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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2019

Nouvelle production d’Alceste de Gluck dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction d’Ivor Bolton au festival d’Aix-en-Provence 2010.

Aix 2010 (3) :
Sans ingéniosité

© Pascal Victor / Artcomart

Face à un Rossignol aussi enchanteur qu’interrogateur et un Don Giovanni captivant d’immédiateté, la nouvelle production d’Alceste présentée au Théâtre de l’Archevêché était condamnée peut-être à faire pâle figure. D’autant que ni Christof Loy ni Ivor Bolton ne parviennent à animer le marbre gluckiste, admirablement ciselé pourtant par Véronique Gens et Joseph Kaiser.
 

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Le 08/07/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • La nouvelle production d’Alceste de Gluck prĂ©sentĂ©e au festival d’Aix-en-Provence suscitait d’autant plus de curiositĂ© qu’en dĂ©pit des cris d’orfraie poussĂ©s de concert par le public genevois et une majoritĂ© de nos confrères, Christof Loy Ă©tait rĂ©cemment parvenu, certes non sans faire entorse Ă  la lettre du livret, Ă  confĂ©rer Ă  La donna del lago de Rossini une substance théâtrale inespĂ©rĂ©e. La tragĂ©die de l’épouse du roi de Thessalie semble cependant se plier avec une moindre docilitĂ© Ă  une conceptualisation quelque peu forcĂ©e.

    Une fois n’est pas coutume, le metteur en scène part de la lettre, de l’incipit mĂŞme du livret de Du Roullet : « Dieux, rendez-nous notre roi, notre père ! Â» Voici donc Admète et Alceste flanquĂ©s d’une flopĂ©e d’enfants, et le sacrifice ramenĂ© dans la sphère familiale. Les membres soigneusement individualisĂ©s des English Voices, par ailleurs d’une tenue musicale et linguistique exemplaire, jouent très admirablement le jeu, en culottes courtes distanciĂ©es par des tĂŞtes plus tout Ă  fait blondes. Loy tient ainsi sa ligne jusqu’à la fin du II avec un savoir-faire certain, mais ne suscite ni interrogations dramaturgiques profondes, ni vertige théâtral.

    C’est au III, lorsque l’édifice justement se fissure avec l’arrivée d’un improbable oncle d’Amérique, j’ai nommé Hercule – Thomas Oliemans, exotique jusqu’à la caricature et sans plus de qualités de timbre –, que l’Allemand livre paradoxalement sa scène la plus aboutie, tant sur le plan de la forme que de la vérité dramatique : les époux au seuil de la mort, et le lit conjugal comme un vaste cercueil. La suite malheureusement se dissout entre rêve d’enfants et réalité endeuillée, ne laissant finalement qu’une impression anecdotique.

    La direction d’Ivor Bolton renforce ce sentiment jusqu’à l’ennui, voire l’indiffĂ©rence. Le Freiburger Barockorchester, Ă©poustouflant dans Don Giovanni, en est mĂ©connaissable, d’un niveau instrumental toujours supĂ©rieur, mais comme Ă©maciĂ© et privĂ© d’élan. Il y a bien çà et lĂ  quelques contrastes fanfaronnants, mais c’est sur le rĂ©citatif gluckiste que le chef anglais achoppe, ou plus prĂ©cisĂ©ment sur un aspect que John Eliot Gardiner, dĂ©fenseur Ă©mĂ©rite du Chevalier, n’a pas manquĂ© de relever : « Le problème ici n’est probablement pas le manque d’intĂ©rĂŞt harmonique […], mais le rythme monotone et balourd de la ligne de basse qui ne peut ĂŞtre Ă©vitĂ© par les interprètes sans une vraie ingĂ©niositĂ©. Â»

    Cette incapacité à soutenir le discours avec suffisamment de variété est d’autant plus regrettable que les interprètes du couple royal maîtrisent la déclamation à la perfection, à l’inverse du Grand Prêtre d’Andrew Schroeder, pourtant familier d’un style où il se montrait plus persuasif à la Monnaie en décembre dernier, dans Iphigénie en Aulide. C’est dans cette même production que Véronique Gens, il est vrai élevée au grain de la tragédie lullyste et ramiste, plia pour la première fois une prosodie aux contours marmoréens à son naturel distingué.

    Déployant une voix à son zénith, d’une longueur et d’un velours dont elle n’a sans doute pas toujours su tenir les altières promesses, mais désormais définitivement conquis, la soprano française teinte ses accents les plus nobles d’une désarmante fragilité, portant l’intensité expressive à son paroxysme dans Divinités du Styx. Et si la véhémence de Ô Ciel ! quel supplice, quelle douleur ! l’entend plus d’une fois flirter avec ses limites, l’abbé Arnaud, champion de Gluck dans la querelle avec les piccinnistes emmenés par Marmontel, l’absout : « Alceste ne peut plus soutenir sa douleur et, pendant les quatre derniers vers, ce sont les cris aigus et déchirants qu’arrache le désespoir. »

    Dans un français de rêve, châtié jusqu’à la ciselure, mais jamais figé dans sa correction, le ténor canadien Joseph Kaiser sculpte d’une émission très personnelle un Admète volontiers héroïque et constamment touchant, dont la tendre virilité renoue le lien, indispensable à tout un pan de répertoire malmené sinon oublié, entre la haute-contre et le ténor de demi-caractère.




    Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
    Le 08/07/2010
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d’Alceste de Gluck dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction d’Ivor Bolton au festival d’Aix-en-Provence 2010.
    Christoph Willibald Gluck (1714-1787)
    Alceste, tragédie lyrique en trois actes (1776)
    Livret de Ranieri de’ Calzabigi, version française sur les paroles de Marie François Louis Gand Le Blanc du Roullet.

    English Voices
    Freiburger Barockorchester
    direction : Ivor Bolton
    mise en scène : Christof Loy
    scénographie : Dirk Becker
    costumes : Ursula Renzenbrink
    Ă©clairages : Olaf Winter

    Avec :
    Véronique Gens (Alceste), Joseph Kaiser (Admète), Andrew Schroeder (le Grand Prêtre d’Apollon), Thomas Oliemans (Hercule), Marianne Folkestad Jahren et Bo Kristian Jensen (deux enfants d’Alceste et d’Admète), João Fernandes (le Coryphée (Apollon)), David Greco (l’Oracle), Léa Pasquel (une jeune fille).

     



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