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CRITIQUES DE CONCERTS 21 novembre 2018

Concerts de Berliner Philharmoniker et du Bayerisches Staatsorchester sous la direction de Sir Simon Rattle et Kent Nagano à la Musikfest de Berlin 2010.

Musikfest Berlin 2010 (2) :
Les Dieux sont de retour

© Emi Classics

Suite de la Musikfest à la Philharmonie de Berlin avec deux des meilleurs orchestres allemands : les Berliner Philharmoniker dont les deux premiers concerts de septembre s'inscrivent dans le cadre de cette manifestation consacrée cette année à Luciano Berio, et le Bayerisches Staatsorchester dont la tournée passe aussi par la Philharmonie. Colossal triomphe !
 

Philharmonie, Berlin
Le 14/09/2010
Olivier BRUNEL
 



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  • À Berlin, c'est peu de le dire : les Berliner Philharmoniker sont considérés comme des dieux. Il n'est que de contempler dans le hall du bâtiment de la Philharmonie l'exposition de photos où chaque musicien pose de façon informelle avec son instrument et les grandes affiches de la saison toutes barrées d'un dissuasif Ausverkauft pour en être persuadé.

    Mais les dieux sont rentrés de vacances pour offrir un programme conçu pour s'inscrire dans ce festival qui, malgré sa thématique plutôt élitiste, mériterait d'avoir une meilleure diffusion. L'information n'est pas assez claire auprès des touristes de plus en plus nombreux en ces fins d'étés berlinois et, même pour ceux qui sont motivés, l'absence de traduction, ne fût-ce qu'en anglais, des textes des programmes, est décourageante.

    Mais revenons au public berlinois pour s'étonner que le monumental Coro, œuvre pour 40 voix et 44 musiciens soit sifflée, par une fraction certes marginale, et probablement par quelque vieil abonné revenant à la charge avant la deuxième partie et ne provoquant de la part de Sir Simon qu'un haussement d'épaules.

    Composé entre 1974 et 1976 pour la radio Westdeutscher Rundfunk de Cologne et dédié à Talia Berio, Coro renoue avec le chant populaire qui, de manière explicite, avait déjà fourni la base des Folk Songs et de Questo vuol dire che… C'est peut être, avec l'intellectualisme et le choix des textes qui en sont la matière, l'œuvre qui illustre davantage le cosmopolitisme de Berio, qui originaire de la ville portuaire italienne d'Oneglia rêvait en tant qu'enfant d'être capitaine de navire.

    Mais pour l'analyse, laissons la parole au compositeur pour présenter son œuvre dans un texte publié par l'IRCAM où il fut, dans les années 1970, chef du département acoustique. « Dans Coro, cependant, je n’ai pas cité ou transformé de chants populaires véritables mais on y trouve plutôt exposés et parfois combinés entre eux des modes populaires et des techniques les plus diversifiées, sans aucune référence à des chants spécifiques. C’est la fonction musicale de ces techniques et de ces modes qui se voit constamment transformée. Il ne s’agit donc pas seulement d’un chœur de voix et d’instruments, mais aussi d’un chœur de techniques diverses allant du lied à la chanson, des hétérophonies africaines à la polyphonie.

    Dans l’éventail assez large des techniques adoptées dans
    Coro, l’élément populaire n’est naturellement pas le seul : le même texte revient à plusieurs reprises avec des musiques différentes, ou bien le même modèle musical se représente plusieurs fois avec des textes différents. Tantôt les voix s’identifient totalement à l’articulation instrumentale tandis que le texte engendre ses propres transformations phonétiques qui se propagent d’un épisode à l’autre, tantôt la rapidité d’énonciation du texte change indépendamment de l’articulation générale. »

    Devant une œuvre si redoutable à mettre en place et cela pour trois concerts, la performance à la fois des instrumentistes et des chanteurs (dispersés dans l'orchestre selon les instruments auxquels ils sont appariés) dont certains membres ont de véritables parties de soliste, force l'admiration ainsi que le travail de Simon Rattle qui a, depuis son arrivée à Berlin, ouvert tant de perspectives nouvelles à cet orchestre à vocation traditionnelle.

    Pulcinella, première œuvre néoclassique de Stravinski donnée en seconde partie, est le complément idéal avec sa découpe d'une clarté et d'une objectivité totalement à l'opposé. Plus sentimentale que certains de ses défenseurs habituels, la direction de Rattle donne beaucoup d'étoffe à cette musique et les trois solistes Stella Doufexis, Burkhard Ulrich et Ildebrando D'Arcangelo ne se privent pas de donner de la voix et de l'expression à ces pages raffinées issues de la Commedia dell'Arte.

    Bien qu'ayant à combiner les impératifs d'un programme de tournée conçu autour de la Septième Symphonie de Bruckner, le concert du Bayerisches Staatsorchester présente également une belle logique. Son chef Kent Nagano représente par sa popularité aussi une manière de déité à Berlin où il a été pendant la première décennie du siècle le chef du Deutsche Symphonie Orchester, fonction à laquelle vient juste d'être nommé le chef ossète Tugan Sokhiev.

    Le moins que l'on peut dire est que le Concerto pour deux pianos et orchestre de Berio ne s'entend pas si fréquemment. L'œuvre date de sa période romaine et les influences debussyste et bartokienne sont indéniables. Parfaitement interprété par le duo Grau-Schumacher et par un orchestre qui a dû le préparer pour s'inscrire dans la thématique du festival, c'est un superbe préambule à l'austérité et à l'intensité des Métamorphoses de Richard Strauss.

    Peu de musiciens savent comme ces Bavarois trouver les tonalités crépusculaires qui conviennent à cette œuvre qui, avec la musique de scène de Capriccio et les Quatre derniers Lieder, est caractéristique de la dernière manière du compositeur. Grande démonstration d'orchestre ensuite avec la version concertante de Petrouchka de Stravinski dont on n'est pas certain qu'elle gagne à être entendue aussi étoffée et sonore sur la scène d'une salle de concert plutôt que dans une fosse de théâtre.

    Mais pour mettre en valeur les vents, les cuivres, les bois et les percussions, quelle opportunité ! Nagano, sans jamais tirer la couverture à lui, mène avec ses bonhommies et ses audaces à bon port cette magnifique partition de ballet.




    Philharmonie, Berlin
    Le 14/09/2010
    Olivier BRUNEL

    Concerts de Berliner Philharmoniker et du Bayerisches Staatsorchester sous la direction de Sir Simon Rattle et Kent Nagano à la Musikfest de Berlin 2010.
    12 septembre
    Luciano Berio (1925-2003)
    Coro, pour 44 voix et 44 instruments
    Textes de Pablo Neruda, du Grand livre de Salomon et poésies populaires
    Rundfunkchor Berlin
    préparation : James Wood
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Pulcinella, ballet en un acte d'après des textes de la Commedia dell'Arte
    Stella Doufexis, mezzo-soprano
    Burkhard Ulrich, ténor
    Ildebrando D'Arcangelo, basse
    Version révisée de 1965
    Berliner Philharmoniker
    direction : Sir Simon Rattle

    14 septembre 2010
    Luciano Berio (1925-2003)
    Concerto pour deux pianos et orchestre (1973)
    Andreas Grau et Götz Schumacher, pianos
    Richard Strauss (1864-1949)
    Metamorphosen, étude pour 23 cordes op. 142 (1945)
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Petrouchka, scènes burlesques en quatre tableaux (1911)
    Version révisée de 1947
    Bayerisches Staatsorchester
    direction : Kent Nagano

     


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