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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Reprise de Cenerentola de Rossini mise en scène par Irina Brook, sous la direction de Michael Güttler au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Revue et abêtie
© Alvaro Yanez

Bien sûr, le public, dans sa gloussante majorité, adore. Alors à quoi bon lui contester un plaisir somme toute légitime ? Oui mais voilà, pourquoi notre exaspération le serait-elle moins ? Car en abusant jusqu’à la nausée de facilités télévisuelles, cette Cenerentola revue et abêtie par Irina Brook détourne constamment de l’essentiel : la musique.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 01/02/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Parce qu’elle était atrocement tendance lors de sa création en 2003, cette production de la Cenerentola de Rossini, déjà reprise en 2006, l’est inévitablement beaucoup moins aujourd’hui. Mais quiconque a passé trop de temps devant sa télévision ces dix dernières années éprouvera assurément en le découvrant le confortable plaisir de la reconnaissance.

    De sushis en loft, de Macs en téléphones portables, de platines en écran plat, rien ne manque des marqueurs de notre époque alignée sur les diktats esthétiques de la télé-réalité. Les nostalgiques mêmes ne sont pas en reste, ceux de l’âge d’or de la sitcom à électro-encéphalogramme plat, aussi bien que des interminables courses poursuites façon Benny Hill – tartes à la crème et crocs-en-jambes – ou des maladresses de Garcimore, qui lui, au moins, était poète…

    Chez Mlle Brook, la facilité d’un comique farcesque, répétitif jusqu’à la nausée, le dispute décidément à la vulgarité. D’autant que, persuadée du génie de ses effets perturbateurs, elle ne cesse de tirer la couverture à elle, entretenant avec une constance exaspérante une agitation aussi vaine que pléonastique. Alors oui, le public rit, et de bon cœur, mais comme à contretemps de la musique et du livret, trop souvent relégués au rang de faire-valoir.

    Et c’est bien dommage, car la distribution réunie au Théâtre des Champs-Élysées, sans être inoubliable, mérite une oreille attentive. Vivica Genaux, donc, retrouve Angelina, son meilleur rôle peut-être, par l’évidence physique et même vocale. Plus qu’aucun autre sans doute, le timbre de la mezzo, entre gorge, joues et nez, est affaire de goût – et dieu sait s’il ne flatte pas le nôtre –, mais la vélocité, dont la mécanique mandibulaire continue de nous surprendre, demeure impressionnante, et la musicienne toujours raffinée, et surtout imaginative dans une ornementation constamment renouvelée.

    Antonino Siragusa, lui, se contente de prodiguer ses suraigus gonflés à la testostérone, souvent hors de la ligne, voire de propos. Le ténor sicilien sait assurément ce qu’il chante, crooner cabotin auquel il manque – bien davantage ici que dans la dernière reprise du Barbier de Séville à l’Opéra Bastille où son apparente nonchalance laissait pantois – deux qualités essentielles : le charme de la couleur qui sied à un prince… charmant et, paradoxe, une plus grande souplesse dans son infaillible agilité.

    Ainsi, le Dandini de Stéphane Degout glisse sur plus d’une double croche – il n’est pas le premier dans ce rôle où l’on croise davantage de pitres que de virtuoses –, mais la pâte vocale paraît, tant en comparaison que dans l’absolu, d’une suprême malléabilité. Quant à l’acteur, ailleurs si sobre, contenu, il s’en donne à cœur joie – et s’il ne fait pas la nôtre, la responsabilité ne lui incombe pas.

    À Pietro Spagnoli, qui a étrenné le costume du valet dans cette production, échoit cette fois le rôle de Don Magnifico. Il le chante, et c’est rare, d’un bout à l’autre. Et bien, qui plus est. Peut-être même trop. Non que l’on regrette les basses bouffes finissantes qui, à la manière d’Alberto Rinaldi ou Bruno Pratico, se reposent sur leur seule science du sillabato. Mais sans diminuer les talents d’interprète du baryton italien, le timbre paraît trop clair, insuffisamment caractérisé pour que sa composition savoureuse convainque pleinement. Idéal en revanche est l’Alidoro d’Ildebrando D’Arcangelo, le bien nommé, tant sa voix a de présence, de prestance et d’insolence.

    Comme la plupart des chefs dont Rossini n’est pas le cœur du répertoire, Michael Güttler réussit une superbe tempête. Ailleurs, sa baguette prestement motorique entraîne la comédie sans approfondir les questions de couleur, de phrasé et d’articulation qui devraient légitimer l’emploi d’un orchestre sur instruments d’époque. Evelino Pidò, qui dès la création de cette production dirigeait Concerto Köln, s’en souciait-il davantage ?




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 01/02/2010
    Mehdi MAHDAVI

    Reprise de Cenerentola de Rossini mise en scène par Irina Brook, sous la direction de Michael Güttler au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Gioachino Rossini (1792-1868)
    Cenerentola, dramma giocoso en deux actes (1817)
    Livret de Jacopo Ferretti

    Chœur du Théâtre des Champs-Élysées
    Concerto Köln
    direction : Michael Güttler
    mise en scène : Irina Brook
    décors : Noëlle Ginefri
    costumes : Sylvie Martin-Hyszka
    éclairages : Arnaud Jung
    chorégraphie : Cécile Bon

    Avec :
    Antonino Siragusa (Don Ramiro), Stéphane Degout (Dandini), Pietro Spagnoli (Don Magnifico), Carla Di Censo (Clorinda), Nidia Palacios (Tisbe), Vivica Genaux (Angelina), Ildebrando D’Arcangelo (Alidoro).

     



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