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CRITIQUES DE CONCERTS 21 août 2018

Liederabend de la mezzo-soprano Waltraud Meier accompagnée au piano par Joseph Breinl dans le cadre des Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.

Erlkönigin
© Nomi Baumgartl

Récital ensorcelant de Waltraud Meier, qui brille ici des mêmes feux que sur les planches, accompagnée tout en finesse par un Joseph Breinl desservi par une acoustique confidentielle. Une rare démonstration d’un talent égal à la scène et au récital, reposant sur l’intelligence et le style d’une artiste souveraine.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 23/11/2009
Thomas COUBRONNE
 



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  • Faut-il le rappeler ? Le récital et l’opéra ne présentent pas les mêmes exigences, et plus d’un interprète s’est cassé les dents à ce jeu de transfuge. On se souvient du récent récital de Jonas Kaufmann à Salzbourg, par ailleurs excellent Florestan. Or, si Waltraud Meier est aujourd’hui Kundry ou Isolde, le pari reste culotté de se confronter aux Quatre derniers Lieder – pour ne rien dire de Schubert. Qu’on se rassure, le pari est gagné, et de la plus belle manière : avec style.

    Car les défauts de cet art du Lied tiennent aux mêmes réserves qu’on peut avoir sur Meier en scène : fébrilité des aigus, intonation inégale, timbre que tout le monde n’aime pas. En revanche, les difficultés propres au récital sont transcendées par une artiste que l’exercice rend, avec le recul, peut-être encore plus évidente dans l’opéra : ses défauts ne sont-ils pas le revers des mêmes qualités qu’ont exaltées quelques-uns des artistes les plus distingués de l’art lyrique ? Les Windgassen, Fischer-Dieskau, Schwarzkopf, Callas, Crespin, Gedda n’avaient-ils pas pour vertus cardinales, plus que la voix, le soin minutieux de l’émission illuminé comme de l’intérieur par le sens du texte et l’intelligence musicale ?

    C’est à peu près la démonstration que fait ce soir Waltraud Meier, avec le tour de force d’illustrer comment sa déclamation wagnérienne si évocatrice s’enracine dans celle de Schubert. L’art profondément unificateur de la mezzo – soprano à en croire le programme de la salle Pleyel, mais pas les multiples transpositions du programme – ne s’appuie pas sur les univers différents des compositeurs, mais sur le paysage cohérent où se rejoignent au fond tous les romantiques.

    C’est ainsi que les pages d’éternité que sont Wehmut ou Nachtstück invitent à la même contemplation que Morgen ou les Quatre derniers Lieder, que Gretchen ou Erlkönig, arrachés par le verbe ensorceleur de Meier à ce que Schiller appelait la poésie « naïve » de Goethe, deviennent la cavalcade fatidique de Kundry dans l’éternité.

    Les Wesendonck-Lieder sont évidemment particulièrement idoines, et la parenté avec les opéras de Wagner, qui pourrait être une faiblesse au sens où le matériau musical est comme détaché du propos, sonne paradoxalement avec une force allusive des plus troublantes.

    Les Lieder de Strauss sont dans l’ensemble les plus discutables. La pure effusion vocale y manquerait davantage qu’ailleurs, et le piano confidentiel, très soigné, mais confiné toute la soirée dans une acoustique qui ne rend absolument pas justice aux délicatesses du toucher de Joseph Breinl, calfeutre les pages les plus lyriques dans un univers un rien salonard.

    On soulignera au passage la faiblesse de la version pianistique des Quatre derniers Lieder, désespérément en mal de grands espaces, et qui contraint le tandem à un tempo allant et dénué d’apesanteur. La fresque visionnaire de l’orchestre moiré de crépuscule y fait place à de biens beaux sortilèges vocaux sur une écriture pianistique bavarde et coquette, et un wir sind durch Not plein d’absolu ne suffit qu’à peine à imprimer au chef-d’œuvre testamentaire de Strauss la respiration qu’il mérite.

    N’importe, c’est dans un climat recueilli et savamment maîtrisé que s’achève, avant tout de même trois bis conclus par un Abschied de Wolf extraordinairement détaillé, un récital sincère et habité, qui confirme totalement la charge émotionnelle que la sirène Meier sait instiller à ses héroïnes wagnériennes, et on ergoterait en vain sur telle voyelle très près du nez, grinçante ou savoureuse selon les oreilles, mais absolument nourrie d’une recherche coloriste et littéraire ; la Reine des Aulnes est ce soir dans chaque phrase, dans chaque regard, et aucun cavalier ne peut résister à ses charmes.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 23/11/2009
    Thomas COUBRONNE

    Liederabend de la mezzo-soprano Waltraud Meier accompagnée au piano par Joseph Breinl dans le cadre des Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Wehmut
    Die Forelle
    Gretchen am Spinnrade
    Nachtstück
    Der Erlkönig

    Richard Wagner (1813-1883)
    Wesendonck-Lieder

    Richard Strauss (1864-1949)
    Wie sollten wir gehen sie halten
    Morgen
    Die Nacht
    Befreit
    Vier letzte Lieder

    Waltraud Meier, mezzo-soprano
    Joseph Breinl, piano

    Bis :
    Richard Strauss (1864-1949)
    Cäcilie
    Zueignung
    Hugo Wolf (1860-1903)
    Abschied

     


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