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CRITIQUES DE CONCERTS 19 octobre 2018

Première à l’Opéra de Tours du Fidelio de Beethoven mis en scène par Marion Wassermann, sous la direction de Jean-Yves Ossonce.

Une épreuve sulpicienne
© François Berthon

Mireille Delunsch (Leonore)

Fidelio ne pardonne rien. Pas la moindre imperfection dans l’exécution musicale, ni la plus insignifiante approximation dramaturgique. Si l’Opéra de Tours ne recule pas devant les paris les plus audacieux, Jean-Yves Ossonce même peine à maintenir le fil dramatique fragile rompu par la mise en scène maladroite de Marion Wassermann.
 

Grand Théâtre, Tours
Le 15/10/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Tant dans la production de Beethoven que dans l’histoire de l’opéra, Fidelio est une œuvre inclassable, car sans véritable postérité. Et d’autant plus difficile qu’elle est ingrate envers ses interprètes : la moindre imperfection y fait tache d’huile. Quiconque décide de s’y confronter prend donc des risques considérables. L’audace de Jean-Yves Ossonce à la tête de l’Opéra de Tours a souvent payé, mais elle a aussi, parfois, ses limites, comme en cette éprouvante ouverture de saison 2010-2011.

    La faute en revient certes en grande partie à la mise en scène naïve à force de prétention de la jeune Marion Wassermann. D’abord parce qu’elle met en péril la forme si délicate – ici plus encore qu’ailleurs – du Singspiel en y introduisant des monologues en français extraits du Journal de Léonore de Maud Lescoffit, destinés à apporter un contrepoint contemporain au premier état de cette « vision », présenté à Angers Nantes Opéra en 2004.

    Mais surtout parce qu’elle prend avec le dénouement des libertés qu’une réalisation approximative n’est pas en mesure de justifier. Que du tréfonds de sa détresse, Florestan invoque ein Engel, Leonoren est une chose. Que la mission que sa fidèle épouse s’est assignée s’achève, après que Pizzaro l’a poignardée, dans une apothéose d’un sulpicianisme éhonté en est une autre.

    Peut-être la présence, tout au long du I, d’un peuple enclos dans un carré de terre rend-elle avec une certaine pertinence la violence de l’oppression et de l’arbitraire. Mais à trop vouloir individualiser cette foule compacte – que le chœur assume avec de belles intentions –, la direction d’acteurs, mise à nu par un espace aussi concentré, fait l’impasse sur les protagonistes.

    Attendue non sans crainte – car ce sont souvent les rôles où on l’attend le plus qu’elle réussit le moins –, Mireille Delunsch trébuche sur l’écriture impitoyablement sur le fil de Leonore, empêtrée dans des changements de registres qui brisent une ligne encore classique. D’autant que l’actrice, qui souvent donne le change quand la voix se rebelle, paraît souvent absente, émotionnellement négligée par la mise en scène.

    Inévitablement desservi par un timbre rien moins que séduisant, Jean-Francis Monvoison n’en est pas moins un Florestan d’une probité musicale et vocale rare, tant il est vrai que les ténors capables de venir à bout de ce rôle aussi bref que périlleux sans escamoter qui les nuances, qui les aigus, sont rares – le public semble ne pas en avoir conscience, qui lui réserve un accueil tout juste poli, voire gêné.

    Pizzaro n’est pas moins exigeant, qui souligne l’usure ailleurs habilement dissimulée de Peter Sidhom, curieusement fagoté en crapaud. Plus humain, de caractère comme de vocalité, Rocco bénéficie de la basse saine et sonore, de la carrure bonhomme de Scott Wilde. Enfin, Stanislas de Barbeyrac, déjà remarqué au sein de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, et Sabine Revault d’Allonnes sont joliment appariés, Jaquino à la couleur éclatante de jeunesse, à la présence sobre et attachante, Marzelinne plus pointue que piquante, mais non moins touchante.

    En vrai chef de théâtre, Jean-Yves Ossonce tente non sans peine de maintenir le fil que les maladresses de la mise en scène ne cessent de rompre. Sa direction se révèle dès lors sans concession pour le plateau comme pour l’Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, un peu désarçonné sans doute par le caractère hybride d’une partition pas tout à fait affranchie d’un certain classicisme formel, et secouée d’élans puissamment visionnaires – qui attendent d’être éclairés, peut-être, par une lecture qui reviendrait à la source, en considérant le Singspiel non pas comme un cadre contraignant pour le génie romantico-shopenhaurien de Beethoven, mais comme un catalyseur de sa singularité.




    Grand Théâtre, Tours
    Le 15/10/2010
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra de Tours du Fidelio de Beethoven mis en scène par Marion Wassermann, sous la direction de Jean-Yves Ossonce.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Fidelio, opéra en deux actes op. 72 (1814)
    Livret de Joseph von Sonnleithner, révisé par Stephan von Breuning et Georg Friedrich Tritschke d’après Léonore ou l’amour conjugal de Jean-Nicolas Bouilly
    Textes français extraits du Journal de Leonore de Maud Lescoffit

    Chœurs de l’Opéra de Tours
    Orchestre Symphonique Région Centre-Tours
    direction : Jean-Yves Ossonce
    mise en scène : Marion Wassermann
    décors: Amélie Kiritzé-Topor
    costumes : Bruno Fatalot
    éclairages : Pierre Dupouey
    Chef des chœurs : Emmanuel Trenque

    Avec :
    Ronan Nédélec (Don Fernando), Peter Sidhom (Don Pizarro), Jean-Francis Monvoisin (Florestan), Mireille Delunsch (Leonore), Scott Wilde (Rocco), Sabine Revault d’Allonnes (Marzelline), Stanislas de Barbeyrac (Jaquino), Pierre Rousseau (Erster Gefangener), Yves Sautejeau (Zweiter Gefangener).

     



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