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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Version de concert de Didon et Énée de Purcell sous la direction de David Stern au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Purcell funambule
© Johann Grimm

Sans doute ne faut-il pas être superstitieuse pour se produire un vendredi 13 ? Victime d’un malaise avant d’entrer en scène pour chanter Didon et Énée de Purcell, Ann Hallenberg risque bien de le devenir. À l’instar de Caroline Meng, membre de la troupe-atelier d’Opera Fuoco, projetée au pied levé sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées dans un rôle mythique.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 13/11/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il est libre, David Stern. Étranger aux querelles dogmatiques, aux chapelles, aux sérails. L’éclectisme de son parcours, la diversité revendiquée des influences, de Boulez à Gardiner, en passant par Jeffrey Tate, en témoignent. Les fonctions qu’il assure aujourd’hui, tant à la tête de l’Opéra d’Israël qu’à celle de l’Orchestre et de l’Opéra de Saint-Gall, sans la moindre restriction quant au répertoire, le confirment. Les Français le cernent d’autant moins qu’il a fondé en 2003 Opera Fuoco, jouant sur instruments d’époque. Ce chef plus cosmopolite qu’américain serait-il finalement un baroqueux ? Que nenni ! Le nom de l’ensemble n’est-il pas suffisamment clair : de la flamme, et du théâtre.

    Et qui mieux que ces jeunes chanteurs, frais diplômés des conservatoires, aux carrières balbutiantes encore, et que la France livre à eux-mêmes, peut entretenir, raviver cette flamme ? Frappé par le virus de la pédagogie alors qu’il accompagnait la naissance de l’Académie européenne de musique du Festival d’Aix-en-Provence, Stern crée, sans le moindre subside public, mais avec le soutien du Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, où son ensemble est en résidence, une troupe-atelier lyrique pour développer des talents en mal de structures mêlant formation et expérience professionnelle.

    Un pari qui n’est pas sans audace, ni surtout sans ambition, et dont le public du Théâtre des Champs-Élysées a pu savourer un des fruits les plus prometteurs à la faveur d’un imprévu dont les plus superstitieux n’auront pas manqué de tirer la conclusion qu’il est hardi d’accepter de se produire un vendredi 13, qui plus est dans Didon et Énée de Purcell où les sorcières mènent le bal.

    Victime d’un malaise alors qu’elle se préparait à entrer en scène, la mezzo-soprano suédoise Ann Hallenberg, très attendue dans le rôle de Didon, a en effet été remplacée au pied levé par Caroline Meng, membre de la troupe au sein de laquelle elle s’était déjà fait remarquer avec une Zerlina d’une présence dramatique et vocale inhabituellement forte dans le Don Giovanni mis en scène par Yoshi Oïda.

    Des qualités qu’elle venait d’ailleurs de confirmer, sans toutefois éviter certaines imprécisions d’intonation, de dessin et de diction, dans la musique composée par Purcell pour Amphitryon or The Two Sosias de John Dryden, qu’elle partageait avec le baryton Thomas Dolié, toujours fringant et châtié, quoiqu’un peu gêné aux entournures.

    Les circonstances aidant autant qu’elles excusent, Didon trouve la jeune soprano plus concentrée dans un portrait certes insuffisamment fouillé de la reine de Carthage. Mais ses promesses les plus évidentes sont ailleurs, dans l’impact immédiat d’une voix longue, charnue, projetée et colorée sans effort, un maintien stable, noble déjà, une pâte qui ne demande en somme qu’à être modelée avec attention tant elle est rare, précieuse.

    Judith van Wanroij est une Belinda évidemment plus libre, d’un timbre de pêche mûri par et pour le rôle à travers l’Europe entière dans la production déjà mythique de William Christie et Deborah Warner. Elle y ajoute une sorcière avec une infinie fantaisie, entraînant dans ses nasillardes facéties une Luanda Siqueira encore un rien timide. La magicienne de Magid El-Bushra surprend quant à elle, voire inquiète par l’alliage d’une étoffe famélique et d’une déclamation maléfique. Thomas Dolié enfin frappe l’autorité virile d’Énée d’une blessure sensible. Et chaque caractère ainsi prend vie.

    C’est que David Stern toujours puise les phrasés, les couleurs, la dynamique, le mouvement dans le sens – un sens qui ne tient uniquement ni de la rhétorique, ni de la dramaturgie, ni de la musique, mais de l’intimité profonde qui les lie. Et cela en jongleur funambule, imprévisible dans les équilibres, les déséquilibres même qui contrastent une étoffe très dissociée, jusque dans ces quelques instants de flottement, où l’orchestre se cherche un son, une pulsation, une cohésion.

    Ces basses pleines, fermes, sombres, presque mortifères, et ces dessus fluides, légers, transparents, qui abruptement se chargent de sève et de corps, sans cesse renouvellent leur dialogue, juxtaposés mais jamais fondus, en un rebond perpétuel, une élasticité rythmique qui culmine dans le ground du lamento où la viole fébrile de Jay Bernfeld laisse entrevoir l’abîme.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 13/11/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de Didon et Énée de Purcell sous la direction de David Stern au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Henry Purcell (1659-1695)
    Dido and Aeneas, opéra en un prologue et trois actes (ca. 1689)
    Livret de Nahum Tate d’après l’Énéide de Virgile.

    Caroline Meng (Dido)
    Thomas Dolié (Aeneas)
    Judith van Wanroij (Belinda / First Witch)
    Hilary Summers (Sorceress)
    Luanda Siqueira (Second Woman / Second Witch)
    Arthur Espiritu (Spirit / Sailor)

    Précédé de :
    Amphitryon, or the two Sosias

    Caroline Meng, soprano
    Thomas Dolié, baryton

    Chœur et orchestre Opera Fuoco
    direction : David Stern

     


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