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CRITIQUES DE CONCERTS 05 juillet 2020

Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Claus Guth et sous la direction de Bernard Haitink à l’Opéra de Zurich.

Tristan sous haute tension
© Suzanne Schwiertz

Peter Seiffert (Tristan)

Ambiance de fronde à l’Opéra de Zurich, où le public fait payer cher à Bernard Haitink le retrait tardif de Waltraud Meier. Une représentation émaillée de scories et de signes de déconcentration tant dans la fosse que sur scène, que ne parviendra pas à transcender la transposition intelligente mais un peu froide de Claus Guth.
 

Opernhaus, ZĂĽrich
Le 05/10/2010
Yannick MILLON
 



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  • VoilĂ  une reprise qui ne devait ĂŞtre qu’un objet de prestige et qui s’est transformĂ©e in fine en règlement de comptes. Le Tristan de Claus Guth, inaugurĂ© voici deux hivers Ă  l’OpĂ©ra de Zurich, est repris avec un cast nettement plus allĂ©chant que l’original, et un chef d’une tout autre stature.

    Seulement, quand deux jours avant la première, les spectateurs sont informés du retrait de Waltraud Meier, pour cause de divergence musicale avec Bernard Haitink, la moutarde monte au nez des fans de la belle Allemande. Ainsi, alors qu’il gagne le pupitre pour entamer le premier acte, le chef néerlandais est violemment pris à partie par une frange du public le tenant pour seul responsable de la discorde.

    Devant ce chahut ponctuĂ© par un franc « Bravo Waltraud ! Â», l’ambiance vire Ă  l’électricitĂ©. Et d’emblĂ©e, le bel instrument qu’est l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Zurich affiche une fĂ©brilitĂ© de chaque instant, notamment dans une section de vents aux attaques sur des Ĺ“ufs, multipliant les couacs et les impairs d’intonation jusqu’aux tout derniers accords de la Mort d’Isolde. Art suprĂŞme de la dĂ©concentration.

    Une nervosité qui contaminera l’ensemble du plateau, où les trous de mémoire et les imprécisions se font légion. Pire encore, le roc Peter Seiffert, sans doute le plus beau Tristan qu’on ait entendu jusqu’au terme du II, par sa clarté et sa franchise irradiantes, sa projection phénoménale, chavire littéralement au III, dont il endure le dernier quart d’heure presque aphone, sans se résoudre à octavier certains aigus lancés advienne que pourra.

    On imagine que pour Barbara Schneider-Hofstetter, prendre la suite de Waltraud Meier au déboulé représente une certaine gageure, et si la voix adaptée, avec son noyau assez petit, mais une très belle projection et un réel abattage, rappelle un mélange entre une Dunja Vezovic et une Gabriele Schnaut jeune, l’art du chant est plus contestable, avec ses résonances nasales et son médium un peu rentré, ses attaques paresseuses et son inertie rythmique.

    La Brangäne tubée et sans chair d’une Michelle Breedt tout en pâleur laisse une impression globale encore moins favorable, dont seuls les appels hululés dans la mi-voix savent capter l’attention. En revanche, le Kurwenal ténorisant de Martin Gantner est un admirable compagnon de débâcle à Tristan au III, d’un timbre et d’une diction mordants.

    Mais le trésor du plateau reste sans conteste l’immense Matti Salminen, dont le Roi Marke inoxydable tire à nouveau des larmes par sa noblesse, son velouté, sa douce autorité, ses graves naturels, sa résignation coulée dans un allemand de rêve, un legato prodigieux par-delà les consonnes et une ligne de souffle de tuyau d’orgue.

    Quant à Haitink, qui essuiera à chaque rideau les mêmes huées, et recevra à nouveau une volée de bois vert aux saluts, il privilégie un Wagner débarrassé de tout rubato intempestif, d’abord allant et d’une lisibilité dans chaque croche de la mesure à 6/8 du prélude, puis d’une linéarité absolue, d’un beau fil d’Ariane dans une lenteur presque constante, sans que l’on soit pourtant renversé à aucun moment.

    Michelle Breedt (Brangäne) / © Suzanne Schwiertz

    Même impression pour le travail de Claus Guth, pourtant l’un des metteurs en scène lyriques majeurs de notre époque, qui signe ici un spectacle constamment intelligent mais sans doute par trop intellectuel, peinant à raccorder l’affect au concept, et qu’on admire sans vraiment vibrer.

    Ce Tristan d’intérieur bourgeois, niant toute dimension maritime, se déroule dans la maison des Wesendonck à Zurich, dans la chambre où Isolde-Mathilde se prépare à ses noces avec le Roi Marke-Otto, et vit une relation complexe et ambiguë avec sa sœur jumelle Brangäne, entre sa robe de mariée, le miroir de sa coiffeuse et son lit maculé du sang de Tristan-Richard Wagner, blessure d’amour et virginité perdue dans la douleur.

    Le manège des appartements négocie habilement les virages émotionnels, dans une lente fluidité en adéquation avec le temps musical. Le II se joue dans la demeure du Roi, et autour d’une table de banquet monumentale rappelant l’Onéguine de Tcherniakov l’idylle interdite des amants se détache sur fond de convenances sociales et de la morale commune, jusqu’à un jugement familial aux allures de Cène.

    Enfin, au III, au pied de murs vénitiens léprosés, un Kurwenal clochard accompagne l’interminable régression de Tristan dans les souvenirs des actes précédents, dont les pièces défilent de nouveau sous nos yeux. Au tomber de rideau, à la fin d’une Liebestod bien statique, le Roi Marke invite à le suivre une Brangäne illuminée, comme dépositaire de la mémoire des amoureux.

    Après le génial dynamitage du Vaisseau fantôme à Bayreuth, dont le dénouement collait littéralement le frisson, après une Trilogie Mozart-Da Ponte à Salzbourg déjà entrée dans la légende, la machine Guth donne des signes d’essoufflement. Gageons que le Parsifal prévu pour la fin de saison zurichoise saura redresser la barre !




    Opernhaus, ZĂĽrich
    Le 05/10/2010
    Yannick MILLON

    Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Claus Guth et sous la direction de Bernard Haitink à l’Opéra de Zurich.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, opéra romantique en trois actes (1865)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Oper ZĂĽrich
    direction : Bernard Haitink
    mise en scène : Claus Guth
    décors et costumes : Christian Schmidt
    Ă©clairages : JĂĽrgen Hoffmann
    préparation des chœurs : Jürg Hämmerli

    Avec :
    Peter Seiffert (Tristan), Barbara Schneider-Hofstetter (Isolde), Matti Salminen (König Marke), Michelle Breedt (Brangäne), Martin Gantner (Kurwenal), Volker Vogel (Melot), Martin Zysset (Hirt), Joa Helgesson (Steuermann), Peter Sonn (Stimme des Seemans).

     



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