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CRITIQUES DE CONCERTS 16 août 2018

Nouvelle production de la Walkyrie de Wagner mise en scène par Günter Krämer et sous la direction de Philippe Jordan à l'Opéra de Paris.

Ring Bastille (2) :
Univers incohérent

© Charles Duprat

Robert Dean Smith (Siegmund) et Ricarda Merberth (Sieglinde)

Après un Or du Rhin décevant, la Walkyrie confirme ce que l’on pressentait de ce nouveau Ring parisien : Günter Krämer, metteur en scène à l’univers incohérent, offre un Wagner aux belles images contemporaines bien vides, tandis que Philippe Jordan, magnifiant la tenue formelle d’un orchestre splendide mais sans passion, porte avec lenteur une distribution majeure.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 31/05/2010
Pierre FLINOIS
 



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  • Dehors, la CGT répète en vrai la manifestation de l’Or du Rhin d’il y a deux mois. Et sur scène, autre actualité, pendant le fameux prélude, la bande de Hunding, en treillis, massacre allègrement un groupe de populations sans défense, dont les cadavres resteront tout le I en ponctuation d’un décor élégant, où des parois couvertes de crânes de béliers blancs – l’animal de Fricka – évoquent le mythe, tandis que le ruissellement de la pluie sur une paroi japonaise translucide laissant bientôt percevoir des cerisiers blancs – triste printemps décidément ! – prend le risque d’une hypnotique somnolence.

    La narration, qui va hésiter entre le commentaire politique, heureusement moins appuyé que dans le prologue, avec la troupe du chef de guerre trop présente, et le domaine humain, bien prosaïque, apporte sa foultitude de détails, parfois intéressants, peu exploités ou pire, ridicules, comme ce rideau qui cache l’image du décor de 1876 qui cache l’épée. Faiblesses que ne compensera pas la direction d’acteurs de Günter Krämer, incapable de faire naître aura ou passion entre deux êtres trop distants. Impression globale lénifiante.

    Le II, avec le retour des dieux, beaucoup moins scabreux que dans Rheingold, sera plus classique, sinon plus passionnant. Ainsi en est-il de la grande table parsemée de pommes qui rassemble Wotan et ses filles pour un moment de bonheur familial innocent sous les lettres Germania si évocatrices d’une autre réalité, idylle que vient fracasser la montée des marches de Fricka : l’image, robe rouge sur escalier sombre, en reflet d’un miroir incliné déjà très exploité, est superbe.

    Mais le long monologue de Wotan se confiant à sa fille, ou encore l’irruption des fuyards laissent cette fois, et jusqu’à un final encombré, le metteur en scène sans imagination. Il en déborde pour une Chevauchée où les Walkyries toilettent sur des tables des cadavres nus ensanglantés, tandis qu’une chorégraphie balourde évoque les chevaux des vierges à l’arrière-plan.

    Maladroit encore, le rideau qui interrompt la vision pour évacuer les tables quand le dieu et sa fille entament leur confrontation devant cette unique table où le dieu avait déposé d’abord le corps de son fils – c’était très humain –, et sous laquelle la Walkyrie déjà endormie va soudain s’allonger ! Mais belle vision onirique finale d’un paysage dévasté par le feu, que traverse Erda. Bref, si on cherche là à nous faire penser, on ne réussit guère à nous faire ressentir.

    © Elisa Haberer

    Philippe Jordan dirige lentement, jusqu’aux silences, assourdissants du bruit de la ventilation, jusqu’à la déstructuration de l’introduction du II, mais avec une obsession de la beauté formelle qui magnifie un orchestre de l’Opéra, bois, cordes en grande forme.

    Si la narration fonctionne parfaitement, manquent toujours la tension, le rythme, et surtout l’émotion, qui laisse un premier acte tétanisé, qu’une ovation salue pourtant comme pour marquer le désir trop longtemps retenu d’un public sevré depuis trente-deux ans. Le II lui convient mieux, et au III, de fait bien mené, le jeune chef montre qu’il fera forcément de mieux en mieux en fréquentant l’œuvre.

    Il faut dire aussi que l’on chante fort bien ce soir, et que sans atteindre la perfection des légendes passées, la soirée est une fête vocale. Certes, la bonne Ricarda Merbeth manque de la richesse d’harmoniques et du sens de la défonce qui font les grandes Sieglinde, mais le Siegmund de Robert Dean Smith compense un réel manque de vaillance (des Wälse courts quand le chef étire le tempo) par un timbre charmeur et une leçon de beau chant.

    Le Hunding de Günther Groissböck est lui parfait. La Fricka de Yvonne Naef, un peu nasale au début, et sans vrai grave, s’impose vite par son nerf et son aigu. Les Walkyries, très individualisées, sont excellentes. La surprise heureuse vient d’un inconnu, remplaçant Falk Struckmann défaillant, avec qui il alterne. Thomas Johannes Mayer est un Wotan de belle envergure, voix jeune, riche de timbre, expressive, qui sans explorer encore à fond les vertiges du rôle en donne, quasi sans fatigue, une belle leçon de maturité et de grandeur.

    Mais c’est la Brünnhilde de Katarina Dalayman qui remporte le triomphe de la soirée : voix assurée, percutante, belle et parfaitement adaptée au rôle, qu’elle joue avec une grande conviction, sinon avec un total naturel. À tous manque cependant ce qu’une vraie direction d’acteurs et une battue emportée impriment en présence, en vertige, en immensité, ce que l’œuvre appelle d’urgence. On ferme les yeux, et on écoute, parfaitement bercé sinon envouté.

    Accueil enthousiaste, aux saluts, pour les interprètes, et bronca dominant de faibles applaudissements pour les artisans du pan visuel. Mais pour une fois, on n’a pas eu l’impression que ce soit là l’opposition classique des anciens et des modernes. Les temps changent…




    Opéra Bastille, Paris
    Le 31/05/2010
    Pierre FLINOIS

    Nouvelle production de la Walkyrie de Wagner mise en scène par Günter Krämer et sous la direction de Philippe Jordan à l'Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Walküre, première journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1870)
    Livret du compositeur

    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Günter Krämer
    décors : Jürgen Bäckmann
    costumes : Falk Bauer
    éclairages : Diego Leetz

    Avec :
    Robert Dean Smith (Siegmund), Günther Groissböck (Hunding), Thomas Johannes Mayer (Wotan), Ricarda Merbeth (Sieglinde), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Yvonne Naef (Fricka), Marjorie Owens (Gerhilde), Gertrud Wittinger (Ortlinde), Silvia Hablowetz (Waltraute), Wiebke Lehmkuhl (Schwertleite), Barbara Morihien (Helmwige), Helene Ranada (Siegrune), Nicole Piccolomini (Grimgerde), Atala Schöck (Rossweisse).

     



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