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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Version de concert de Salomé de Strauss sous la direction de Valery Gergiev au festival de Verbier 2010.

Verbier 2010 (4) :
Orageuse clôture

© Marco Borggreve

Pour couronner son édition 2010, le Verbier Festival s’offrait une version de concert de Salomé à l’affiche prestigieuse où pouvaient se confronter grands titulaires actuels et monstres sacrés de la génération précédente. Soirée forcément attendue, où la déception viendra de la direction de Valery Gergiev.
 

Salle des Combins, Verbier
Le 01/08/2010
Yannick MILLON
 



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  • À une époque de raréfaction des chanteurs à l’aura surnaturelle, le Verbier Festival sait focaliser l’attention des toqués d’opéra le temps d’une version de concert à l’affiche inespérée. Après le Don Giovanni anthologique – et qui l’aurait sans doute été plus encore avec sa distribution d’origine – de l’an passé, c’est la Salomé de Strauss qui concentre tous les regards – et encore, il était question au départ de Mattila et Terfel.

    C’est donc tout naturellement avec une certaine impatience que l’on gravit les lacets à pic de la vallée de Martigny à la station de ski de Verbier sous un soleil radieux. À l’approche de l’heure attendue, l’amoncellement de nuages de plus en plus sombres sur les cimes a même de quoi renforcer l’électricité particulière du moment.

    À l’issue d’une représentation couronnée par un violent orage contrariant l’écoute par ses coups de tonnerre et son déluge sur le toit métallique de la salle des Combins, la réalité aura déjoué bien des pronostics. Première surprise, et de taille, la déception que représente la lecture trop continue, sans vraies arêtes tranchantes, de Valery Gergiev.

    On ne s’étonne pas dans un premier temps que le bouillant Ossète, qui compte parmi les chefs ne tournant jamais d’emblée à plein régime, paraisse un peu paresseux, voire confus. Mais un sentiment de manque de préparation, une certaine fébrilité des attaques, des prises de tempo, de synchronisation et même de connivence avec le plateau ne nous quitteront pas.

    Le drame peine alors à se nouer, malgré bien entendu quelques beaux instantanés sonores, mais aussi une dynamique souvent éteinte voire une certaine torpeur – les passages de Iokanaan –, un sentiment de survol, d’absence de creusement des timbres qui n’est pas le seul fait d’un Orchestre de Verbier aux magnifiques individualités mais fragile dans ses vents.

    Le salut viendra de l’orage, qui contraint Gergiev à lâcher enfin la bride sans craindre de couvrir Deborah Voigt, dont la Salomé est la meilleure surprise de la soirée. On sait l’Américaine dotée d’un instrument passant mal à la captation, et toujours plus prenante en direct, où son vibrato mécanique prend moins de place. Et si la voix sonne indurée et souvent en manque de rondeur, l’émission jamais réellement modulée, on ne peut nier un engagement et une endurance assez remarquables.

    Rien de comparable toutefois avec le souvenir laissé par Gwyneth Jones, aujourd’hui de plus en plus rare à la scène comme au concert, et pour tout dire une Hérodiade ravagée, spectre d’une voix jadis immense et qui sait encore faire passer par-delà un médium qui n’est que béance et une émission livide quelques moments théâtraux saisissants. On est au fond plus ému par son visage qui s’illumine lors de la Danse des sept voiles ou la scène finale, quand elle semble physiquement revivre le rôle-titre, l’incarner par sa seule présence.

    Même court de tenue dans le haut registre et octaviant certains aigus périlleux, Siegfried Jerusalem a en revanche encore un bel instrument, l’intelligence musicale qu’on lui a toujours connue, au bénéfice d’un Hérode en rien vociférant, tout de chant, de ligne, de belle stature, presque un peu triste et forcément ambigu.

    Pour compléter un ensemble aux individualités marquées, plus que la voix mordante, fière de claire projection d’Evgeny Nikitin, dont les manières brutes de décoffrage sont assez éloignées de l’idéal d’Iokanaan, on se souviendra du Page à la magnifique homogénéité de Catherine Hopper et du Narraboth tout de douce lumière et de belcantisme de John Tessier. Soirée incontournable, par ses attentes, ses errances, ses déceptions, ses fulgurances.




    Salle des Combins, Verbier
    Le 01/08/2010
    Yannick MILLON

    Version de concert de Salomé de Strauss sous la direction de Valery Gergiev au festival de Verbier 2010.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Salomé, opéra en un acte (1905)
    Livret allemand d’Hedwig Lachmann d’après Oscar Wilde

    Deborah Voigt (Salomé)
    Dame Gwyneth Jones (Hérodiade)
    Siegfried Jerusalem (Hérode)
    Evgeny Nikitin (Iokanaan)
    John Tessier (Narraboth)
    Catherine Hopper (Page d’Hérodiade)
    Benjamin Bruns (1er Juif)
    Abdellah Lasri (2e Juif)
    Patrick Vogel (3e Juif)
    Milos Bulajic (4e Juif)
    Richard Wiegold (5e Juif / 2e soldat / 1er Nazaréen)
    Ugo Rabec (2e Nazaréen)
    Robbert Muuse (1er soldat)
    Netta Or (Esclave)
    Justin Hopkins (Cappadocien)

    Verbier Festival Chamber Orchestra
    direction : Valery Gergiev

     


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