altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Concert d’ouverture de saison de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi à la salle Pleyel, Paris.

Une nuit de noces réussie
© Mathias Bothor

Avec ce concert inaugural, où il prend la relève de Christoph Eschenbach, Paavo Järvi devient le successeur de Charles Munch, Serge Baudo, Herbert von Karajan, Georg Solti, Daniel Barenboim et Semyon Bychkov, et donc le septième directeur musical de l’Orchestre de Paris. On attendait de lui qu’il redonne un souffle à la formation.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 16/09/2010
Pierre FLINOIS
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Les âmes ruinées

  • Un Parsifal mal inspiré

  • Nouveau prodige au pupitre

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Ce concert de début de règne est de bon augure. Par son programme d’abord, forcément et fortement symbolique : deux cultures s’y affrontent, la française avec Paul Dukas, la nordique avec Jean Sibelius. La première est liée à la nature nationale de l’orchestre, bien entendu, la seconde aux origines du chef, dont les racines sont ancrées aussi bien dans son pays natal – il est né à Tallinn en 1962 – que dans l’Amérique qui l’accueillit adolescent.

    Plus symptomatique encore, le choix des œuvres en dit long. Christoph Eschenbach avait choisi l’inusable et hautement attendue Symphonie fantastique de Berlioz – sans pouvoir se hisser au niveau des grandes leçons du passé. Paavo Järvi a choisi deux œuvres autrement rares et peu connues : la Péri et Kullervo ne sont des favoris ni du disque ni du concert, ce qui évite de redoutables comparaisons et montre une curiosité et une ouverture d’esprit bien venues.

    La Péri, composée en 1911 pour les Ballets russes de Diaghilev, est la dernière grande pièce symphonique d’un compositeur qui fut peu prolifique en la matière. Si l’éclatante Fanfare qui le précède est assez connue, ce poème dansé n’a pas la célébrité de son Apprenti sorcier, mais est bien plus typique de l’impressionnisme musical en vogue à Paris alors, et permet d’exposer toute la richesse de timbres d’un orchestre.

    La Fanfare sonne ici idéalement, montrant immédiatement un sens de l’architecture spatiale parfait. Et manifestement, dès les premières mesures du poème, le sentiment de la danse s’impose, et la leçon du chef est dans le relief et la luminosité du tissu, dans la liberté du geste aussi, ample, précis, dans l’ivresse et la plénitude du son. Regret – mais c’est l’acoustique toujours imprévisible de Pleyel qui est ici en cause sans doute –, le fait que la déferlante des cordes, pourtant transparentes et rondes tout à la fois, absorbe le jeu des bois, pratiquement indiscernables au dixième rang d’orchestre.

    Le nombre de sièges libres permettant qu’on se déplace, c’est du premier balcon qu’on écoute Kullervo, qui offre aussitôt une toute autre impression d’architecture des plans sonores, et une totale maîtrise de la direction, à laquelle la réponse de l’orchestre se montre souple et efficace, claire et emportée, et caractéristique du travail du chef bien connu pour cela, absolument précise.

    Car cet énorme poème symphonique avec chœurs d’hommes et solistes demande l’exception, à la mesure de sa démesure : il plonge dans l’épopée du Kalevala pour conter, avec un sens du fantastique qui renvoie au Mahler des Wunderhorn et au Schoenberg des Gurrelieder, la sinistre destinée d’un jeune guerrier insouciant et hâbleur qui séduit sans le savoir sa propre sœur, qui se suicide en découvrant la vérité, ce qui amènera le héros à faire de même.

    Épique au-delà même d’un sujet anecdotique peu exaltant, humain et dévasté par sa nature profondément triste, cette grande fresque d’un compositeur de 25 ans anticipe toute sa création, et s’impose comme l’un des plus formidables espaces sonores de son temps, tout en affichant l’évidence des grandes compositions emblématiques du nationalisme en musique de la fin du XIXe siècle : la Finlande est ici palpable, qui offre les visions auditives des grands espaces où l’on ressent le vent, la lumière, la toundra, en particulier dans le deuxième mouvement, ou les thèmes folkloriques dans le quatrième.

    L’œuvre n’est pas totalement détachée du rouleau compresseur wagnérien, mais elle porte sa propre identité, dans sa mouvance perpétuelle, dans un extraordinaire sens de l’ostinato, marqué par des thèmes conducteurs très identifiables, par une rythmique obsédante, et la répétition inflexible, dans les parties chorales, de phrases entières.

    Dans le premier mouvement, c’est aussi l’âpreté du tissu de Sibelius qu’on retrouve aussitôt, et son sens du développement harmonique et thématique. Certes, une cohérence et une contraction plus marquée du discours en eût fait un vrai chef-d’œuvre, mais malgré quelques moments moins denses, elle n’en est pas moins un grand moment, et une fort belle occasion de montrer les qualités propres d’un orchestre.

    Dans le troisième mouvement, qui fait intervenir les voix solistes de Kullervo et de sa sœur, avec la ponctuation récurrente d’un chœur assurant le commentaire psychologique et la narration, la fresque se hisse au niveau de la cantate. Juha Uusitalo, un rien sec de résonance, mais grande voix de baryton héroïque (il fut récemment Wotan, entre autres, à Valence) à l’autorité minée par le regret et la honte, et Soile Isokoski, dont on connaît les raffinements de récitaliste, ont l’évidence de leur nationalité et de leur art pour s’insérer dans le manifeste.

    Le Chœur de l’Orchestre de Paris, renforcé pour l’occasion du Chœur national d’hommes d’Estonie, placés sous la direction d’Andrus Siimon, ajoutent une saisissante impression de puissance à leur rutilance rythmique, et participent pleinement à la grandeur incontestable du mouvement final.

    Un concert de mariage fort réussi, sinon passionnant, et dont on peut attendre des suites de haut niveau. Mais l’Orchestre de Paris a déjà montré combien, passé la lune de miel, il pouvait être vite rétif et indifférent. Espérons…




    Salle Pleyel, Paris
    Le 16/09/2010
    Pierre FLINOIS

    Concert d’ouverture de saison de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi à la salle Pleyel, Paris.
    Paul Dukas (1865-1935)
    La Péri, poème dansé pour orchestre (1912)
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Kullervo, op. 7 (1892)
    Soile Isokoski, soprano
    Juha Uusitalo, baryton
    Chœur national d’hommes d’Estonie
    Chœur de l’Orchestre de Paris
    préparation : Andrus Siimon

    Orchestre de Paris
    direction : Paavo Järvi

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com