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CRITIQUES DE CONCERTS 23 avril 2019

Reprise d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans la mise en scène de Peter et sous la direction de Kirill Petrenko à l’Opéra de Lyon.

Festival Pouchkine (2) :
La belle occasion manquée

© Bertrand Stofleth

Edgaras Montvidas (Lenski) et Alexey Markov (Onéguine)

Après l’épopée Mazeppa, l’intrigue bourgeoise d’Eugène Onéguine, où Peter Stein se meut avec plus d’aisance et d’inspiration. Kirill Petrenko mène les (d)ébats sans relâche, avec un total refus de l’emphase, et permet à une Tatiana bouleversante de fragilité et à un Onéguine ruiné par son erreur de transcender la plus belle occasion manquée du répertoire.
 

Opéra national, Lyon
Le 19/05/2010
Yannick MILLON
 



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  • D’emblée, on sent que le théâtre psychologique d’Eugène Onéguine inspire plus naturellement Peter Stein que le mélange d’intrigue amoureuse et historique de Mazeppa. La principale originalité de sa lecture réside dans la caractérisation du couple Tatiana-Onéguine : la jeune femme conservera tout du long une allure insignifiante, une impossibilité à relayer par sa manière d’être son bouillonnement intérieur, qui en fait dès le départ une victime, une maladroite que ne guérira en rien son somptueux mariage.

    On s’explique d’autant mieux le refus initial d’Onéguine, ici d’une magnifique stature et d’un charme racé, pédant même, qui laisse progressivement entrevoir une vraie nature beaucoup moins forte, s’effondrant sur le cadavre de Lenski sitôt après l’avoir abattu, se reconnaissant sans doute in fine dans le miroir que lui tend une Tatiana dépourvue du sentiment de santé qui permet le rayonnement.

    Pour le reste, hormis l’isolement pathétique de Triquet, bien misérable esseulé sur son banc dès la fin de ses couplets, et dont l’abattement laisse présager la funeste issue du bal chez les Larine, Peter Stein se borne à conduire l’intrigue en constant respect du livret, mais toujours avec une grande justesse dans l’élaboration des rapports sociaux et affectifs.

    Sa scénographie est d’ailleurs aussi belle que simple, entre champs de blé gorgés d’une lumière estivale propice à la rêverie et à l’emballement des cœurs, atmosphère romantique nocturne, faste des espaces de danse, magnifique tableau typiquement pétersbourgeois du duel avec sa crête neigeuse, et scène finale dans les appartements de Grémine où le plancher incliné trahit au mieux la difficulté de Tatiana à assumer son ascension sociale.

    © Betrand Stofleth

    Si Kirill Petrenko était hier le principal moteur dramatique de Mazeppa, il se fait ce soir plus discret et partage équitablement cette fonction avec la scène, dans une lecture preste, fuyant coûte que coûte le sentimentalisme et le surlignage, et apparaît d’une sobriété absolue – que l’on peut aussi appeler carence de lyrisme. Privilégiant le fugace, la ligne droite, sans jamais s’apitoyer sur les personnages, il se contente de les porter avec ardeur, de même qu’il ne fait qu’accompagner les formidables chœurs de la maison.

    Plus que toute autre, la Tatiana d’Olga Mykytenko émeut par son immense fragilité, fruit d’une voix modeste, dénuée de toute opulence, rappelant les lyriques-légers des années 1950. Et si certains sons s’avèrent un peu clairs ou pincés, du moins a-t-on affaire à une réelle musicienne, qui sait parer la deuxième partie de la scène de la lettre, pierre d’achoppement de tant de grandes voix, d’ineffables pianissimi, émis avec un soin qui n’appelle que des louanges.

    Si un certain parallèle peut s’opérer avec le Lenski plutôt clair d’Edgaras Montvidas, on sera plus gêné chez le ténor lituanien par un réel manque de rondeur, qui tendrait à disparaître dans la pleine voix de la dispute, et par une tendance à détimbrer la mezza-voce, brisant ainsi une ligne de chant déjà heurtée par des soufflets symptomatiques d’une approche sentimentale et fiévreuse, presque latine.

    La seule réelle déception provient pourtant du Grémine blanchâtre et très neutre de Michail Schelomianski, dont la voix coincée et sans aigu ne se hisse jamais à la hauteur d’un héros de guerre respecté de tous. À l’opposé, plus que la Larina un peu effacée de Marianna Tarasova, la Filipievna d’un mètre cube de Margarita Nekrasova offre les glorieux vestiges d’une voix immense, abyssale d’un grave à faire pâlir tous les ténors du monde autant que capable d’une finesse exemplaire dans la conduite des aigus. Cela change des spectres vocaux entendus partout, le rôle y gagnant sans conteste.

    Enfin, outre la confirmation d’un bas registre formidablement sonore et musical chez l’Olga d’Elena Maximova, on se réjouit de découvrir Alexey Markov, matériau d’authentique baryton russe de tradition, d’une superbe homogénéité, d’un grain chaud et étoffé, très libre d’aigu, au service d’un Onéguine de première classe, dont on glosera seulement sur une difficulté à tenir l’intonation dans les nuances ténues.




    Opéra national, Lyon
    Le 19/05/2010
    Yannick MILLON

    Reprise d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans la mise en scène de Peter et sous la direction de Kirill Petrenko à l’Opéra de Lyon.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine, scènes lyriques en trois actes et sept tableaux (1879)
    Livret du compositeur et de Konstantin Chilovski d’après le roman de Pouchkine

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Anna Maria Heinreich
    éclairages : Duane Schuler & Japhy Weideman
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Alexey Markov (Eugène Onéguine), Olga Mykytenko (Tatiana), Edgaras Montvidas (Lenski), Elena Maximova (Olga), Michail Schelomianski (le Prince Grémine), Marianna Tarasova (Madame Larina), Margarita Nekrasova (Filipievna), Jeff Martin (Monsieur Triquet), Alexey Tikhomirov (Zaretski).

     



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