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CRITIQUES DE CONCERTS 24 juillet 2019

Reprise de Billy Budd de Britten dans la mise en scĂšne de Francesca Zambello et sous la direction de Jeffrey Tate Ă  l’OpĂ©ra de Paris.

Une histoire d’hommes
© Eric Mahoudeau

L’OpĂ©ra de Paris vient de reprendre pour la quatriĂšme fois le Billy Budd de Britten dans la magnifique mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e en 1994 pour le Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve par Francesca Zambello et Alison Chitty, importĂ©e en 1996 sur la scĂšne bastillane. Distribution largement renouvelĂ©e et grand succĂšs public pour ce spectacle inĂ©puisable.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 24/04/2010
Olivier BRUNEL
 



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  • À l’OpĂ©ra Bastille, les reprises se suivent et ne se ressemblent pas. AprĂšs un Don Carlo en fĂ©vrier oĂč la mise en scĂšne Ă©tait quasiment livrĂ©e au bon vouloir des chanteurs, voici une reprise exemplaire d’un des spectacles phares du directorat de Hugues Gall en 1996, Billy Budd de Benjamin Britten d’aprĂšs Herman Melville dans sa version rĂ©visĂ©e en 1964, dans le spectaculaire spectacle de Francesca Zambello et Alison Chitty, l’un des plus adaptĂ©s Ă  cette immense scĂšne que l’on ait pu y voir.

    Pourtant, le programme ne prĂ©cise pas si l’AmĂ©ricaine est revenue rĂ©gler elle-mĂȘme cette quatriĂšme reprise ou si c’est un assistant qui l’a fait, et elle n’a pas paru au rideau le soir de la premiĂšre. On attendait avec impatience de revoir ce chef-d’Ɠuvre de Britten d’autant que, comme pour la derniĂšre sĂ©rie de reprĂ©sentations en 2001, la distribution en a Ă©tĂ© en partie renouvelĂ©e.

    Dans l’immense dispositif ingĂ©nieux simulant les diffĂ©rents niveaux du navire de la marine britannique H.M.S l’Indomptable, cette mise en scĂšne trĂšs efficace et rĂ©glĂ©e au dĂ©tail prĂšs a toujours grande allure, et l’opĂ©ra marin qui ne comporte que des rĂŽles masculins y gagne un impact quasiment cinĂ©matographique.

    Á Rodney Gilfry et Bo Skovhus succĂšde dans le rĂŽle-titre l’AmĂ©ricain Lucas Meachen, qui avec un physique beaucoup moins fragile et ambigu que ses prĂ©dĂ©cesseurs, paraĂźt, au I, avec son torse abondamment bodybuildĂ© et huilĂ© largement exhibĂ©, un peu brut de dĂ©coffrage. Vocalement aussi, la voix est plus monolithique, l’élocution plus amĂ©ricaine. Puis on s’habitue peu Ă  peu Ă  cette option d’autant que le baryton affine son jeu pour paraĂźtre tout Ă  fait Ă©mouvant et crĂ©dible dans la longue scĂšne du gabier la veille de sa pendaison.

    Mais c’est sans aucun doute le noir et Ă©quivoque Capitaine d’armes John Claggart qui lui vole la vedette. L’IsraĂ©lien Gidon Saks, dĂ©jĂ  prĂ©sent en 2001, joue Ă  fond l’ambiguĂŻtĂ© diabolique et pousse plus loin la composante homosexuelle du personnage voulue par Britten plus que Melville que ne le faisaient Monte Paderson et a fortiori Eric Halfvarson, qui Ă©tait plus noir et brutal que pervers.

    DĂ©ception relative pour Kim Begley, dĂ©jĂ  prĂ©sent en 1998 et succĂ©dant Ă  Robert Tear puis Philip Langridge dans le rĂŽle trĂšs complexe, plein de contradictions du Commandant Vere, qui a perdu de ses moyens et n’a jamais eu l’aura et la sĂ©rĂ©nitĂ© nĂ©cessaires dans les ariosos du prologue et de l’épilogue.

    Tous les seconds rĂŽles sont magnifiquement tenus. Citons le truculent Dansker de Yuri Kissin, le trĂšs noble Flint de Paul Gay, le trĂšs touchant Novice de François Piolino (qui ne fait cependant pas oublier Toby Spence), le Squeak malicieux de John Easterlin, tout en rĂ©pĂ©tant que ce n’est qu’au prix d’une distribution impeccable que cet opĂ©ra prend toute sa vĂ©ritable dimension, loin d’une conception purement allĂ©gorique.

    Tout cela ne serait rien sans les admirables Ă©clairages d’Alan Burret, le somptueux ChƓur de l’OpĂ©ra de Paris miraculeusement prĂ©parĂ© par Patrick Marie Auber et la direction de Jeffrey Tate, impeccable de clartĂ©, de luminositĂ© et d’intelligence et ne couvrant jamais les chanteurs, que l’on se rĂ©jouit de revoir dans cette fosse oĂč il a dirigĂ© tant de belles soirĂ©es.

    EspĂ©rons encore beaucoup de reprises et de surprises de ce magnifique spectacle, modĂšle d’utilisation de la grande scĂšne bastillane.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 24/04/2010
    Olivier BRUNEL

    Reprise de Billy Budd de Britten dans la mise en scĂšne de Francesca Zambello et sous la direction de Jeffrey Tate Ă  l’OpĂ©ra de Paris.
    Benjamin Britten (1913-1976)
    Billy Budd, opéra en deux actes (1951)
    Version révisée en 1964
    Livret d’Edward Morgan Forster et Éric Crozier d’aprùs la nouvelle d’Herman Melville

    MaĂźtrise des Hauts-de-Seine ChƓur d’enfants de l’OpĂ©ra national de Paris
    ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
    direction : Jeffrey Tate
    mise en scĂšne : Francesca Zambello
    décors et costumes : Alison Chitty
    Ă©clairages : Alain Burrett
    prĂ©paration des chƓurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Kim Begley (Edward Fairfax Vere), Lucas Meachem (Billy Budd), Gidon Saks (John Claggart), Michael Druiett (Mr Redburn), Paul Gay (Mr Flint), Scott Wilde (Lieutenant Ratcliffe), Andreas JĂ€ggi (Red Whiskers), Igor Gnidii (Donald), Yuri Kissin (Dansker), François Piolino (le Novice), John Easterlin (Squeak), Franck LeguĂ©rinel (Bosun), Paul CrĂ©mazy (Maintop), Vladimir Kapshuk (l’ami du Novice).

     



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