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CRITIQUES DE CONCERTS 11 décembre 2019

Nouvelle production de Lucio Silla de Mozart dans une mise en scène d’Emmanuelle Bastet et sous la direction de Thomas Rösner à Angers Nantes Opéra.

Giunia Archibald
© Jef Rabillon

Deuxième opera seria d’un compositeur de seize ans, Lucio Silla demeure rare à la scène. Mais bien plus qu’aux les faiblesses dramatiques inhérentes à un genre en pleine mutation et dans lequel Mozart se sentait déjà à l’étroit, la faute en revient aux irréductibles embuches qui parsèment le rôle de Giunia. Angers Nantes a déniché la perle rare en la personne de Jane Archibald.
 

Théâtre Graslin, Nantes
Le 16/03/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Dans Lucio Silla, deuxième et dernier opera seria commandĂ© Ă  Mozart par le Teatro Regio Ducale de Milan, la prima donna domine tout. MĂŞme le primo uomo, le fameux castrat Venanzio Rauzzini que le jeune compositeur consolera, peut-ĂŞtre, de ce dĂ©sĂ©quilibre en lui Ă©crivant l’Exsultate, jubilate. Qu’avait donc dans le gosier la Signora Anna Lucia De Amicis-Buonsolazzi, celle-lĂ  mĂŞme qui, selon Charles Burney, fut « la première Ă  introduire sur nos scènes les staccate colorature Â», pour inspirer Ă  l’adolescent ces acrobaties vocales fulgurantes jusqu’à l’inhumain ?

    La rĂ©ponse se trouve assurĂ©ment dans l’Armida abbandonata de Jommelli. Car si l’opĂ©ra lui paraĂ®t « beau, mais trop raisonnable et archaĂŻque pour le théâtre Â», son interprète lui fait plus que forte impression, chanteuse Ă©poustouflante et superbe actrice. Il Ă©tait donc inĂ©vitable que Giunia, taillĂ©es Ă  ses mesures, fasse de l’ombre Ă  tous les autres personnages, y compris Cecilio, et Lucio Silla surtout, pour lequel il fallut se rabattre sur un tĂ©nor d’église qui n’avait jamais mis les pieds sur une scène de théâtre. Ce que Mozart exige de sa prima donna est simplement au-delĂ  du chant, un saut de l’ange vocal auquel seul peut survivre un phĂ©nomène.

    Jane Archibald, dont la Zerbinetta genevoise n’atteignait pas ce degré d’évidence, s’y révèle simplement prodigieuse. Le délié des vocalises, portées par un souffle vertigineux, n’a d’égal que le plein d’un cantabile serti dans ce timbre adamantin qui ne refuse ni la chair, la pulpe, ni les angles. Portrait haletant, suicidaire, romantique d’une héroïne qui ne déparerait pas les plus macabres heures du siècle suivant. Par la flamme, l’urgence, l’âme tout simplement.

    Celle qui manque encore – sans doute n’est-ce qu’une question d’expérience du rôle – au Cecilio de Paola Gardina, par ailleurs remarquable de couleur – insuffisamment variée peut-être entre les tenues extatiques de son tenero memento et le raptus refréné de Quest’improvviso tremito –, d’extension, d’agilité et de frémissement. Tout aussi jeune, et révélation lui aussi, le Silla de Tiberius Simu, aux phrasés, à l’incarnation d’emblée mûrs, déploie un velours corsé juste ce qu’il faut, qui promet pour demain, au plus haut niveau, tout ce qu’il a déjà fait quotidiennement en troupe à Leipzig.

    Quoi qu’elle chante, malgré cet instrument toujours un peu trop pointu pour avoir réellement du charme, Jaël Azzaretti est d’une acuité remarquable, et son Cinna est mieux encore. Quant à Céleste Lazarenko, elle se gargarise avec la lumineuse fraîcheur des innocentes des staccati dont Mozart a parsemé les airs de Celia, sans doute pour complaire à la Signora Mienci.

    Dans la fosse, Thomas Rösner tient un discours plus que perméable à la leçon des baroqueux, vif sans systématisme, jusqu’à oser des rubati rhétoriques. C’est là, mais aussi ailleurs à vrai dire, que l’Orchestre national des Pays de la Loire peine à le suivre, dépassé par les exigences rythmiques autant que chromatiques d’une partition qui laisse deviner ces territoires inexplorés conquis dans Idomenée.

    Car Lucio Silla est d’un seria certes tardif mais encore rigidifié par l’hypertrophie des airs, qu’Emmanuelle Bastet parvient à assouplir, dynamiser par un sens affûté de la continuité dramatique, qui n’est pas sans rappeler la manière pionnière des époux Herrmann – venant de qui les vénère, le compliment n’est pas mince –, à l’instar du XVIIIe siècle épuré, stylisé des costumes et de la symbolique pertinente sinon toujours esthétiquement aboutie de la scénographie de Tim Northam. Ces images jamais figées, les ombres et reflets projetés par les lumières de François Thouret achèvent d’en accroître la persistance.




    Prochaines représentations :
    Grand Théâtre d’Angers les 24, 26 et 28 mars
    Opéra de Rennes le 30 avril et les 3, 5, 7 et 9 mai avec l’Orchestre de Bretagne dirigé par Claude Schnitzler, Géraldine Casey (Giunia) et Kristina Hammarström (Cecilio)




    Théâtre Graslin, Nantes
    Le 16/03/2010
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Lucio Silla de Mozart dans une mise en scène d’Emmanuelle Bastet et sous la direction de Thomas Rösner à Angers Nantes Opéra.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Lucio Silla, opera seria en trois actes (1772)
    Livret de Giovanni de Gamerra

    Chœur d’Angers Nantes Opéra
    Orchestre national des Pays de la Loire
    direction : Thomas Rösner
    mise en scène : Emmanuelle Bastet
    décors et costumes : Tim Northam
    éclairages : François Thouret

    Avec :
    Tiberius Simu (Lucio Silla), Jane Archibald (Giunia), Paola Gardina (Cecilio), Jaël Azzaretti (Lucio Cinna), Céleste Lazarenko (Celia), Howard Crook (Aufidio).

     



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