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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Concert du London Philharmonic Orchestra sous la direction de Vladimir Jurowski, avec la participation de la pianiste Hélène Grimaud au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le chaud et le froid
© Roman Gontcharov

Curieux concert que celui, très attendu, dirigé par Vladimir Jurowski à la tête du London Philharmonic, avec Hélène Grimaud en soliste. Une subjuguante 4e symphonie de Tchaïkovski pour finir, mais des extraits de Parsifal de Wagner pleins d’interrogations et un Concerto pour piano de Schumann très décevant pour commencer.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 19/11/2009
Gérard MANNONI
 



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  • L’Orchestre philharmonique de Londres est une glorieuse formation qui avait semblé tomber sinon dans une douce torpeur du moins dans une phase de réflexion moins dynamique depuis quelques années. Sans doute les personnalités de Kurt Masur et Franz Welser-Möst n’étaient pas de nature à donner un nouveau souffle, malgré leurs qualités incontestables, à des musiciens talonnés par leurs rivaux du LSO sous la baguette hypertonique de Valery Gergiev.

    L’arrivée du second Gergiev – ou du premier Jurowski – à sa tête, devrait permettre aux excellents instrumentistes anglais de reprendre leur place dans l’élite des orchestres mondiaux, caste enviable mais réduite. L’impression d’ensemble donnée au cours de ce concert est d’ailleurs excellente à cet égard, l’orchestre lui-même n’étant nullement en cause quant aux restrictions qui concernent l’approche musicale de certains morceaux du programme.

    On peut même dire qu’avec la flamboyante vision que Jurowski donne de la 4e symphonie de Tchaïkovski, tous les pupitres ont pu déployer des fastes de tout premier ordre, en particulier l’harmonie, très sollicitée, notamment en finesse, dans cette partition.

    Et il faut bien reconnaître que Jurowski est de ceux qui savent montrer dans une lumière nouvelle ces pages que l’on croyait connaître par cœur. C’est du Tchaïkovski authentique, c’est-à-dire dépouillé de tous les alanguissements, de toute la guimauve dont on s’est cru obligé de le parer si longtemps en occident.

    Quand l’opinion publique s’est enfin décidée à regarder en face la vraie personnalité du compositeur et à ne plus feindre d’ignorer le drame profond de sa vie, son homosexualité, on a pu enfin comprendre tout ce qui sous-tend la majorité de ses œuvres et donne tant de relief à des partitions longtemps considérées comme seulement fonctionnelles comme celle du Lac des cygnes.

    Le mal-être permanent de Tchaïkovski, son obsession d’échec face à un destin qu’il ne peut contrecarrer sont omniprésents, mais, ce qui est déroutant pour la pensée plus occidentale, ils se mêlent le plus souvent à une sorte d’énergie vitale, terrienne, qui n’exclut pas la rêverie ni l’utopie, ni l’intrusion du merveilleux, avant de retomber brutalement face aux réalités les plus angoissantes de l’existence.

    Et tout cela se joue musicalement par de très subtils passages de relais entre cordes et cuivres par exemple, le seul changement de timbre modifiant absolument la portée émotionnelle d’une phrase. Jurowski joue de cela, entre autres, comme personne, ne tombant jamais dans aucune douceur inutile, sachant faire exprimer aux forte autant la rage ou le désespoir qu’une violence juste bruyante. Interprétation magnifique, donc, révélatrice des vrais moteurs dramatiques de l’œuvre tout comme de sa sensualité, de ses détours en terre paysanne aussi.

    Avec les extraits de Parsifal qui ouvraient le concert, on avait été plus questionné que bouleversé. D’abord, faire enchaîner le Prélude du I et l’Enchantement du Vendredi Saint n’est pas une bonne idée. C’est à la fois trop semblable et trop différent, comme une deuxième version de la même pensée. Et puis, avec cette manière très personnelle qu’à Jurowski de rendre si claire toute structure en insistant sur la superposition des plans sonores plus que sur leur fusion, l’ensemble peine quelque peu à créer ce climat de mysticisme légendaire, de christianisme à la Wagner si caractéristique de l’œuvre.

    Quant au Concerto pour piano et orchestre de Schumann, il faut hélas avouer qu’Hélène Grimaud l’aborde en surface, comme un grand concerto virtuose à la Liszt, dans des tempi trop rapides qui ne laissent guère de place à la respiration, au rêve ni à la poésie, éléments indispensables à l’interprétation schumanienne. Elle ne ménage guère son instrument, au son d’ailleurs étrangement clair, sans jamais avoir la large profondeur du toucher d’un Richter ni la capacité à dessiner et à colorer de mille nuances la phrase d’un Lupu ou d’un Perahia.

    Son statut de star lui assure une salle comble et un public de choix – Kissin et Sylvie Guillem entre autres – qui lui fait naturellement un triomphe. On s’en réjouit pour elle, mais on aimerait tellement mieux qu’elle retrouve à la fois la fraîcheur naturelle et la qualité d’émotion qui l’ont portée aux sommets de la célébrité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 19/11/2009
    Gérard MANNONI

    Concert du London Philharmonic Orchestra sous la direction de Vladimir Jurowski, avec la participation de la pianiste Hélène Grimaud au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, Prélude du I et Enchantement du Vendredi Saint

    Robert Schumann (1810-1856)
    Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54
    Hélène Grimaud, piano

    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36

    London Philharmonic Orchestra
    direction : Vladimir Jurowski

     


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