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CRITIQUES DE CONCERTS 23 juin 2018

Deuxième acte de Tristan et Isolde de Wagner en version de concert sous la direction de Daniel Harding au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Fragmentaire et décevant
© Simon Fowler / Virgin classics

Un acte II de Tristan avec une distribution annoncée de haut rang et le Mahler Chamber Orchestra sous la baguette du Britannique Daniel Harding, cela promettait. Mais les changements de distribution, le déclin sensible de Waltraud Meier et la direction un peu désordonnée du chef laisseront une impression mitigée.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 05/11/2009
Pierre FLINOIS
 



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  • Version très abrégée du Tristan et Isolde de Wagner, réduit aux seul prélude de l’acte I et à l’intégralité de l’acte II. L’exercice est délicat : s’il simplifie la tâche des chanteurs, qui n’ont pas à s’économiser, il les prive – tout comme l’auditeur – de la montée en puissance nécessaire. Le prélude de l’acte I prend de ce fait plus d’importance encore.

    Daniel Harding le bouscule, après un faux départ étonnant. Il sait pourtant créer la palpitation, installer la tension, suspendre les silences (avec leur contrepoint de toux automatique), travailler la matière en exaltant les groupes instrumentaux (les bois, par exemple, fascinants) exacerbés jusqu’au déchirement, mais les équilibres ne sont pas toujours là.

    Est-ce le fait d’un effectif instrumental relativement léger, qu’impose le Mahler Chamber Orchestra ? Avantage des habitudes de l’orchestre de chambre le plus célèbre du monde, cependant, une transparence du son, une fluidité de la forme, un refus de la masse (qui n’exclut en rien la puissance) qui feront de l’ensemble de l’acte qui suit une belle toile de fond, qui sans être parfaite, ne porte pas moins le feu avec une vraie force de conviction, tout en laissant la primauté au chant.

    Et là, le bât blesse. On attendait, aux côtés de l’Isolde fameuse de Waltraud Meier et du Roi Marke de Franz-Josef Selig, le Tristan de Lance Ryan, et la Brangäne de Mihoko Fujimura. Ces deux derniers ont malheureusement annulé. La suivante de Michèle Breedt n’est certes pas indigne : timbre fuité, coloré, ampleur et personnalité, sympathie, mais tendance au mélodrame aussi, elle joue d’un aigu insolent et puissant pour installer les enjeux très haut pour son Isolde.

    Or, à la première scène, Waltraud Meier, l’Isolde première depuis sa prise de rôle à Bayreuth en 1993, expose clairement l’usure de son instrument : si son vibrato si typique n’est pas exaspéré comme parfois, les aigus sont hurlés, comme étrangers au reste de la voix, et le timbre sonne ce soir très nasal. Le personnage demeure cependant royal, immobile dans une mise en espace qui n’en fait heureusement pas trop.

    L’arrivée de Tristan change la donne : John Mac Master est un fort ténor sans magie vocale autre que celle de tenir correctement le rôle, avec un timbre très nasal également, bien peu séduisant, et un art du chant fort peu enclin aux nuances. Si le duo de l’exaltation montre surtout les défauts des deux protagonistes, la partie plus élégiaque qui suit permet à la voix de la soprano, enfin chauffée, de retrouver une part de sa magie personnelle, et d’emmener au niveau requis le jeu de la tenue, du charme, et surtout de l’intensité poétique.

    Le sommet du duo de la nuit

    Ces dernières qualités demeurent hélas assez étrangères à son partenaire, dont l’évocation du monde de la nuit, en fin d’acte, laissera totalement indifférent. Serti des deux interventions impressionnistes de Breedt, le cœur du duo sera donc le sommet de la soirée, avec un ténor lui aussi enfin chauffé et capable de longues phrases tenues, avant que sous les impulsions emportées du chef, toute la force d’exaltation n’emporte à nouveau l’exaltation vers le climax attendu. Interventions magistrales de Michael Vier, qui joue de son timbre imposant et mâle pour incarner la seule phrase de rupture de Kurwenal, et un Melot d’une violence toute d’ombre rentrée.

    Le grand moment de chant suit : celui du récit de Marke, dont Franz-Josef Selig donne, avec son timbre noir et profond, magnifique, une superbe leçon de musicalité. Touche-t-il au plus profond de la détresse et de la blessure du Roi ? Pas vraiment. Et là où l’orchestre emportait le duo, il semble ici qu’une certaine indifférence s’installe, jusqu’à ce que Meier reprenne le flambeau de la présence incarnée.

    Les applaudissements, nourris, et partagés selon la valeur de chacun, avec quelques huées indignes pour le ténor, montrent une fois de plus que Tristan, même sans absolu, impose toujours sa puissance expressive incontournable.

    On se souvient alors d’un acte II de Daniel Barenboïm au Palais des Congrès, année 1980, avant même sa première apparition à Bayreuth en 1981. Plutôt décevant, pour l’Orchestre de Paris, et les interprètes. Et surtout pour le chef, qui est pourtant aujourd’hui sans conteste le meilleur qui soit pour allumer l’incendie des sens de Tristan ; il ne faut donc pas perdre espoir.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 05/11/2009
    Pierre FLINOIS

    Deuxième acte de Tristan et Isolde de Wagner en version de concert sous la direction de Daniel Harding au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan et Isolde (1865)
    Prélude à l’acte I
    Acte II intégral

    John Mac Master (Tristan)
    Waltraud Meier (Isolde)
    Michelle Breedt (Brangäne)
    Franz-Josef Selig (König Marke)
    Michael Vier (Kurwenal / Melot)

    Mahler Chamber Orchestra
    direction : Daniel Harding

     


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