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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2017

Reprise des Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Giorgio Strehler, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

Nostalgie, découverte et référence
© Fred Toulet

Ekaterina Siurina (Suzanne)

Pour rendre hommage à son illustre prédécesseur Rolf Liebermann qui aurait eu cent ans cette année, Nicolas Joel a eu raison de reconstituer cette production qui fut en son temps exemplaire à de multiples égards. Un plaisir, une leçon et une source de multiples questions que ces Noces de Figaro selon Giorgio Strehler de retour à la Bastille.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 26/10/2010
Gérard MANNONI
 



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  • Quand Rolf Liebermann prit la direction de l’Opéra de Paris en 1973, il n’avait pas droit à l’erreur. Précédé à la fois par une très flatteuse réputation de grand directeur et par un violent mouvement de rejet d’une partie de l’opinion française scandalisée de voir venir un étranger – qui plus est un Allemand – à la tête de notre première scène musicale, il ne pouvait perdre la bataille.

    Aussi, le triomphe des Noces de Strehler eut-il une importance historique. Pour la première fois depuis fort longtemps se trouvaient réunis certains des plus fabuleux artisans du spectacle vivant de l’époque, metteur en scène de génie, décorateur au goût incomparable, chanteurs qui appartiendraient vite tous à la légende du siècle, chef à la personnalité de rayonnement mondial. Le ton était donné.

    Reprise maintes fois jusqu’en 2003, la production accueillit, au moins jusque dans les années 1990, ce que le chant mozartien pouvait proposer de mieux, voix qui n’ont d’ailleurs pour la majorité d’entre elles jamais été remplacées à ce niveau. Mais le plus important n’est sans doute pas là. La question reste aujourd’hui de savoir ce qui peut traverser le temps jusqu’à nous de cette gloire passée.

    En fait, le succès de ce spectacle avait des raisons multiples. Certaines furent plus éphémères que d’autres. Il y eut d’abord le succès musical : Solti, Krause, Janowitz/Price, Van Dam, Freni, Von Stade/Berganza, Berbié, Moll, Sénéchal ! C’est Philippe Jordan qui est là aujourd’hui. Évitons les comparaisons directes, trop longues à détailler si elles veulent être explicites. Disons seulement qu’une nouvelle fois, le jeune directeur musical de l’Opéra montre tout autant son immense talent que son éclectisme en avançant encore dans son parcours sans faute.

    Son approche des Noces de Figaro est intelligente, personnelle dans ses couleurs et très souvent étonnante par ses accents, parfaite de finesse et d’esprit, exacte dans ses tempi, magistrale dans sa maîtrise de la fosse et du plateau, brillante dans la construction d’une sonorité d’ensemble soyeuse, claire dans les ensembles les plus complexes si significatifs du génie mozartien de l’écriture qui permet de faire parler en même temps tant de personnages disant des choses différentes, luminescente, avec un orchestre de l’Opéra décidément grandiose. Et tout est mené dans un élan adéquat qui fait avancer l’action théâtrale et musicale de cette Folle journée vers son si jubilatoire épilogue.

    © Fred Toulet

    Pour les voix, évitons aussi les comparaisons directes avec celles d’une génération royale qui appartient au passé. Constatons ce que l’on a entendu. Un Comte vocalement parfait en la personne de Ludovic Tézier, comme on le sait déjà, même s’il reste sans doute un comédien timide. Un Figaro irrésistible, mémorable : Luca Pisaroni n’a sans doute pas la voix la plus exceptionnelle du monde, mais quel excellent chanteur, quel interprète imaginatif et quel acteur épatant qui s’inscrit parmi les plus grands interprètes de l’histoire de ce spectacle ! Jolie voix, jolie personne, actrice vive et pétillante, Ekaterina Siurina est une Suzanne irréprochable.

    Karine Deshayes se tire mieux de Voi che sapete que de Non so più, mais ne s’affirme encore que timidement en Chérubin. Déception en revanche avec la comtesse de Barbara Frittoli, très grande allure certes, mais attaquant un Porgi amor tremblotant et mal phrasé, plus convaincante dans les ensembles où elle joue bien, de nouveau trop flottante vocalement pour que son Dove sono nous touche.

    La Marcelline d’Ann Murray est drôle dans ses instants de déchaînement lyrique. Les autres, y compris le Bartolo un peu usé de Robert Lloyd et la pétillante Barberine de Maria Virginia Savastano au joli timbre fruité sont bien à leur place. Une distribution, donc, qui se tient dans son ensemble.

    Mais les deux autres raisons majeures qui, outre son affiche musicale rendaient historique cette production, étaient les décors et costumes de Frigerio et la direction d’acteurs de Strehler. Côté décors, on retrouve bien ces teintes estompées si poétiques et belles, ces espaces vastes que l’on sent déjà trop grands pour ceux qui les occupent et qui ne tarderont pas à être envahis par un peuple qui s’en donne déjà à cœur joie à la fin du III avec cette prémonitoire ronde révolutionnaire, images génialement imaginées par Strehler et gravées dans nos mémoires.


    Des décors comme sortis d’un rêve

    Tout comme la chambre rose de la Comtesse où l’absolument idéal jardin du IV, poétique, efficace dramatiquement, comme sortis d’un rêve… ou d’un cauchemar pour le Comte ! Lumières, couleurs, tout cela est bien devant nos yeux à nouveau, comme les costumes – ah, les habits et la robe rouge du Comte et de la Comtesse !

    Reste maintenant la quintessence du travail de Strehler. Ce que nous propose Humbert Camerlo qui maintint la vie du spectacle jusqu’en 2003 et qui le réanime ici, est irréprochable dans sa précision et son esprit général. C’est rapide, bien en place, mais diversement assumé selon le talent personnel de chaque protagoniste, car seul le génie d’un Strehler pouvait concrètement sur un plateau pousser au-delà le talent d’un acteur, lui révéler, parfois de manière brutale, voire cruelle, des choses qu’il ignorait être cachées en lui-même.

    Et il savait aussi communiquer une sorte de vie intérieure, impérieuse, à tout ce qui est collectif. Ce souffle impalpable, cette présence magique, invisible des très grands hommes de théâtre, fait forcément défaut, cependant compensée ici, redisons-le par la direction d’orchestre et la personnalité de certains interprètes et le travail vraiment professionnel de Camerlo.

    Enfin, comment ne pas conclure en disant que cette production telle qu’on la voit aujourd’hui demeure toujours un exemple parfait du travail musical et théâtral qu’un metteur en scène peut réaliser sur un tel ouvrage, un travail sur l’époque, sur le texte, sur la musique, sur le compositeur et le librettiste, et non pas sur ses propres fantasmes découverts lors de ses séances de psy ?

    Pas besoin de tout l’attirail attrape snobs dont on pare aujourd’hui si souvent les opéra du XVIIIe siècle de peur que le public ne s’identifie pas assez avec les personnages. Mozart est intemporel mais d’abord de son temps. La laideur ni la vulgarité ne lui apportent rien. Il est d’ailleurs tellement au-dessus qu’elles ne parviennent même pas à l’atteindre. Mais quelle satisfaction de le retrouver parfois dans un monde qui est vraiment le sien !




    Opéra Bastille, Paris
    Le 26/10/2010
    Gérard MANNONI

    Reprise des Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Giorgio Strehler, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Le Nozze di Figaro, opera buffa en quatre actes (1786)
    Livret de Lorenzo Da Ponte d’après le Mariage de Figaro de Beaumarchais

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Giorgio Strehler, réalisée par Humbert Camerlo
    décors : Ezio Frigerio
    costumes : Ezio Frigerio & Franca Squarciapino
    éclairages : Vinicio Cheli
    chorégraphie : Jean Guizerix
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Ludovic Tézier (Il Conte di Almaviva), Barbara Frittoli (la Contessa di Almaviva), Ekaterina Siurina (Susanna), Luca Pisaroni (Figaro), Karine Deshayes (Cherubino), Ann Murray (Marcellina), Robert Lloyd (Bartolo), Robin Leggate (Don Basilio), Antoine Normand (Don Curzio), Maria Virginia Savastano (Barbarina), Christian Tréguier (Antonio).

     



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