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CRITIQUES DE CONCERTS 31 octobre 2020

Reprise de la Dame de Pique de Tchaïkovski dans la mise en scène de Peter Stein et sous la direction de Kirill Petrenko à l’Opéra de Lyon.

Festival Pouchkine (3) :
Providentielle amiante

© Bertrand Stofleth

Pour clore la Trilogie Pouchkine-Tchaïkovski très unitaire de l’Opéra de Lyon, la Dame de Pique retrouve l’intensité orchestrale de Mazeppa et bénéficie du plateau le plus homogène des trois soirées. Toujours très classique, Peter Stein, privé de ses décors d’origine, réussit paradoxalement des tableaux d’une sobre beauté. Mission accomplie.
 

Opéra national, Lyon
Le 21/05/2010
Yannick MILLON
 



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  • Après quelques problèmes d’équilibre dans les distributions de Mazeppa et Eugène OnĂ©guine, d’oĂą rĂ©ussissaient tout de mĂŞme Ă  s’extraire de magnifiques individualitĂ©s, la Dame de Pique qui clĂ´t en beautĂ© un festival Pouchkine entamĂ© il y a trois semaines prĂ©sente le plateau le plus convaincant de la sĂ©rie.

    On pinaillera surtout sur certains aspects du si difficile couple Hermann-Lisa, qui s’acquitte toutefois de son contrat plus qu’honorablement. Chez Olga Guryakova, il s’en faudrait de peu pour que l’incarnation fasse vraiment sensation, ce qui est le cas en début de soirée, où elle semble nuancer la ligne, canaliser la projection et offrir même le chant élégiaque requis. La scène du suicide, en revanche, retrouve les limites de saturation, de plafonnement des aigus entrevus dans Mazeppa, en raison d’un chant à gorge déployée manquant singulièrement de contrôle.

    Chez Misha Didyk, les particularités du timbre, ouvert et même souvent éclaté, choquent beaucoup moins dans la vocalité héroïque d’Hermann que dans le pur lyrisme d’Andreï, et le ténor peut à loisir aligner les aigus à pleine puissance qui constellent le rôle. On déplore toujours cet appui laryngé qui altère tant le timbre, mais la franchise et l’engagement finiraient presque par abattre les résistances.

    En dehors de ces limites, si fréquentes dans ces emplois à notre époque, on salue l’accomplissement d’une équipe sans faille : Tomski exemplaire, narratif à souhait et aux Try Karty comme à la parade de Nikolaï Putilin, décidément l’un des grands barytons-basses russes en activité, Eletski admirablement phrasé d’Alexey Markov, qui sait s’appuyer sur les consonnes pour mieux faire résonner des voyelles magnifiques – par-delà une intonation un peu surprenante – et Pauline aussi expressive dans la douleur que dans la joie d’Elena Maximova, d’un grain tout à fait somptueux.

    Quant à Marianna Tarasova, elle donne une leçon de somnambulisme dans une Comtesse en rien délabrée, donnant l’exacte mesure du chant qu’elle a pu prodiguer à la cour de Louis XV, phrasant sa paraphrase de Grétry avec une intensité tout intérieure, sublime déploration à fleur de voix, caressante, sur un souffle parfaitement canalisé et dans un français plus que décent.

    Les Chœurs de l’Opéra de Lyon, volontairement plus vibrants que d’ordinaire, se couvrent une nouvelle fois de gloire, notamment dans une chanson à jouer d’une jubilation sans limite. Et si Kirill Petrenko avait refusé tout lyrisme à Eugène Onéguine hier, il retrouve ce soir la flamme, l’énergie théâtrale constante de son Mazeppa et délivre une lecture d’anthologie, tendue, parfois âpre, souvent brisée – la lente déploration du chœur comme de l’orchestre au tomber de rideau fait partie de ces minutes renversantes si recherchées à l’opéra.

    Quant à la mise en scène, conventionnelle, d’un autre âge – le respect maniaque du nombre de tableaux du livret, les pages orchestrales à rideau fermé, la coupure de la Bergère sincère au II –, mais qui là encore a gagné en sobriété et en esthétisme à la destruction des décors amiantés de la production d’origine, Peter Stein sait lui donner vie par un visuel très travaillé – les éclairages et manifestations physiques de l’orage, le ciel crépusculaire derrière une Lisa pensive sur son balcon, le double de la Comtesse, l’espace scénique en triangle formant un étau dans la maison de jeu.

    Devant une direction d’acteurs efficace dans sa simplicité, on peine seulement à comprendre les outrances scéniques d’une Comtesse en pantin désarticulé, qui trépigne grotesquement de la canne, s’étouffe dans ses glaires en ronflant, et dont la mort déclenche des rires dans la salle. Au bénéfice du doute, on mettra ces excès sur le compte d’une mauvaise blague de dernière, qui ne gâche en rien ce magnifique point final à un Festival Pouchkine qui aura marqué l’année France-Russie.




    Opéra national, Lyon
    Le 21/05/2010
    Yannick MILLON

    Reprise de la Dame de Pique de Tchaïkovski dans la mise en scène de Peter Stein et sous la direction de Kirill Petrenko à l’Opéra de Lyon.
    Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (1840-1893)
    La Dame de Pique, opéra en trois actes et sept tableaux (1890)
    Livret de Modest Tchaïkovski d’après Pouchkine

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Anna Maria Heinreich
    Ă©clairages : Duane Schuler
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Misha Didyk (Hermann), Nikolaï Putilin (Tomski), Alexey Markov (Eletski), Jeff Martin (Tchékalinski), Alexey Tikhomirov (Sourine), Marianna Tarasova (la Comtesse), Olga Guryakova (Lisa), Elena Maximova (Pauline), Margarita Nekrasova (la Gouvernante), Didier Roussel (Tchaplitski), Paolo Stupenengo (Naroumov), Brian Bruce (le Maître de cérémonies), Sophie Lou (Macha).

     



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