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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Nouvelle production de la Calisto de Cavalli dans une mise en scène de Macha Makeïeff et sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Calisto sans éclat
© Alvaro Yanez

Il est triste assurément que onze années de direction ne soient pas couronnées par un coup d’éclat. Dernière nouvelle production concoctée par Dominique Meyer pour le Théâtre de Champs-Élysées, la création parisienne de la Calisto de Cavalli ne tient que partiellement ses promesses, ternie par la mise en scène de Macha Makeïeff.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 11/05/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Quel que soit son taux de réussite artistique, forcément subjectif, Dominique Meyer aura su marquer le Théâtre du Champs-Élysées de son empreinte en le vouant à la pratique historiquement informée. Durant ses onze années de direction, Haendel aura régné en maître sur l’avenue Montaigne, entre versions scéniques et concertantes, sans occulter ni la tragédie lyrique française, et Lully en particulier, ni l’opéra vénitien.

    Ouvert avec l’Argia de Cesti, le mandat du nouveau directeur de l’Opéra de Vienne s’achève d’ailleurs – car sa Semele d’adieu n’est qu’une reprise – avec la création parisienne de la Calisto de Cavalli. Choix certes peu audacieux – il était temps –, mais pertinent, malheureusement compromis par une mise en scène terne et sans enjeu.

    Sous le prétexte de notes de travail à reproduire dans le programme, Macha Makeïeff a composé une prose enlevée, et même festive. Au vu de son spectacle, il convient de la croire sur parole. Tout ce qu’elle décrit trouve certes sa place sur le plateau, mais comme a minima, tristement éparpillé, sans magie ni fantaisie, qui plus est encombré de bruitages parasites.

    Perruque pourpre pute, Calisto se voudrait plus sauvageonne chasseresse que proie innocente de la concupiscence divine ; elle n’est qu’une silhouette souvent égarée sur cette « terre dévastée » – un plateau nu agrémenté de quelques symboles encombrants, de géant et autre roue de la fortune, quand ce ne sont pas ces silhouettes d’arbres en carton de patronage –, devant ce « ciel en désordre » – ces ronds, qui auraient pu être Art nouveau s’ils n’avaient été si grossièrement barbouillés sur fond noir, sont-ils des étoiles ?

    Invoquer les mânes d’Herbert Wernicke, dont la production mythique reprise la saison dernière encore à la Monnaie était, par-delà l’enchantement de la voûte céleste de Giovanni De’Vecchi, une formidable machine de théâtre, serait dès lors bien cruel, puisque même les ballets de satyre échouent à animer la lascivité d’un Jupiter baba cool, empêtré dans la jalousie d’une Junon amidonnée. Ô combien pâles, et convenues, mal éclairées surtout, paraissent les tribulations de ces dieux parodiés avec une savante insolence par la plume de Giovanni Faustini, réduits ici à de paresseuses caricatures d’eux-mêmes.

    © Alvaro Yanez

    Modèle de raffinement, la réalisation musicale de Christophe Rousset enchâsse la mélodie naissante dans l’écrin du récitatif au rythme subtil d’harmonies trop uniment élégiaques sans doute pour pallier l’abandon d’une scène qui décidément ne s’ébroue guère. Et bien qu’ils triplent l’effectif de la création – cinq musiciens occupaient la fosse du Teatro San Apollinare le 28 novembre 1651 –, les Talens Lyriques peinent à étoffer leur infinie délicatesse dans l’acoustique périlleuse du Théâtre Champs-Élysées – René Jacobs y donnait, pragmatique plus qu’anachronique, des dimensions orchestrales à l’instrumentarium vénitien –, et donc à ponctuer, relancer le discours.

    Les voix se présentent alors dans leur beauté nue. Exceptons Giovanni Battista Parodi, dont la basse étouffée et le fausset trop court pour ses répliques en Diane ne font pas un Jupiter, malgré le naturel délectable de la langue, et Cyril Auvity, à la projection certes affermie, aux voyelles plus rondes aussi, mais qui contraint encore, toujours son instrument pour atteindre les cimes de Pan.

    Quant à la Linfea plantureuse de Milena Storti, elle réalise un compromis peu convaincant entre la vieille nourrice imposée par la tradition du ténor en travesti et la suivante de Diane interprétée à l’origine par un castrat soprano à peine sorti de l’enfance, dont le jeune frère tenait le rôle de Satirino, ici dépucelé par le timbre épicé de Sabina Puértolas.

    Parmi les dieux, c’est le Mercure de Mario Cassi qui convainc le plus par sa langue déliée et sa clarté rouée. Car Marie-Claude Chappuis offre à Diane plus de science de l’inflexion que de naturel, d’un chant un peu droit, dont la hardiesse sait néanmoins s’attendrir, quand Véronique Gens, en grande et très belle voix – et de quelles moirures s’apprête son velours profus –, impose par sa stature une Junon de tragédie, trop digne pour fulminer sa jalousie.

    Modelés par Jacobs, et dans le souvenir encore prégnant de Wernicke, Sophie Karthäuser et Lawrence Zazzo ont quoi qu’il en soit l’avantage. Le contre-ténor américain, dont le torse est affublé d’une inscription illisible sans doute au-delà de la fosse, et donc inutile, sait ainsi teinter le lyrisme d’Endymion de suffisamment d’autodérision pour le préserver d’une lénifiante neurasthénie. Et le timbre frais, ductile de la soprano belge réinvente son exquise Calisto, épanouie sans mièvrerie par l’éveil de la chair.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 11/05/2010
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de la Calisto de Cavalli dans une mise en scène de Macha Makeïeff et sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Francesco Cavalli (1602-1676)
    La Calisto, dramma per musica en trois actes (1651)
    Livret de Giovanni Faustini d’après les Métamorphoses d’Ovide.

    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène, décors, costumes : Macha Makeïeff
    chorégraphie : Lionel Hoche
    éclairages : Dominique Bruguière

    Avec :
    Sophie Karthäuser (Calisto), Giovanni Battista Parodi (Giove), Mario Cassi (Mercurio), Lawrence Zazzo (Endimione), Marie-Claude Chappuis (Diana / Eternità / Furia), Milena Storti (Linfea), Sabina Puértolas (Satirino / Furia), Cyril Auvity (Pane / Natura), Graeme Broadbent (Silvano), Véronique Gens (Giunone / Destino).

     



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