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CRITIQUES DE CONCERTS 16 janvier 2018

Gurrelieder de Schoenberg sous la direction de David Zinman au festival de Lucerne 2010.

Lucerne 2010 (4) :
Contemplation morbide

Œuvre parmi les plus colossales de la littérature d’orchestre, les Gurrelieder de Schoenberg réclament de tels moyens qu’ils demeurent rares au concert. Rien n’effraie décidément le festival de Lucerne, qui en donne une superbe lecture hypnotique et morbide, sous la houlette d’un David Zinman préfigurateur de la mélodie de timbres.
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 14/09/2010
Yannick MILLON
 



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  • Partition de tous les excès, de toutes les démesures, les Gurrelieder de Schoenberg font partie des monuments rares au concert, à l’image de la Huitième Symphonie de Mahler, du Livre aux Sept Sceaux de Franz Schmidt, et convoquent un effectif pléthorique nécessitant un véritable maître à bord capable de juguler, de canaliser une pâte orchestrale pouvant facilement virer à l’obésité.

    Le festival de Lucerne, glorieuse manifestation alignant sur un mois les plus magnifiques berlines symphoniques de la planète, était donc le lieu idéal, particulièrement dans la merveilleuse acoustique de la salle de concerts du KKL de Jean Nouvel, pour rendre justice à cette célébration des derniers feux du postromantisme nourrie de wagnérisme.

    Le travail de fond opéré avec discrétion depuis quinze ans par David Zinman à Zurich a semble-t-il porté ses fruits tant l’Orchestre de la Tonhalle, rehaussé de membres de l’Orchestre de la Suisse romande pour l’occasion, affiche une sonorité éblouissante, capable de toutes les nuances et de toutes les couleurs – un violon solo exceptionnel –, même si à nouveau le redoutable épisode à quatre piccolos du mélodrame du Vent d’été écorche plus d’une fois l’oreille.

    Loin des irisations chambristes et du fuyant si souvent privilégiés, Zinman tient le pari d’une première partie lente, hypnotique, creusée, d’une totale continuité rabotant les contrastes, ligne d’horizon poursuivie par-delà les changements de tempo, et aboutit à une préfiguration de soixante minutes du Farben des Pièces pour orchestre op. 16.

    Après la pause, le chef américain ouvrira les vannes pour jouer des effets de masse, des ruptures, traduisant à merveille la colère de Waldemar et sa volonté de vengeance, mais comme dans l’empreinte indélébile laissée par une première partie contemplative, d’une immobilité morbide, d’un climat entre rêve et cauchemar tout à fait troublant.

    Aux côtés de chœurs masculins d’un superbe éventail dynamique et même d’une androgynie étonnante dans les aigus des ténors, le récitant de Wolfgang Schöne dit sa partie avec une précision maniaque, quand bien même la déclamation rappelle à chaque seconde ses célèbres Dr Schön et Jack l’Éventreur de Lulu, au point qu’on s’étonne de ne pas l’entendre conclure « Das war ein Stück Arbeit ! »

    Si Stephen Powell est un Paysan embourbé dans une diction molle, Andreas Conrad offre à l’inverse un Klaus-Narr idéal, exactement à mi-chemin du ténor de caractère et du lyrique percutant, donnant ainsi à son épisode plus léger toute la saveur que lui refuse une partie orchestrale d’un sérieux imperturbable.

    Les amants délivrent une leçon de chant, mais souvent abstraite, peinant à transcender les options étales du chef. Stephen Gould est un Waldemar nuancé, musical et d’une belle intériorité, mais la voix paraît ce soir grise et couverte, l’aigu parfois contraint. Christine Brewer déploie en Tove une facilité magistrale et un très beau panel de nuances, jusqu’à un contre-ut prodigieux de dépassement de la masse orchestrale, mais on n’est jamais loin de la tentation opératique.

    Le moment d’exception reste donc le Chant du Ramier de Petra Lang. Entrant en scène l’air fermé, sans maquillage, le visage creusé, son épaisse crinière rousse sculptée, la mezzo offre un monologue d’une intensité étreignante, seul épisode de la première partie où le texte semble vraiment doté de signification.

    D’une articulation et d’un timbre déchirants, appuyée sur des feulements à la Martha Mödl dont elle retrouve la fêlure, l’Allemande donne à l’annonce de la mort de Tove une intensité que ne pouvait laissait présager la vocalité désincarnée de ses collègues, tel un écho du monologue de Waltraute dans Crépuscule des dieux. Un tour de force, qui laisse coi.




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 14/09/2010
    Yannick MILLON

    Gurrelieder de Schoenberg sous la direction de David Zinman au festival de Lucerne 2010.
    Arnold Schoenberg (1874-1951)
    Gurrelieder, pour soli, chœurs et orchestre (1900-1911)
    Textes de Jens Peter Jacobsen dans une traduction de Robert Franz Arnold

    Christine Brewer (Tove)
    Petra Lang (Waldtaube)
    Stephen Gould (Waldemar)
    Andreas Conrad (Klaus-Narr)
    Stephen Powell (Bauer)
    Wolfgang Schöne (Sprecher)

    NDR Chor
    Femmes du Chœur du Grand Théâtre de Genève
    Staatlicher Akademischer Chor Latvija
    préparation : Philipp Ahmann, Ching-Lien Wu, Maris Sirmais
    Orchestre de la Suisse romande
    Tonhalle-Orchester Zürich
    direction : David Zinman

     


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