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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Première au Teatro Real de Madrid du Chevalier à la rose de Strauss mis en scène par Herbert Wernicke, sous la direction de Jeffrey Tate.

Wernicke l’illusionniste
© Javier del Real

Joyce DiDonato (Octavian) et Anne Schwanewilms (la Maréchale)

Pour sa première saison au Teatro Real, Gerard Mortier ne pouvait pas ne pas rendre hommage à l’un de ses plus chers disparus, Herbert Wernicke. Créé à Salzbourg puis inscrit au répertoire de l’Opéra de Paris, son Chevalier à la rose est régénéré par l’Octavian ardent de Joyce DiDonato et la Maréchale simplement miraculeuse d’Anne Schwanewilms.
 

Teatro Real, Madrid
Le 14/12/2010
Mehdi MAHDAVI
 



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  • On sait Gerard Mortier peu enclin à la nostalgie – fraîchement arrivé à Madrid, l’ex-directeur de l’Opéra de Paris ne s’était d’ailleurs pas fait prier pour fustiger dans ces colonnes mêmes la résurrection des Noces de Figaro « de » Strehler par son successeur –, mais la figure d’Herbert Wernicke, emblématique de ses années salzbourgeoises, assurément le hante, et un hommage s’imposait. Créé au Großes Festspielhaus, puis transporté sur le plateau non moins vaste de l’Opéra Bastille, le Chevalier à la rose du metteur en scène prématurément disparu constitue, à l’image de la Calisto de Cavalli reprise à Bruxelles en 2009, l’apogée de son art d’illusionniste.

    Aboutissement d’une pensée dramaturgique, la scénographie est d’abord et surtout une formidable machine théâtrale, où l’illusion, justement, se donne pour telle à travers les jeux de miroirs infinis d’une Vienne au crépuscule. Ses reflets rococo ne sont dès lors qu’un leurre, un masque que chacun des personnages arbore avec suffisance, complaisance ou naïveté.

    « La Maréchale, Ochs, Octavian, le riche Faninal et sa fille, tous les liens vitaux qui se sont tissés entre eux, on dirait que tout cela s’est trouvé là ainsi, il y a très longtemps, aujourd’hui ils ne m’appartiennent plus, ni non plus au compositeur, ils appartiennent à ce monde flottant bizarrement illuminé, le théâtre, où ils se conservent en vie depuis déjà un moment et se conserveront peut-être encore un moment. » Cette évocation du Chevalier à la rose de Hugo von Hofmannsthal s’applique de façon singulière à une mise en scène qui survit d’autant mieux à son démiurge que la reprise madrilène a été particulièrement soignée.

    Sous l’œil méticuleux de Mortier – toujours prêt à intervenir dans des productions qu’il connaît le plus souvent sur le bout des doigts pour en avoir patiemment accompagné et même aidé la gestation, au point, parfois, de se les approprier –, les éclairages ont été repensés par Urs Schönebaum, l’espace scénique pertinemment resserré, la direction d’acteurs retravaillée par Alejandro Stadler, assistant de Wernicke dès la création du spectacle à Salzbourg. Compromis, sans doute, entre l’esprit et la lettre, mais qui rend à ce Chevalier une immédiateté qui lui manquait lors des dernières reprises parisiennes, où la comédie donnait au-delà du quinzième rang l’impression d’une agitation lointaine et grossière.

    La part de la distribution dans la régénération de « ce monde flottant bizarrement illuminé » ne doit pas être négligée pour autant. Ainsi, la Maréchale d’Anne Schwanewilms, qui se perdait également à la Bastille, cantonnée au stade de ses intentions, se révèle tout simplement miraculeuse, la voix toujours écrin des mots, murmurés, intériorisés en un renoncement doux-amer, spirituel pourtant, et qui face à son reflet prétendument fané ne se départit jamais d’un demi-sourire. Aucun maniérisme ne trouble cette incarnation où la sophistication émane du naturel. Et ce maintien, cette beauté sereine qui comme rarement nous font ressentir la poésie de cet éloge des femmes mûres. Qui plus est face à une Sophie plus dinde que nature.

    Tête d’épingle au vibrato chaotique, Ofelia Sala ne compromet heureusement pas l’équilibre des ensembles, où l’ardeur juvénile, forcément aveugle de Joyce DiDonato la submerge. Artiste éminemment personnelle, la mezzo-soprano américaine n’en marche pas moins, un peu à la manière de ses Haendel, sur les traces de Tatiana Troyanos. Par l’extension, les ruptures, la lumière qui soudain s’obscurcit, des réserves vocales et dramatiques infinies, et qui pourtant flirtent sans cesse avec la corde raide. Cet Octavian encore neuf, étrenné à San Francisco en 2007 et pas repris depuis, est décidément déjà grand.

    Franz Hawlata connaît à l’inverse son Baron Ochs de longue date, plus jeune, plus clair que ne le veut la tradition, mais assez idéalement ce « Don Juan de village, d’environ trente-cinq ans » que préconisait Strauss dans ses Anecdotes et souvenirs. L’aigu est usé, certes, et l’extrême grave tient davantage de l’éructation que du chant, mais ce rustre, ce porc en culottes de peau se révèle moins routinier qu’il n’a pu l’être, plus soigné d’intonation et de ligne.

    Et parmi la volière de seconds rôles, Alessandro Liberatore, ténor italien sans séduction, mais d’une facilité stupéfiante, les fidèles Helene Schneiderman, Annina délurée, et Christoph Homberger, aubergiste inquiétant à force d’obséquiosité, inattendu enfin, mais absolument évident de caractère sinon de voix, le Faninal de Laurent Naouri.

    Dans la fosse, Jeffrey Tate dirige trop carré souvent, et surtout très uniformément lent. Le chef britannique n’en obtient pas moins de l’Orchestre Symphonique de Madrid des transparences inespérées, tandis que l’esprit de Wernicke semble animer depuis l’Au-delà des bois savoureusement facétieux.




    Teatro Real, Madrid
    Le 14/12/2010
    Mehdi MAHDAVI

    Première au Teatro Real de Madrid du Chevalier à la rose de Strauss mis en scène par Herbert Wernicke, sous la direction de Jeffrey Tate.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Der Rosenkavalier, comédie pour musique en trois actes (1911)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Pequeños cantores
    Coro y Orquesta Titulares del Teatro Real (Coro Intermezzo y Orquesta Sinfónica de Madrid)
    direction : Jeffrey Tate
    mise en scène, décors et costumes : Herbert Wernicke
    éclairages : Urs Schönebaum
    préparation des choeurs : Andrés Máspero

    Avec :
    Anne Schwanewilms (la Maréchale), Franz Hawlata (le Baron Ochs), Joyce DiDonato (Octavian), Laurent Naouri (Faninal), Ofelia Sala (Sophie), Ingrid Kaiserfeld (Marianne Leitmetzerin), Peter Bronder (Valzacchi), Helene Schneiderman (Annina), Alessandro Liberatore (un chanteur italien), Scott Wilde (un comissaire de police), Ángel Rodríguez (le majordome de la Maréchale), Josep Fadó (le majordome de Faninal), Lynton Black (un notaire), Christoph Homberger (un aubergiste), Consuelo Garres (une modiste), Tetyana Melnychenko, Maira Rodríguez, Rosaida Castillo (trois nobles orphelines), Houari López (un dresseur d'animaux), Gaizka Gurruchaga, Carlos Silva, Gustavo Gibert, Abelardo Cárdenas (les quatre laquais de la Maréchale), José Alberto García, José Carlo Marino, Harold Torres, Rubén Belmonte (quatre serveurs), Ivo Stanchev (le serviteur).

     



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