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CRITIQUES DE CONCERTS 20 juillet 2019

PremiĂšre au Teatro Real de Madrid du Chevalier Ă  la rose de Strauss mis en scĂšne par Herbert Wernicke, sous la direction de Jeffrey Tate.

Wernicke l’illusionniste
© Javier del Real

Joyce DiDonato (Octavian) et Anne Schwanewilms (la Maréchale)

Pour sa premiĂšre saison au Teatro Real, Gerard Mortier ne pouvait pas ne pas rendre hommage Ă  l’un de ses plus chers disparus, Herbert Wernicke. CrĂ©Ă© Ă  Salzbourg puis inscrit au rĂ©pertoire de l’OpĂ©ra de Paris, son Chevalier Ă  la rose est rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© par l’Octavian ardent de Joyce DiDonato et la MarĂ©chale simplement miraculeuse d’Anne Schwanewilms.
 

Teatro Real, Madrid
Le 14/12/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • On sait Gerard Mortier peu enclin Ă  la nostalgie – fraĂźchement arrivĂ© Ă  Madrid, l’ex-directeur de l’OpĂ©ra de Paris ne s’était d’ailleurs pas fait prier pour fustiger dans ces colonnes mĂȘmes la rĂ©surrection des Noces de Figaro « de Â» Strehler par son successeur –, mais la figure d’Herbert Wernicke, emblĂ©matique de ses annĂ©es salzbourgeoises, assurĂ©ment le hante, et un hommage s’imposait. CrĂ©Ă© au Großes Festspielhaus, puis transportĂ© sur le plateau non moins vaste de l’OpĂ©ra Bastille, le Chevalier Ă  la rose du metteur en scĂšne prĂ©maturĂ©ment disparu constitue, Ă  l’image de la Calisto de Cavalli reprise Ă  Bruxelles en 2009, l’apogĂ©e de son art d’illusionniste.

    Aboutissement d’une pensĂ©e dramaturgique, la scĂ©nographie est d’abord et surtout une formidable machine thĂ©Ăątrale, oĂč l’illusion, justement, se donne pour telle Ă  travers les jeux de miroirs infinis d’une Vienne au crĂ©puscule. Ses reflets rococo ne sont dĂšs lors qu’un leurre, un masque que chacun des personnages arbore avec suffisance, complaisance ou naĂŻvetĂ©.

    « La MarĂ©chale, Ochs, Octavian, le riche Faninal et sa fille, tous les liens vitaux qui se sont tissĂ©s entre eux, on dirait que tout cela s’est trouvĂ© lĂ  ainsi, il y a trĂšs longtemps, aujourd’hui ils ne m’appartiennent plus, ni non plus au compositeur, ils appartiennent Ă  ce monde flottant bizarrement illuminĂ©, le thĂ©Ăątre, oĂč ils se conservent en vie depuis dĂ©jĂ  un moment et se conserveront peut-ĂȘtre encore un moment. Â» Cette Ă©vocation du Chevalier Ă  la rose de Hugo von Hofmannsthal s’applique de façon singuliĂšre Ă  une mise en scĂšne qui survit d’autant mieux Ă  son dĂ©miurge que la reprise madrilĂšne a Ă©tĂ© particuliĂšrement soignĂ©e.

    Sous l’Ɠil mĂ©ticuleux de Mortier – toujours prĂȘt Ă  intervenir dans des productions qu’il connaĂźt le plus souvent sur le bout des doigts pour en avoir patiemment accompagnĂ© et mĂȘme aidĂ© la gestation, au point, parfois, de se les approprier –, les Ă©clairages ont Ă©tĂ© repensĂ©s par Urs Schönebaum, l’espace scĂ©nique pertinemment resserrĂ©, la direction d’acteurs retravaillĂ©e par Alejandro Stadler, assistant de Wernicke dĂšs la crĂ©ation du spectacle Ă  Salzbourg. Compromis, sans doute, entre l’esprit et la lettre, mais qui rend Ă  ce Chevalier une immĂ©diatetĂ© qui lui manquait lors des derniĂšres reprises parisiennes, oĂč la comĂ©die donnait au-delĂ  du quinziĂšme rang l’impression d’une agitation lointaine et grossiĂšre.

    La part de la distribution dans la rĂ©gĂ©nĂ©ration de « ce monde flottant bizarrement illuminĂ© Â» ne doit pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©e pour autant. Ainsi, la MarĂ©chale d’Anne Schwanewilms, qui se perdait Ă©galement Ă  la Bastille, cantonnĂ©e au stade de ses intentions, se rĂ©vĂšle tout simplement miraculeuse, la voix toujours Ă©crin des mots, murmurĂ©s, intĂ©riorisĂ©s en un renoncement doux-amer, spirituel pourtant, et qui face Ă  son reflet prĂ©tendument fanĂ© ne se dĂ©partit jamais d’un demi-sourire. Aucun maniĂ©risme ne trouble cette incarnation oĂč la sophistication Ă©mane du naturel. Et ce maintien, cette beautĂ© sereine qui comme rarement nous font ressentir la poĂ©sie de cet Ă©loge des femmes mĂ»res. Qui plus est face Ă  une Sophie plus dinde que nature.

    TĂȘte d’épingle au vibrato chaotique, Ofelia Sala ne compromet heureusement pas l’équilibre des ensembles, oĂč l’ardeur juvĂ©nile, forcĂ©ment aveugle de Joyce DiDonato la submerge. Artiste Ă©minemment personnelle, la mezzo-soprano amĂ©ricaine n’en marche pas moins, un peu Ă  la maniĂšre de ses Haendel, sur les traces de Tatiana Troyanos. Par l’extension, les ruptures, la lumiĂšre qui soudain s’obscurcit, des rĂ©serves vocales et dramatiques infinies, et qui pourtant flirtent sans cesse avec la corde raide. Cet Octavian encore neuf, Ă©trennĂ© Ă  San Francisco en 2007 et pas repris depuis, est dĂ©cidĂ©ment dĂ©jĂ  grand.

    Franz Hawlata connaĂźt Ă  l’inverse son Baron Ochs de longue date, plus jeune, plus clair que ne le veut la tradition, mais assez idĂ©alement ce « Don Juan de village, d’environ trente-cinq ans Â» que prĂ©conisait Strauss dans ses Anecdotes et souvenirs. L’aigu est usĂ©, certes, et l’extrĂȘme grave tient davantage de l’éructation que du chant, mais ce rustre, ce porc en culottes de peau se rĂ©vĂšle moins routinier qu’il n’a pu l’ĂȘtre, plus soignĂ© d’intonation et de ligne.

    Et parmi la voliĂšre de seconds rĂŽles, Alessandro Liberatore, tĂ©nor italien sans sĂ©duction, mais d’une facilitĂ© stupĂ©fiante, les fidĂšles Helene Schneiderman, Annina dĂ©lurĂ©e, et Christoph Homberger, aubergiste inquiĂ©tant Ă  force d’obsĂ©quiositĂ©, inattendu enfin, mais absolument Ă©vident de caractĂšre sinon de voix, le Faninal de Laurent Naouri.

    Dans la fosse, Jeffrey Tate dirige trop carrĂ© souvent, et surtout trĂšs uniformĂ©ment lent. Le chef britannique n’en obtient pas moins de l’Orchestre Symphonique de Madrid des transparences inespĂ©rĂ©es, tandis que l’esprit de Wernicke semble animer depuis l’Au-delĂ  des bois savoureusement facĂ©tieux.




    Teatro Real, Madrid
    Le 14/12/2010
    Mehdi MAHDAVI

    PremiĂšre au Teatro Real de Madrid du Chevalier Ă  la rose de Strauss mis en scĂšne par Herbert Wernicke, sous la direction de Jeffrey Tate.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Der Rosenkavalier, comédie pour musique en trois actes (1911)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Pequeños cantores
    Coro y Orquesta Titulares del Teatro Real (Coro Intermezzo y Orquesta SinfĂłnica de Madrid)
    direction : Jeffrey Tate
    mise en scÚne, décors et costumes : Herbert Wernicke
    éclairages : Urs Schönebaum
    préparation des choeurs : Andrés Måspero

    Avec :
    Anne Schwanewilms (la Maréchale), Franz Hawlata (le Baron Ochs), Joyce DiDonato (Octavian), Laurent Naouri (Faninal), Ofelia Sala (Sophie), Ingrid Kaiserfeld (Marianne Leitmetzerin), Peter Bronder (Valzacchi), Helene Schneiderman (Annina), Alessandro Liberatore (un chanteur italien), Scott Wilde (un comissaire de police), Ángel Rodríguez (le majordome de la Maréchale), Josep Fadó (le majordome de Faninal), Lynton Black (un notaire), Christoph Homberger (un aubergiste), Consuelo Garres (une modiste), Tetyana Melnychenko, Maira Rodríguez, Rosaida Castillo (trois nobles orphelines), Houari López (un dresseur d'animaux), Gaizka Gurruchaga, Carlos Silva, Gustavo Gibert, Abelardo Cårdenas (les quatre laquais de la Maréchale), José Alberto García, José Carlo Marino, Harold Torres, Rubén Belmonte (quatre serveurs), Ivo Stanchev (le serviteur).

     



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