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CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoűt 2019

Reprise de Mazeppa de Tchaïkovski dans la mise en scène de Peter Stein et sous la direction de Kirill Petrenko à l’Opéra de Lyon.

Festival Pouchkine (1) :
L’astéroïde Mazeppa

© Bertrand Stofleth

Premier volet de la trilogie Pouchkine-Tchaïkovski de l’Opéra de Lyon, le rare Mazeppa offre un magnifique souffle épique grâce à la direction bouillonnante de Kirill Petrenko et à un plateau dominé par les trognes vocales de Kotscherga et Putilin. Après une entrée en matière bien plate, Peter Stein réussit quelques tableaux d’un bel esthétisme.
 

Opéra national, Lyon
Le 18/05/2010
Yannick MILLON
 



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  • La France a dĂ» attendre 1978 pour entendre en version de concert Mazeppa, sixième des dix ouvrages lyriques de TchaĂŻkovski, avant de se confronter Ă  la production de l’OpĂ©ra Nouvel en 2006. Grâce soit donc rendue Ă  Serge Dorny d’avoir reprogrammĂ© aussi vite l’ouvrage après en avoir assurĂ© la vraie crĂ©ation française.

    La production de Peter Stein n’est pas de celles qui tentent de détourner l’œuvre. Elle en respecte même au cordeau la convention, dans des décors épurés et des costumes historiques. On ne contestera pas ce choix, mais plutôt au I le peu de vraisemblance d’une gestuelle stéréotypée venue tout droit du Bolshoï.

    La suite du spectacle démontre toutefois que mise en scène traditionnelle ne rime pas forcément avec absence de théâtre, dans une scène du cachot tout en verticalité, éclairée au flambeau, où la direction d’acteurs se resserre, puis un épisode nocturne d’une vraie discipline corporelle, et enfin une bataille de Poltava sans fatras, réduite à un tableau enneigé avec un Andreï à la manière du Dormeur du val.

    Principal relais dramatique du spectacle, la direction vive, claire et tranchante de Kirill Petrenko mène l’épopée avec un sens dramatique accompli, transcendant les pupitres d’un orchestre en splendeur – des vents aiguisés, précis dans les équilibres, une percussion millimétrée – et animant cette fresque musicale avec autant de sens du tragique que de souplesse et de suavité, sachant à l’occasion s’improviser chef de ballet dans les pages souriantes.

    Aux antipodes de la séduction vocale, le Kotschubeï d’Anatoli Kotscherga, visant seulement les hauteurs et écourtant les tenues, semble oublier de chanter. Défaut a priori rédhibitoire, sans compter le miracle d’une déclamation tout en puissance oratoire, qui triomphe in fine par une incarnation déchirante, ponctuée d’éclats, de sons fantomatiques à faire froid dans le dos.

    Loin des mamouchkas en poitrine, la Lioubov de Marianna Tarasova se démarque par une projection crue, au laser, partant toujours de petits sons. L’inverse en somme d’Alexey Tikhomirov, Orlik à la stature himalayenne, d’une vocalité veule à souhait qui gagnerait à concentrer sur un vrai noyau dur une émission qui n’a d’oreilles que pour l’enveloppe.

    Mèche blonde de héros romantique, l’Andreï de Misha Didyk, qui joue d’abord très mélo, fait le pari d’un chant de sauvageon qui n’aurait jamais entendu parler de la couverture des sons. Le ténor ne manque pas d’atouts, parmi lesquels une projection franche et un aigu conquérant, mais la verdeur et l’hétérogénéité des registres peuvent faire grincer des dents – au I surtout, le III affichant un semblant de civilisation.

    Olga Guryakova, dont l’instrument s’est encombré au fil des ans d’une épaisseur typique des voix slaves, est une Maria passionnée, tout d’un bloc, n’aimant rien tant que chanter en plénitude, souvent au péril de la stabilité, avec un vibrato conséquent mais aussi un sens de la morbidezza dans la berceuse terminale, où la pulpe du timbre, son essence capiteuse dégorgent dans la lumière feutrée des pianissimi.

    L’impérial Nikolaï Putilin enfin trouve en Mazeppa l’un des emplois les plus idéalement taillés à son baryton-basse colossal. Non seulement par l’allure le vétéran est l’image même du vieil hetman ukrainien, mais par son art de chanter jusqu’à la plus infime tenue, par-delà même les silences, il parvient à rendre touchant un personnage bien antipathique.

    On oubliera vite une conception toute personnelle de la justesse pour retenir une projection capable des dynamiques les plus extrêmes, et un aigu d’une rare intensité – le la bémol sacrificateur de l’arioso du II, vraie folie de Tchaïkovski sur laquelle s’éreintent tant de prétendants au rôle-titre, est même proprement inouï. Devant de telles ressources aux frontières de l’inhumain, on ne s’étonnera qu’à moitié que Putilin soit aussi le nom d’un astéroïde découvert en 1969 !




    Opéra national, Lyon
    Le 18/05/2010
    Yannick MILLON

    Reprise de Mazeppa de Tchaïkovski dans la mise en scène de Peter Stein et sous la direction de Kirill Petrenko à l’Opéra de Lyon.
    Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (1840-1893)
    Mazeppa, opéra en trois actes et six tableaux (1884)
    Livret du compositeur et Victor Bourenine d’après Poltava de Pouchkine

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Anna Maria Heinreich
    Ă©clairages : Duane Schuler
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    NikolaĂŻ Putilin (Mazeppa), Anatoli Kotscherga (KotschubeĂŻ), Marianna Tarasova (Lioubov), Olga Guryakova (Maria), Misha Didyk (AndreĂŻ), Alexey Tikhomirov (Orlik), Edgaras Montvidas (Iskra), Jeff Martin (Cosaque ivre).

     



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