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CRITIQUES DE CONCERTS 19 février 2018

Reprise de Salomé de Strauss dans la mise en scène de Lev Dodin, sous la direction d’Alain Altinoglu à l’Opéra de Paris.

Trop français pour être décadent
© Christian Leiber

Camilla Nylund (Salomé)

Pas de surprise majeure pour cette nouvelle reprise de la Salomé de Lev Dodin à la Bastille. Outre la direction sans poison mais aux couleurs françaises séduisantes d’Alain Altinoglu, on retiendra la confirmation de Camilla Nylund au rang d’excellente titulaire du rôle-titre, dans une production qui a toujours été magnifiquement servie à cet égard.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 19/11/2009
Yannick MILLON
 



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  • La Salomé de Lev Dodin à la Bastille, d’un classicisme médiocre, a décidément de la chance avec son rôle-titre. Après la prise de rôle volcanique de la tigresse Karita Mattila, après le tempérament et les facilités tout aussi étonnantes de Catherine Naglestad, voici Camilla Nylund, entendue récemment dans une production plutôt hard du Capitole de Toulouse. La Finlandaise, du strict point de vue vocal, marcherait plus nettement dans les sillons de sa compatriote, avec la même couleur du haut-médium et le même recours à la voix de poitrine pour passer l’orchestre, qui affirme nettement un caractère de femme-enfant.

    Et si à Toulouse manquait un soupçon d’implication tant musicale que déclamatoire, l’impression s’évapore ce soir devant une incarnation plus modelée, plus variée dans la dynamique, quoique ne parvenant jamais à un réel embrasement. Avec cette voix claire et bien accrochée, au timbre encore très joli, cet aigu admirablement projeté, cette endurance sans faille, Nylund se hisse toutefois au rang des excellentes titulaires actuelles du rôle.

    Elle retrouvait son Hérode toulousain en un Thomas Moser toujours aussi musical et chantant, en antithèse de Chris Merritt, délaissant tout Sprechgesang au profit d’un personnage d’étoffe aristocratique et dénué d’histrionisme, même si son impact purement vocal s’avère amoindri par les dimensions de la salle, là où le Capitole était taillé à sa mesure – et pourtant, du premier rang du parterre de la Bastille, on ne saurait mieux entendre les voix. Parfaite en harpie vampirique avec ses aigus aiguisés au vibrato affolé, Julia Juon n’a pas l’évidence d’une Anja Silja en scène, mais un instrument nettement plus présentable.

    On appréciera l’onctuosité du timbre et le très beau legato de Nahuel Di Pierro pour un Premier Nazaréen qu’on a rarement entendu aussi bien chanté, plus que le Narraboth scéniquement crédible mais bien court d’aigu et de rayonnement de Xavier Mas et surtout le Iokanaan ratiocinant et bougon d’un Vincent Le Texier cantonné à une émission primaire, à l’aigu précaire, escamotant au passage son fa (deine Sünden vergebe) ; un prophète dénué d’humanité, tout en grisaille et en gros vibrato.

    Outre le renouvellement du plateau, cette reprise était l’occasion d’entendre l’une des étoiles montantes de la direction hexagonale, le jeune Alain Altinoglu. Son approche typiquement française de la partition n’est pas sans séductions, et l’on est ici ou là charmé par la couleur et la clarté des plans dans les vents, et notamment dans des bois très peu vibrés aux teintes debussystes, par le soin accordé aux détails ainsi que par le mouvement très Belle Époque dévolu aux multiples passages en ternaire.

    Dans la même veine, par souci de fluidité, le chef français, qui grogne tout son saoul d’enthousiasme, parcourt ce monobloc éruptif à fond de train, mais avec parfois un réel manque de verticalité – la malédiction, le meurtre final –, et à l’occasion certaines cocasseries dues à la précipitation – au moment où Hérode cède, des appels des vents à la Woody Woodpecker lancent un Wer hat meinen Ring genommen à la Speedy Gonzales.

    Plus sérieusement, cette lecture rayonnante manque selon nous de noirceur, d’aspérités, voire seulement de moite sensualité ou d’impact, par un excès de prudence assez français lui aussi. Après avoir entendu Pelléas, Strauss avait fait remarquer à Romain Rolland l’obsession des Français de ne jamais franchir la limite du bon goût. On touche ici l’un des nœuds de l’interprétation de Salomé, où tant de chefs soucieux d’éviter la surcharge restent en deçà des outrances d’un drame pour le moins malsain.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 19/11/2009
    Yannick MILLON

    Reprise de Salomé de Strauss dans la mise en scène de Lev Dodin, sous la direction d’Alain Altinoglu à l’Opéra de Paris.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Salomé, drame en un acte (1905)
    Livret tiré de la pièce d’Oscar Wilde dans une traduction allemande d’Hedwig Lachmann

    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Alain Altinoglu
    mise en scène : Lev Dodin
    décors et costumes : David Borovsky
    éclairages : Jean Kalman

    Avec :
    Thomas Moser (Herodes), Julia Juon (Herodias), Camilla Nylund (Salome), Vincent Le Texier (Jochanaan), Xavier Max (Narraboth), Varduhi Abrahamyan (Page der Herodias), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Erster Jude), Éric Huchet (Zweiter Jude), Vincent Delhoume (Dritter Jude), Andreas Jäggi (Vierter Jude), Gregory Reinhart (Fünfter Jude), Nahuel Di Pierro (Erster Nazarener), Ugo Rabec (Zweiter Nazarener), Nicolas Courjal (Erster Soldat), Scott Wilde (Zweiter Soldat), Antoine Garcin (Ein Cappadocier), Grzegorz Staskiewicz (Ein Sklave).

     



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