et l’utilisent à bon escient. Il sait aussi traiter les passages où l’écriture de Puccini se fait ténue, presque chambriste, sans en dénaturer la couleur. Il sera de nouveau au pupitre d’Andrea Chénier en décembre dans cette même salle, avec cette fois un couple de héros plus adapté, en l’occurrence Marcelo Alvarez et Micaela Carosi.

    Notons qu’une deuxième distribution de la Bohème alterne avec celle-ci et réunit Inva Mula et Massimo Giordano dans les rôles principaux.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 29/10/2009
    Gérard MANNONI

    Reprise de la Bohème de Puccini dans la mise en scène de Jonathan Miller, sous la direction de Daniel Oren à l’Opéra de Paris.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    La Bohème, opéra en quatre tableaux (1896)
    Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après le roman Scènes de la vie de bohème de Henry Mürger

    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Daniel Oren
    mise en scène : Jonathan Miller
    décors : Dante Ferretti
    costumes : Gabriella Pescuci
    éclairages : Guido Levi
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Stefano Secco (Rodolfo), David Bizic (Schaunard), Tamar Iveri (Mimi), Giovanni Battista Parodi (Colline), Ludovic Tézier (Marcello), Matteo Peirone (Benoit), Rémy Corazza (Alcindoro), Natalie Dessay (Musetta), Pascal Meslé (Parpignol), Andrea Nelli (Sergente dei doganieri), Marc Chapron (un Doganieri).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com