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CRITIQUES DE CONCERTS 04 avril 2020

Nouvelle production d’Elektra de Strauss dans une mise en scène de Nikolaus Lehnhoff et sous la direction de Daniele Gatti au festival de Salzbourg 2010.

Salzbourg 2010 (2) :
Le paroxysme réinventé

© Hermann und Clärchen Baus

Sentiment mitigé devant la nouvelle Elektra de Salzbourg, dont la mise en scène qui se réveille in extremis pour deux images fortes se contente de neutralité. Même déception devant un plateau peinant à se faire entendre, au bénéfice d’une prestation d’orchestre légendaire, menée par un Daniele Gatti revenant aux vraies dynamiques straussiennes.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 16/08/2010
Yannick MILLON
 



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  • Ă€ l’inverse du Rosenkavalier, l’Elektra de Strauss est relativement rare dans la ville de Mozart, qui n’en avait affichĂ© jusqu’ici que cinq productions en quatre-vingt-dix ans d’existence. Depuis les adieux de Rysanek pour deux soirĂ©es mĂ©morables d’aoĂ»t 1996, on attendait patiemment le retour du drame straussien le plus sanglant Ă  Salzbourg.

    Et si l’on aime en général beaucoup le travail de Nikolaus Lehnhoff, qui sait instiller une dose d’actualité dans les ouvrages sans jamais les dénaturer – on pense à son Lohengrin, à son Parsifal, à son Affaire Makropoulos –, on reste très déçu ce soir devant une correcte Elektra de fond de répertoire, jamais indigne mais passablement ennuyeuse.

    Dans ce palais bunker renversé, on ne parvient pas à vivre la puissance dévastatrice de la tragédie en raison d’une direction d’acteurs à l’abandon, les personnages évoluant chacun de leur côté, comme dans autant de monologues. Seule Clytemnestre offre autre chose que la routine, ici en reine paraissant quinze ans de moins que sa fille, d’une beauté et d’une faiblesse de Desdémone.

    Il faut attendre les toutes dernières minutes pour qu’enfin le spectacle décolle, lorsque la porte du palais s’ouvre sur une pièce carrelée ensanglantée exposant le cadavre de Clytemnestre pendu par les pieds à un croc de boucher, et quand les érinyes rampantes viennent tourmenter Oreste. Il y a toutefois fort à parier que le spectacle a beaucoup souffert de la longue hospitalisation du metteur en scène pendant l’essentiel du travail de répétition.

    © Hermann und Clärchen Baus

    Reste qu’en l’état, on cherchera plutôt le grand frisson du côté de la musique, encore que la seule distribution peine à rendre justice à la vocalité meurtrière de Strauss. Prévenu par les jérémiades de nos confrères étrangers devant le prétendu matraquage de l’orchestre, on imaginait devoir taper à notre tour sur ce malheureux Gatti.

    Et pourtant, l’Italien propose l’Elektra paroxystique qui peut faire rêver au milieu de la mode chambriste de notre époque, une lecture respectant les dynamiques réelles de la partition, et notamment ses fortissimi fracassants, en profitant du luxe suprême des Wiener Philharmoniker en fosse – ces cordes étreignantes, chauffées à blanc, ces bois bien aiguisés, ces cuivres et ces percussions coupants comme des lames de rasoir.

    Le maestro fait le pari d’une vision étale d’une heure trois quarts, sans doute contaminé par l’extase du Parsifal de Bayreuth qu’il dirige en alternance cet été, mais dont la lenteur lui permet une articulation optimale des motifs, une caractérisation kaléidoscopique et maniaque des timbres, une clarté des plans et de la polyphonie qui font merveille – on découvre des trésors inouïs, enfouis depuis toujours, à chaque mesure.

    Et si l’on peine parfois à percevoir une vraie continuité par-delà des séquences génialement ouvragées, si la péroraison finale est plus assise que vraiment dramatique, on n’en a pas moins affaire à une Elektra qui assume son hédonisme et n’a pas peur de remplir la salle jusqu’au dernier rang du balcon.

    Décor en piège à sons

    Le hic, c’est qu’avec les voix d’aujourd’hui, on a forcément une impression d’écrasement. Pourtant, la pâte sonore n’est jamais surchargée, la faute incombant selon nous au gigantesque décor incliné, véritable piège à sons, bourré de cônes acoustiques et qui expédie les voix droit dans les cintres.

    Empêchée par un refroidissement, Iréne Theorin a dû laisser la place à l’Elektra de Janice Baird, qui écourtait ses vacances pour faire ses débuts à Salzbourg. Et si l’Américaine a toujours un physique idéal, une belle présence, la voix s’est considérablement abîmée à ne fréquenter que des rôles écrasants.

    Depuis Toulouse et Strasbourg, la couleur fauve à la Christel Goltz demeure, mais la diction s’est encore empâtée, le médium affiche quelques trous inquiétants, le vibrato s’est élargi, et le troisième registre est désormais entaché d’un plafonnement symptomatique.

    Si éblouissante à la Bastille il y a cinq ans, la Chrysothémis d’Eva-Maria Westbroek a conservé son implication, ses élans, sa magnifique projection, mais le miracle de ce timbre si fin et lumineux par-delà les décibels s’est évanoui au profit d’une émission seulement large, au fond très commune.

    On se doutait que la Clytemnestre de Waltraud Meier aurait plus d’ambiguïté et de profondeur que l’ordinaire, mais en se gardant de toute tentation expressionniste, en ne chantant qu’avec son magnifique art du sfumato, la grande wagnérienne de notre temps ne convainc qu’à moitié, courte d’aigu et de projection.

    Aussi mal chantant qu’à l’accoutumée, l’Égisthe sans timbre de Robert Gambill passe comme un robinet d’eau tiède, à l’inverse de la stature impériale de l’Oreste somptueux entre tous et d’une homogénéité absolue de René Pape, voix de bronze et port d’airain.







    Un seul être vous manque…

    On tenait à revoir cette décevante Elektra avec sa distribution initiale pour en avoir le cœur net. Ce 20 août, Iréne Theorin reprenait donc le flambeau abandonné à Janice Baird pour une soirée. Le spectacle s’en trouve assez radicalement transformé, tant le rôle-titre y est écrasant, et l’on perçoit d’emblée mieux les subtilités de la conception de Lehnhoff et son rapport au tragique, sinon encore une véritable direction d’acteurs.

    Ainsi, face à une Elektra volant par amour au secours des faiblesses de sa mère, la vulnérabilité de Clytemnestre trouve un écho autrement plus saisissant que le mur d’indifférence érigé dans l’urgence d’un remplacement de dernière minute. Même la scène de reconnaissance, dans son abattement physique, dans sa dimension honteuse, y gagne en intensité. La captation dira si le spectacle profite des plans serrés, ce qui ne serait pas étonnant.

    Côté musique, depuis le milieu du balcon, la sensation d’écrasement disparaît totalement alors même que Gatti poursuit dans la veine hédoniste, à la tête d’un Philharmonique de Vienne peut-être moins concentré et peaufiné, mais plus électrique encore, avec une scène d’Oreste d’une sombre grandeur, d’une intériorité chargée absolument transcendantes. Le problème d’équilibre était donc bien imputable au décor, qui projette les voix vers le haut, privant les fauteuils d’orchestre à 370 euros de leur confort sonore légitime.

    Et si Meier, dont la voix paraît toujours petite mais dont la déclamation ainsi audible offre une vraie ligne de chant que partage seul l’Oreste toujours souverain de Pape, si Westbroek retrouve sporadiquement quelques sons qui ont fait sa gloire, bien vite engloutis dans une émission en force et des aigus écourtés, l’Elektra d’Iréne Theorin, tellement plus prenante que sa remplaçante, laisse musicalement un sentiment partagé.

    À l’évidence, les javelots straussiens lui conviennent mieux que la longueur des phrases wagnériennes, si l’on se souvient de sa calamiteuse Isolde de Bayreuth. Mais pour obtenir au bout d’une demi-heure un troisième registre asséné avec aplomb, quelques intentions musicales et une vaillance enviable, il faut d’abord souffrir ce vibrato grand huit, ces éclats tenant plus du cri que du chant, ce phrasé abstrait jamais appuyé sur une diction négligente, et un timbre de harpie.


    Yannick MILLON
    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg, 20/08/2010





    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 16/08/2010
    Yannick MILLON

    Nouvelle production d’Elektra de Strauss dans une mise en scène de Nikolaus Lehnhoff et sous la direction de Daniele Gatti au festival de Salzbourg 2010.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra, tragédie en un acte (1908)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal, d’après Sophocle

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Daniele Gatti
    mise en scène : Nikolaus Lehnhoff
    décors : Raimund Bauer
    costumes : Andrea Schmidt-Futterer
    Ă©clairages : Duane Schuler
    préparation des chœurs : Thomas Lang

    Avec :
    Waltraud Meier (Klytämnestra), Janice Baird (Elektra), Eva-Maria Westbroek (Chrysothemis), Robert Gambill (Aegisth), René Pape (Orest), Oliver Zwarg (Der Pfleger des Orest), Benjamin Hulett (Ein junger Diener), Josef Stangl (Ein alter Diener), Orla Boylan (Die Aufseherin), Maria Radner (Erste Magd), Martina Mikelic (Zweite Magd), Stephanie Atanasov (Dritte Magd), Eva Leitner (Vierte Magd), Anita Watson (Fünfte Magd), Arina Holecek (Die Vertraute), Barbara Reiter (Die Schleppträgerin).

     



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