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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Version de concert de la Flûte enchantée de Mozart sous la direction de René Jacobs à la salle Pleyel, Paris.

La Flûte enchantée à 360°
© Alvaro Yanez

Une fois n’est pas coutume, c’est avec un orchestre moderne que René Jacobs a abordé la Flûte enchantée. Il la reprend à la salle Pleyel avec les instruments d’époque de l’Akademie für Alte Musik Berlin dans le reflet mis en espace de la production présentée cet été au festival d’Aix-en-Provence. Non content d’en faire le tour, le chef gantois règle la question.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 22/11/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Die Zauberflöte est un opéra-somme, statut qui ne saurait cependant être réduit à la position inévitablement testamentaire qu’il occupe dans la biographie de son auteur. Sans s’affranchir de la veine assurément populaire du Singspiel, entourée du halo maçonnique du livret de Schikaneder, Mozart y mêle en effet le résultat des expériences qu’il mena successivement sur le serio et le buffo, puis à travers leur dialogue dans le dramma giocoso, pulvérisant les limites d’un genre qu’il contribua par là même à développer.

    Comme toujours soucieux de ne rien laisser au hasard, René Jacobs démonte jusqu’au moindre rouage de cette mécanique complexe, retire grain par grain la poussière dont la tradition honnie l’a recouverte, puis la réassemble minutieusement sans en rien dissimuler. Car à l’instar de Don Giovanni, c’est par la juxtaposition des différents éléments stylistiques, et non par leur fusion que le chef gantois parvient à restituer l’unité de l’œuvre, et partant le périlleux équilibre entre le premier degré de la comédie et la solennité du rite initiatique.

    Mais laissons là ces considérations d’ordre théorique qui parasitent la jubilation suscitée par cette version de concert, il est vrai fort habilement mise en espace, avec l’orchestre pour seul décor. Plutôt que le Freiburger Barockorchester, qu’il dirige habituellement dans le répertoire classique, René Jacobs a naturellement porté son choix sur l’Akademie für Alte Musik dont il avait envoyé le Konzertmeister Bernhard Forck en éclaireur avant de diriger l’œuvre à la tête de l’Orchestre symphonique de la Monnaie. À une cohésion remarquable, qui tisse une texture d’une transparence colorée, les Berlinois ajoutent des élans solistiques comme autant de sortilèges d’un théâtre aux machines invisibles.

    Magicien, Jacobs l’est assurément, qui de sa baguette toujours régénère le mouvement pour mieux le surprendre, maître d’une agogique singulière qui réinvente la logique musicale aussi bien que dramatique, jouant à tendre et détendre le discours jusqu’à la suspension. Ainsi, le trio de Pamina, Tamino et Sarastro, Soll ich dich, Teurer nicht mer sehn ?, serre la gorge, et le quatuor de Pamina et des Trois Garçons touche au sublime.

    La main du chef n’est pas moins présente dans les dialogues, qu’il a voulu ponctués par un pianoforte, comme l’expression volatile d’un inconscient mélodique, mais aussi par des bruits, touches d’effroi tonnant ou souterrain prodiguées par les percussions de Marie-Ange Petit, dissimulées derrière des paravents pour en parfaire l’illusionnisme et prétendre à la vie même.

    Vie de personnages rêvés certes, mais que le chant rend palpables, humains, à commencer par Sarastro. Marcos Fink n’a certes rien du tuyau d’orgue alla Fafner que la tradition y a imposé, mais cette bonhomie du timbre, qui ne manque en rien de réserve dans le grave, même extrême, creuse justement l’antagonisme avec la Reine de la Nuit. Malgré certains flous dans la colorature, Anna-Kristiina Kaappola en est l’une des meilleures titulaires possibles, aiguisant les suraigus en pointes et les mots en lames.

    Ses trois dames sont renversantes, à commencer par Sunhae Im, assurant la première au pied levé, en remplacement d’Inga Kalna. Surtout, la soprano coréenne, décidément irrésistible de piquant et d’abattage, est un vrai luxe pour les quelques notes de Papagena mais aussi du lied Die Alte, facétieux clin d’œil qu’elle entonne sous ses atours de petite vieille.

    Pour Monostatos comme Papageno, il faut d’authentiques Viennois, d’accent, de couleur. Kurt Azesberger, déjà Maure pour Abbado, peut incarner à lui seul cette tradition, tandis que, 26 ans et né pour le rôle, Daniel Schmutzard chante l’Oiseleur comme il le parle, sans pose ni torture de Liedersänger pour troubler l’ingénuité du verbe.

    Et depuis quand n’avait-on pas entendu couple princier aussi distingué que celui formé par Marlis Petersen et Daniel Behle, si idéalement idiomatiques de ligne, si évidents de format, c’est-à-dire d’un lyrisme exactement mozartien, qui n’est plus pour Bach ni pour Haendel, mais pas encore pour Weber ?

    La maturité vocale et musicale des Trois Garçons issus du Sankt Florianer Sängerknaben enfin – le premier surtout, assumant déjà une vibration osons dire charnelle –, laisse pantois.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 22/11/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de la Flûte enchantée de Mozart sous la direction de René Jacobs à la salle Pleyel, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes (1791)
    Livret d'Emanuel Schikaneder

    Daniel Behle (Tamino)
    Sunhae Im (Erste Dame / Papagena)
    Anna Gravelius (Zweite Dame)
    Isabelle Druet (Dritte Dame)
    Daniel Schmutzhard (Papageno)
    Marcos Fink (Sarastro)
    Kurt Azesberger (Monostatos)
    Marlis Petersen (Pamina)
    Anna-Kristiina Kaappola (Königin der Nacht)
    Konstantin Wolff (Der Sprecher / Zweiter Geharnischter Mann)
    Joachim Buhrmann (Erster Geharnischte Mann)
    Alois Müllbacher, Philipp Pötzlberger, Christoph Schlögl (Drei Knaben)

    RIAS Kammerchor
    chef de chœur : Frank Markowitsch
    Akademie für Alte Musik Berlin
    direction : René Jacobs

     


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