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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Reprise de Parsifal de Wagner dans la mise en scène de Stefan Herheim et sous la direction de Daniele Gatti au festival de Bayreuth 2010.

Bayreuth 2010 (2) :
Parsifal aux anges

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele GmbH

Réussite confirmée pour le Parsifal de Stefan Herheim et Daniele Gatti à Bayreuth, hors du temps et conjuguant virtuosité sans faille de la réalisation et richesse de la conception. La preuve qu’un metteur en scène débordant d’idées peut laisser de l’espace à une œuvre s’il sait écouter la musique et faire confiance à l’action.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 07/08/2010
Thomas COUBRONNE
 



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  • Nous avons signalĂ© dans ces colonnes Ă  propos du Lohengrin de Hans Neuenfels le conflit frĂ©quent entre les vues des metteurs en scène et le contenu des opĂ©ras ; mais autant l’approche dogmatique de Neuenfels Ă©crasait l’action, autant la lecture de Stefan Herheim, tout aussi personnelle, laisse respirer une Ĺ“uvre qu’elle Ă©claire sans jamais la contraindre, dans une scĂ©nographie contre l’air du temps de toute beautĂ© qui exploite Ă  merveille la fantastique machinerie de Bayreuth.

    La profusion des degrés de lecture, l’imbrication presque obsessionnelle des motifs, des situations, des résurgences, des personnages imprime à l’ensemble du spectacle une cohérence absolue en même temps qu’un mystère sans lequel, peut-être, la conception pourrait sembler appuyée.

    Comme tout ce qui est redondant ici relève d’une poétique de la psychologie des profondeurs – le déchirement de la naissance pour la mère et l’enfant, l’amour forcément incestueux, l’être fragmentaire et incomplet, l’attrait pour le néant –, la signification du dernier opéra de Wagner semble s’élargir et gagner véritablement sa portée universelle et transcendantale.

    Il ne s’agit plus vraiment de décrypter si toute l’intrigue est ici un fantasme de l’enfant Parsifal, esseulé après la mort de sa mère, si la grâce ne peut être trouvée qu’en renonçant aux chimères de l’égo du pouvoir, ou si l’action n’est qu’un miroir des soubresauts de l’histoire allemande de Wagner à nos jours : la fable de Parsifal est tout cela et bien d’autres choses encore.

    Cette dernière donnée historique est d’ailleurs admirablement traitée de manière chronologique au fil de la représentation, et de l’âge d’or d’avant 1900 – la société du Graal frivole et angélique – aux haines à peine voilées du Bundestag, cette peinture de l’Allemagne vue depuis le Festspielhaus synchronisée à l’action principale ne se relâche qu’au Vendredi Saint – car la grâce et la compassion ne sont d’aucune époque.

    © Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele GmbH

    Dès le prélude, la lecture sociale montre bien comment la rédemption n’est affaire ni de religion, ni de science, ni de pouvoir, et l’impuissance du prêtre, du médecin et du politique – ici incarné par Gurnemanz, membre d’un triumvirat qui peut évoquer les protagonistes du Salò de Pasolini – à accomplir quoi que ce soit d’autre que des génuflexions mondaines consacre la distance entre ces trois sphères et l’individu, l’être humain qu’elles entendent soulager.

    Dans la fosse, Daniele Gatti modèle une pâte sonore distendue, en apesanteur, hors du temps, qui exhale un sentiment d’éternité parfaitement en accord avec le climat délétère et régressif de la mise en scène, comme si toute vie ne procédait qu’à regret.

    La sainteté, pénitente et maladive, n’atteint que rarement une sérénité tranquille, et toujours à des moments significatifs : le matin d’innocence du début du I, le jardin de Klingsor pas plus diabolique qu’une simple sieste crapuleuse où l’on oublie de se torturer, le miroir du monde tendu au public à la fin du III comme une question pleine d’espoir, et l’on a l’impression d’une immense symphonie de chorals funèbres de cuivres.

    Parfaitement virginal et d’une naïveté vocalement palpable, Christopher Ventris a la limpidité et la fraîcheur d’un Parsifal également capable d’héroïsme ; la Kundry de Susan Maclean, voix inégale, intonation variable, oscille avec engagement entre la fausse coquette au I et la pénitente déchirée au III, avec de beaux élans de séduction et quelques éclats criés au II.

    Detlef Roth, toujours un peu juste dans les accès pathétiques d’Amfortas, reste extrêmement musicien, tandis que Thomas Jesatko feule un Klingsor encore repoussant, et que Kwangchul Youn continue de feindre la voix monumentale au détriment de l’humanité d’un personnage pourtant très fouillé par la mise en scène. Mais que pèsent quelques réserves individuelles face à tant d’intelligence humaine et musicale ?




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 07/08/2010
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de Parsifal de Wagner dans la mise en scène de Stefan Herheim et sous la direction de Daniele Gatti au festival de Bayreuth 2010.
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    Parsifal, BĂĽhnenweihfestspiel en trois actes (1882)
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    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Daniele Gatti
    mise en scène : Stefan Herheim
    décors : Heike Scheele
    costumes : Gesine Völlm
    Ă©clairages : Ulrich Niepel
    vidéo : Momme Hinrichs & Torge Møller
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Detlef Roth (Amfortas), Diógenes Randes (Titurel), Kwangchul Youn (Gurnemanz), Christopher Ventris (Parsifal), Thomas Jesatko (Klingsor), Susan Maclean (Kundry), Arnold Bezuyen (1. Gralsritter), Friedemann Röhlig (2. Gralsritter), Julia Borchert (1. Knappe), Ulrike Helzel (2. Knappe), Clemens Bieber (3. Knappe), Willem van der Heyden (4. Knappe), Julia Borchert, Martina Rüping, Carola Gruber, Christiane Kohl, Jutta Maria Böhnert, Ulrike Helzel (Klingsors Zaubermädchen), Simone Schröder (Eine Altstimme).

     



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