altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 03 avril 2020

Cinquième symphonie de Bruckner par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Bernard Haitink au festival de Salzbourg 2010.

Salzbourg 2010 (6) :
Leçon d’humilité

Dernier des cinq programmes symphoniques des Wiener cet été à Salzbourg, cette Cinquième de Bruckner est l’occasion de mesurer à quel point Bernard Haitink, arrivé au sommet de sa carrière, a toujours été un artiste intègre qui sait s’effacer derrière la partition pour mieux la servir. Une leçon d’humilité et de modestie.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 28/08/2010
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • RĂ©chauffement climatique

  • Pas si muet

  • Adams chez Pierre & Gilles

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Ă€ l’heure oĂą tant de chefs, jeunes comme moins jeunes, ne savent plus quoi inventer pour faire de l’original Ă  tout prix, pour s’approprier les partitions ou les dĂ©former au grĂ© de leur arbitraire, une personnalitĂ© comme Bernard Haitink, 81 ans depuis le mois de mars, se fait peu remarquer, et ne risque pas de faire frĂ©mir les dĂ©cisionnaires du star system.

    On l’oublie souvent tant sa discrétion est grande, mais le maestro néerlandais est bien l’un des derniers monstres sacrés à l’ancienne, l’un des ultimes hérauts d’une tradition en voie d’extinction, celle d’une approche objective des œuvres prenant pour seul référent la partition, sans la restituer à travers le prisme d’une subjectivité exacerbée.

    Le phénomène est assez rare pour être souligné, mais il n’y a jamais eu un style Haitink. Il n’y a qu’à voir la manière solennelle et posée avec laquelle il aborde Bruckner, et le récent décapage qu’il a su insuffler aux symphonies de Beethoven. Loin des tics, des effets dont raffole tant une certaine frange du public, le maître poursuit depuis cinquante ans la même et immuable quête : servir humblement les compositeurs.

    Alors certes, Karajan avait donné dans ce même Großes Festspielhaus une Cinquième de Bruckner autrement titanesque à la fin des années 1960, Harnoncourt, il y a cinq ans, faisait entièrement redécouvrir ce monument du répertoire en en disséquant chaque phrase, en en accusant les angles et le dramatisme, jusqu’à un Finale prodigieux de souffle.

    En comparaison, la lecture de ce soir paraît sage, d’abord prudente, et l’on remarque que le chef hollandais, qui a toujours dirigé avec la partition sous les yeux, mais autrefois sans en tourner les pages, comme une simple présence rassurante, en suit aujourd’hui fidèlement le déroulement.

    Mais qu’importe, car s’il paraît dans un premier temps un peu timoré, dans un mouvement liminaire qui ne fait pas de chaque tutti un panneau fracassant, c’est pour mieux mener une véritable gradation vers le centre névralgique de l’œuvre : son Finale, opus summum de contrepoint sur lequel tant de chefs se sont éreintés.

    Haitink en garde donc sous la semelle, dirigeant sobre, efficace, au service des instrumentistes pour lesquels il décompose parfois la mesure dans les passages délicats. Avec un centre de gravité dont devraient s’inspirer tant de gesticulateurs, il mène un combat intérieur, érigeant mesure après mesure une vaste nef, privilégiant une certaine assise dans la masse, et des thèmes féminins d’une belle avancée en contraste.

    Il parvient d’ailleurs, par sa retenue globale, à rendre d’autant plus saisissants les moments où la dynamique implose. Dans cette optique pas si éloignée de Celibidache, tempi extrémistes en moins et pâte sonore moins outrageusement amortie, il lâche progressivement la bride et aborde la dernière coda avec une plénitude sonore dénuée de tension qui est l’expression même de la force tranquille.

    Les Viennois sont une fois de plus renversants, d’une chaleur, d’un grain, d’un legato des cordes prodigieux – le second thème du mouvement lent – d’une couleur mordorée des cuivres, d’une poésie des bois – cette flûte diaphane, ce hautbois si timbré – sans concurrence aujourd’hui dans ce répertoire.

    Ovation émue, sans excès de démonstration, pour ces musiciens d’exception et ce grand serviteur de la musique au soir de sa vie.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 28/08/2010
    Yannick MILLON

    Cinquième symphonie de Bruckner par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Bernard Haitink au festival de Salzbourg 2010.
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 5 en sib majeur

    Wiener Philharmoniker
    direction : Bernard Haitink

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com