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CRITIQUES DE CONCERTS 23 avril 2019

Reprise d’Elektra de Strauss dans la mise en scène de Nicolas Joel, sous la direction de Hartmut Haenchen au Théâtre du Capitole de Toulouse.

Leçon de théâtre orchestral
© Patrice Nin

Susan Bullock (Elektra)

Magnifique leçon d’orchestre pour cette reprise toulousaine d’Elektra confiée à des voix plutôt légères. Si la mise en scène de Nicolas Joel, privée d’un rôle-titre brûlant les planches, s’avère proche du néant, le spectacle a lieu dans la fosse, où un Hartmut Haenchen à son meilleur transcende le second opéra noir de Strauss.
 

Halle aux Grains, Toulouse
Le 05/05/2010
Yannick MILLON
 



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  • Les reprises d’un spectacle, au gré des changements de distribution, sont souvent l’occasion de mesurer la valeur absolue d’une mise en scène. En 2004, portée par le tempérament explosif de Janice Baird, l’Elektra de Nicolas Joel, pourtant conventionnelle, se tenait. Privez-la de son principal attrait, elle s’effondre !

    On ne s’étendra donc pas sur la pauvreté d’un travail scénique qui, outre une direction d’acteurs dans les usages opératiques les plus sclérosés – la danse d’Elektra n’est pas loin du grotesque –, ne propose pas la moindre exégèse – Oreste ne fait rien d’autre qu’entrer en scène, chanter et sortir – et ne retient l’attention que par une scénographie imposante qui aurait pu offrir un vrai espace de tragédie.

    Le spectacle, comme si souvent avant la réintroduction du théâtre à l’opéra, a donc lieu dans la fosse, où l’œil finit par s’attarder plus que de raison. Hartmut Haenchen, dont on n’aime guère les Wagner tarabiscotés mais qu’on a toujours encensé dans Strauss, livre une Elektra exemplaire : vive, coupante, n’ayant peur ni des grands éclats, assumés jusqu’à un superbe cataclysme final, ni de la modulation de la dynamique, dans une variété de textures, une malléabilité de la pâte sonore, un panel de micro-nuances qui évitent toute saturation.

    Le chef allemand dirige droit, analytique, sans complaisance agogique, en rendant justice aux trouvailles d’une partition à la richesse inépuisable sans la cantonner au matraquage ni la dénaturer par trop de précaution. L’Orchestre du Capitole se couvre de gloire par ses cordes d’une belle tension, ses bois caractérisés, ses cuivres souverains – l’équilibre des tuben – et sa percussion en éclats tantôt rageurs tantôt subtils.

    Le public ne s’y trompe pas, réservant au chef, que les musiciens acclament de la même manière, la plus belle ovation de la soirée. On regrettera donc seulement la tendance de la fosse ouverte de la Halle aux grains à couvrir le plateau, où règnent ce soir des voix plutôt légères.

    Il faut ainsi de longues minutes pour s’habituer au format de l’Elektra de Susan Bullock, qui chante le rôle partout avec des moyens très minces, au premier rang desquels un médium absorbé au moindre mezzo-forte de l’orchestre. Souvent grêle pour se faire entendre, la soprano britannique, prodiguant pourtant un haut-médium de belle qualité dans les nuances intermédiaires, prive le rôle-titre de son impact dramatique.

    Légère elle aussi, mais ô combien plus habile, l’ancienne protégée de Karajan Agnes Baltsa, en bonne rossinienne, offre une émission d’une incroyable fraîcheur à passé 65 ans, et privilégie constamment les hauteurs et le vrai chant.

    Elle non plus n’a jamais eu un format dramatique, mais elle truque admirablement, en acérant une voix de poitrine ouverte qui, doublée d’un vibrato serré, d’un aigu insolemment dardé, insuffle de la douleur, de l’humanité à une Clytemnestre très éloignée de l’habituel monstre vampirique. On s’amusera seulement de ce qu’après des années de pratique aussi assidue de la langue de Goethe, la Kammersängerin ne sache toujours pas prononcer les « e » muets de l’allemand.

    La seule du trio féminin à répondre aux critères traditionnels, la Chrysothémis au physique de Walkyrie de Silvana Dussmann a l’exacte radiance, le feu intérieur porté par un matériau somptueux, charnu, qui ne perd un soupçon d’homogénéité que sur les trois ou quatre aigus les plus tendus mais distille partout ailleurs une bien chantance salutaire.

    Enfin, si Donald Kaasch parvient à imposer un ton aussi caractérisé à l’apparition éclair d’Égisthe que certains à l’Hérode beaucoup plus bavard de Salomé, Harry Peeters donne à Oreste une stabilité, une froide détermination, fruits d’une émission extrêmement maîtrisée.




    Halle aux Grains, Toulouse
    Le 05/05/2010
    Yannick MILLON

    Reprise d’Elektra de Strauss dans la mise en scène de Nicolas Joel, sous la direction de Hartmut Haenchen au Théâtre du Capitole de Toulouse.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra, tragédie en un acte (1909)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal d’après Sophocle

    Chœur et Orchestre du Capitole de Toulouse
    direction : Hartmut Haenchen
    mise en scène : Nicolas Joel
    décors et costumes : Hubert Monloup
    éclairages : Vincio Cheli
    préparation des chœurs : Alfonso Caiani

    Avec :
    Agnes Baltsa (Klytemnestra), Susan Bullock (Elektra), Silvana Dussmann (Chrysothemis), Harry Peeters (Orest), Donald Kaasch (Aegisth), Peter Wimberger (Pfleger des Orestes), Adrineh Simonian (Die Vertraute / Zweite Magd), Isabelle Antoine (Die Schleppeträgerin), Paul Kaufmann (Ein junger Diener), Thierry Vincent (Ein alter Diener), Susan Marie Pierson (Die Aufseherin), Graciela Araya (Erste Magd), Margriet Van Reisen (Dritte Magd), Marie-Adeline Henry (Vierte Magd), Jennifer Black (Fünfte Magd).

     



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