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CRITIQUES DE CONCERTS 05 juillet 2020

Médée de Cherubini dans la mise en scène de Yannis Kokkos et sous la direction de Paolo Olmi à l’Opéra de Lorraine.

Barbare à visage humain
© Opéra de Lorraine

Elégante et incandescente, la Médée de Cherubini mise en scène par Yannis Kokkos pour le Capitole de Toulouse puis le Châtelet au printemps 2005, arrive à l’Opéra de Lorraine de Nancy. Une reprise qui s’avère un vrai succès, avec en prime la découverte d’une tragédienne authentiquement à l’italienne qui a pour nom Chiara Taigi.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 15/11/2009
Nicole DUAULT
 



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  • Quand une production est de qualité, pourquoi ne voyagerait-elle pas ? Les opéras ont de plus en plus recours à des coproductions ou à des locations de productions quasiment clés en mains. Elles ont pour résultat d’abaisser les coûts. Un exemple : cette Médée venue du Capitole coûte, pour les décors et les costumes, 5 500 euros par représentation.

    À cela, il faut ajouter, et c’est le plus cher, le prix du plateau, c’est-à-dire les cachets des instrumentistes et des chanteurs, des choristes et des figurants ainsi que les salaires des techniciens. Il ne saurait être question d’ériger de tels échanges entre les opéras en un système qui appauvrirait la création artistique. Mais paradoxalement, pourquoi priver les Nancéens d’une production qui a ravi les Toulousains ?

    La Médée de Yannis Kokkos, dans un décor simple et élégant, utilise bien l’espace et offre quelques images chocs : l’énorme proue à tête de femme de l’Argos qui envahit la scène ; le défilé du mariage de Jason et de Glauce dans son long voile blanc sur lequel sont jetés les pétales rouge sang d’une tragédie qui va enfler jusqu’à la suffocation. Enfin, le monumental escalier au sommet duquel vacille dans une vasque une flamme, celle qui va embraser le temple de Junon. Ce décor est pourtant empreint de sérénité. C’est ce qui en fait la force en contraste avec la puissance ravageuse de la musique et du drame.

    Le mythe, sans doute l’un des plus sombres de la tragédie grecque, a inspiré bien des artistes parmi lesquels Euripide, Ovide, Sénèque ou encore Pierre Corneille et Eugène Delacroix.
    Médée de Cherubini était tombée dans l’oubli quand Maria Callas ressuscita cette œuvre qui correspondait à toute la gamme des sentiments qu’elle avait le génie d’amplifier. Souvenons nous aussi qu’en 1969, elle tourna le fameux film Médée de Pasolini où, ironie du cinéaste, elle ne chantait pas la moindre note !

    Depuis, maintes divas ont repris le rôle impossible de Cherubini : par exemple, au Palais Garnier, Shirley Verrett dans la mise en scène de Liliana Cavani. À Toulouse et au Châtelet, la soprano Anna Caterina Antonacci a laissé le souvenir d’une enjôleuse vaticinante, d’une suppliante égarée, d’une femme qui a la rage. Lui succède aujourd’hui la soprano italienne peu connue en France Chiara Taigi.

    Cette chanteuse qui fait l’essentiel de sa carrière en Italie en est à sa sixième production de l’œuvre de Cherubini. C’est dire combien l’opéra fascine les metteurs en scène de toutes origines, comme récemment à la Monnaie de Bruxelles le très créatif Krzysztof Warlikowski. Taigi possède le rôle dans toutes les fibres de son corps : elle vibre, réservée et impulsive, d’une voix ample, toute en tension. Si elle est bien, comme le veut la partition, une barbare et une étrangère, la sauvage criminelle infanticide, l’incandescente hystérique nous fascine par son humanité. Voilà une chanteuse qui devrait être plus souvent en France.

    À ses côtés, sous la baguette engagée de Paolo Olmi et dans une distribution de qualité émerge dans le personnage troublant de Néris une jeune mezzo française d‘origine russe, Svetlana Lifar, dont la voix ronde et charnue a mûri.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 15/11/2009
    Nicole DUAULT

    Médée de Cherubini dans la mise en scène de Yannis Kokkos et sous la direction de Paolo Olmi à l’Opéra de Lorraine.
    Luigi Cherubini (1760-1842)
    Medea, drame lyrique en trois actes (1797)

    Chœur de l’Opéra national de Lorraine
    Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
    direction : Paolo Olmi
    mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos
    éclairages : Patrice Trottier

    Avec :
    Chiara Taigi (Medea), Chad Shelton (Giasone), Alfred Walker (Creonte), Maïra Kerey (Glauce), Svetlana Lidar (Néris), Yuree Jang (Prima ancella), Aline Martin (Seconda ancella).

     



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