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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Une Flûte enchantée, spectacle de Peter Brook aux Théâtre des Bouffes du Nord, Paris.

La Flûte disséquée
© Pascal Victor/ ArtcomArt

Les uns adorent, les autres exècrent. Voici le divin Mozart au centre d’un tumultueux débat qui ne laisse personne indifférent. C’est ainsi qu’est accueillie une Flute enchantée, spectacle basé sur le dernier opéra de Mozart revu et corrigée par Peter Brook, dans la veine de ses précédents essais sur Carmen et Pelléas.
 

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
Le 13/11/2010
Nicole DUAULT
 



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  • Enchanteur du théâtre, Peter Brook (85 ans), quitte les Bouffes du Nord, salle qu’il avait découverte et réhabilitée avec Michèle Rozan. Il laisse le théâtre à des hommes de musique, les deux Olivier (Poubelle et Mantel). Ses adieux sont un air de flûte, celle de Mozart. Peter Brook, c’est la rigueur et l’intelligence théâtrales. Il a réinventé des chefs-d’œuvre.

    Sa Cerisaie de Tchekhov reste inégalable de poésie et de sensibilité. Il a mis en scène bien des opéras. Sa Tragédie de Carmen, en 1981, grâce au découpage musical de Marius Constant, avait fait découvrir des sonorités nouvelles dans l’opéra-comique de Bizet. Après un dépoussiérage moins convaincant en 1992 de Pelléas et Mélisande de Debussy, après un contestable Don Giovanni au festival d’Aix-en-Provence, Peter Brook redécouvre la Flûte enchantée, œuvre lyrique qui l’a, dit-il, hanté toute sa vie.

    Voici donc une Flûte disséquée et décapée, dépouillée de tout ce qui d’habitude enchante. Point de serpent, exeunt les trois pestes que sont les trois dames, à la trappe les trois enfants que sont les génies magnifiques, disparu le cérémonial maçonnique en l’absence de chœurs. Les liaisons sont faites par deux comédiens, William Nadylam et Abdou Ouologem.

    Brook coupe non seulement l’histoire mais aussi la musique tout en y réinsérant d’autres œuvres de Mozart comme quelques mesures de la Fantaisie pour piano en ré mineur. Le chant de la vieille (Das Lied der Alte) accueille Papagena. C’est joli bien sûr. Mais pourquoi se substituer à Mozart ? Qui autorise Peter Brook à cet amalgame ? Certes, le musicologue Franck Krawczyk compacte à merveille au piano ce patchwork, mais on est frustré et perplexe.

    Sur le plateau nu hérissé de quelques bambous, le décor est composé d’un tapis, d’un drap de soie écarlate – récurrents dans tous les spectacles de Brook. Et se déroule une action chantée dans le texte original dont les dialogues fondateurs du Singspiel de Schikaneder ont été traduits en français.

    Aménagés par Marie-Hélène Estienne, collaboratrice du metteur en scène, ils laissent aux acteurs la possibilité de rajouter par-ci par-là quelques mots en fonction du jeu. On sait que Peter Brook tient toujours à l’improvisation qui, selon lui, enrichit les interprétations. Quatorze jeunes voix en quatre distributions traduisent chacune à sa manière cette foi en l’homme qui est le message de Mozart.

    Mais, en enlevant tout ce qu’il juge superflu, le Britannique assèche le récit somptueux, spirituel de cette œuvre sensible et sensuelle qui ne se laisse pas si facilement apprivoiser. Que reste-t-il du labyrinthe où se perdent et se retrouvent les héros ? Que reste-t-il de l’initiation d’un jeune homme et d’une jeune femme vers l’âge adulte et vers l’amour ? Nous voici seulement dans une saga digne de Love Story. C’est divertissant et distrayant mais un peu court : du zapping à la mode, du parisianisme !

    De la féérie, il reste quelques tours de magie comme la flûte de Tamino accrochée par des fils invisibles et qui semble flotter dans l’espace. Les chanteurs, tous très jeunes, ont l’âge des rôles et sont convaincants par leur fraîcheur et leur implication dans l’histoire. La distribution est dominée par le désopilant et irrésistible Papageno du baryton bordelais Thomas Dolié. La belle Pamina de la Chinoise Lei Xu frémit d’émotion.

    L’Algérienne Malia Bendi-Merad vocalise la Reine de la nuit avec charme. Dima Bawab est une pétillante Papagena. Ce sont les chanteurs qui sauvent cette production d’une grosse heure et demie – la vraie Flûte dure normalement le double – d’où Mozart sort malgré tout vainqueur. En disséquant un chef-d’œuvre, Peter Brook se fait expert et non poète. Sous son scalpel s’échappe l’âme d’une Flûte désenchantée.




    Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
    Le 13/11/2010
    Nicole DUAULT

    Une Flûte enchantée, spectacle de Peter Brook aux Théâtre des Bouffes du Nord, Paris.
    Une Flûte enchantée
    spectacle librement adaptée par Peter Brook, Franck Krawczyk et Marie-Hélène Estienne
    mise en scène : Peter Brook
    éclairages : Philippe Vialatte
    costumes : Hélène Patarot
    piano : Franc Krawczyk & Matan Porat

    Avec Adrian Strooper, Lei Xu, Malia Bendi-Merad, Dima Bawab, Thomas Dolié, Luc Bertin-Hugault, Raphaël Brémard et les comédiens William Nadylam et Abdou Ouologuem.

     


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