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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Nouvelle production de Rienzi de Wagner mise en scène par Philipp Stölzl et sous la direction de Sebastian Lang-Lessing à la Deutsche Oper de Berlin.

Le tronc de Rienzi
© Bettina Stoess

© Bettina Stoess im Auftrag der DEUTSCHEN OPER BERLIN

Encore rare sur les scènes, y compris en Allemagne, Rienzi connaît une sorte de renaissance ces dernières années (Leipzig 2007, Brême 2008, dans une mise en scène de Katharina Wagner). Le Deutsche Oper de Berlin en propose une nouvelle production qui met en parallèle l’ascension du dernier tribun avec celle du IIIe Reich, mais pèche par sa réalisation et un nombre ahurissant de coupures.
 

Deutsche Oper, Berlin
Le 24/01/2010
Hermann GRAMPP
 



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  • Grand opĂ©ra en cinq actes, habituellement sous-estimĂ© car considĂ©rĂ© par Wagner lui-mĂŞme comme une erreur de jeunesse, Rienzi est tombĂ© dans l’oubli après la Première Guerre Mondiale, notamment en raison de l’exclusion du canon bayreuthien composĂ© des dix opĂ©ras du Vaisseau fantĂ´me Ă  Parsifal. L’ouvrage, dont Hans von BĂĽlow disait qu’il Ă©tait « le meilleur opĂ©ra de Meyerbeer Â», traite du personnage historique Cola di Rienzo (1313-1354) qui, inspirĂ© par les Ă©crits de l’antiquitĂ©, vise Ă  restaurer la RĂ©publique romaine.

    Dans sa mise en scène pour la Deutsche Oper, Philipp Stölzl, rĂ©alisateur de vidĂ©os musicales et longs mĂ©trages pour le cinĂ©ma, traite Rienzi comme une allĂ©gorie de l’ascension et de la chute d’Hitler, et plus gĂ©nĂ©ralement des totalitarismes du XXe siècle. Un parti pris lĂ©gitime : d’abord, le livret permet ce dĂ©tournement au vu des parallèles apparents, bien plus en tout cas que celui des MaĂ®tres chanteurs ou de Parsifal ; et puis il y a un lien direct avec Hitler qui dĂ©clarait en rĂ©fĂ©rence Ă  une reprĂ©sentation de l’opĂ©ra vue Ă  Linz en 1906 : « Ă  cette heure de l’Histoire, tout commençait. Â» Malheureusement, si le postulat de base est convaincant, la rĂ©alisation tombe dans presque tous les travers qu’une telle adaptation peut prĂ©senter.

    Ainsi, Rienzi doit sans cesse imiter des discours pantomimes et manque sa cible en ressemblant de par sa gestuelle plus à un guide touristique au sourire figé qu’à un dictateur tenant ses masses par sa simple parole. Au niveau de la direction d’acteurs, le traitement du chœur – fondamental dans l’ouvrage – avec ces rituels géometriques pendant les discours du tribun, trahit une maladresse qui plonge l’ensemble des scènes chorales dans un profond ennui. Le fait que Rienzi ressemble tantôt à Hitler, tantôt à Staline, tantôt par son allure générale et son tour de taille gigantesque à un Hermann Göring qui semble promettre la terre promise d’Österlich du Dictateur de Chaplin, ne contribue pas non plus à la crédibilité du travail scénique.

    © Bettina Stoess

    Pour ce qui est du texte musical, l’œuvre doit plus à Bellini qu’au Grand Opéra que Wagner connaissait encore mal en entamant la composition, même si la structure en cinq actes, l’encadrement des numéros par des scènes de masses suivent bien la tradition française. En analysant la partition, on trouve maints passages qui annoncent les scènes chorales de Tannhäuser, les sonorités lustrées de Lohengrin, et même une préfiguration du réveil de Brünnhilde dans l’introduction au cinquième acte.

    Malgré ces réelles qualités musicales, les représentations de Rienzi ont toujours été victimes de coupures massives. Aussi, le fait que la partition originale a disparu en avril 1945 dans les ruines de la Chancellerie de Berlin n’a jamais aidé à une reconstitution vraiment fidèle de la version originale de Dresde. En revanche, l’excellente édition critique de Reinhard Strohm et Egon Voss disponible depuis 1977 permet une bonne vue d’ensemble de l’opéra dans sa forme initiale. Et pourtant, Philipp Stölzl nous présente une version qui dure moins deux heures trente sans pause, une broutille par rapport aux six heures de la création de 1842 et aux trois heures trente de l’enregistrement de référence de de 1976 par Heinrich Hollreiser.

    Du corps musical de Rienzi ne reste donc dans cette nouvelle mouture qu’un tronc, sans jambes ni bras ni tête, qui oblige le pauvre Torsten Kerl à chanter le rôle-titre, écrasant, pratiquement sans interruption. Le ténor remplit par ailleurs sa tâche avec les honneurs, même s’il lui manque la stature et le volume d’un rôle qui a au fond déjà tout du Heldentenor.

    Le reste de la distribution est de très belle qualité : Kate Aldrich excelle dans le rôle travesti d’Adriano, Camilla Nylund est une bonne Irene, tandis qu’Ante Jerkunica (Steffano Colonna) et Krzysztof Szumanski (Paolo Orsini) donnent toute leur noblesse à leurs emplois de chefs de familles aristocratiques. Lenus Carlson, membre de la troupe du Deutsche Oper depuis des lustres, maîtrise le Cardinal Orvieto avec une assurance remarquable. Parmi les petits rôles, on retiendra avant tout le ténor magnifiquement léger de Clemens Bieber (Baroncelli).

    La direction de Sebastian Lang-Lessing est solide mais sans éclat, trop appuyée, non dénuée d’emphase voire d’une épaisseur qui, si elle convient plutôt aux scènes de foule, anéantit toutes les subtilités de la partition. Seule réelle source de satisfaction, la prestation des chœurs, préparés par l’incomparable William Spaulding, d’une précision et d’une homogénéité allant de pair avec une expression dramatique digne d’un chœur à l’antique.




    Deutsche Oper, Berlin
    Le 24/01/2010
    Hermann GRAMPP

    Nouvelle production de Rienzi de Wagner mise en scène par Philipp Stölzl et sous la direction de Sebastian Lang-Lessing à la Deutsche Oper de Berlin.
    Richard Wagner (1813-1983)
    Rienzi, Grand opéra en cinq actes (1842)
    Poème de Richard Wagner d’après le roman d’Edward Bulwer-Lytton Rienzi ou le dernier des Tribuns

    Chœur et Orchestre du Deutsche Oper Berlin
    direction : Sebastian Lang-Lessing
    mise en scène : Philipp Stölzl
    décors : Ulrike Siegrist, Philipp Stölzl
    costumes : Kathi Maurer, Ursula Kudrna
    vidéo : fettFilm, Momme Hinrichs, Torge Møller
    préparation des chœurs : William Spaulding

    Avec :
    Torsten Kerl (Rienzi), Camilla Nylund (Irene), Ante Jerkunica (Steffano Colonna), Adriano (Kate Aldrich), Krzysztof Szumanski (Paolo Orsini), Lenus Carlson (Cardinal Orvieto), Clemens Bieber (Baroncelli), Stephen Bron (Cecco del Vecchio), Gernot Frischling (double de Rienzi).

     



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