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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Reprise de Madame Butterfly de Puccini dans la mise en scène de Bob Wilson et sous la direction de Maurizio Benini à l’Opéra de Paris.

Une valeur sûre
© Elisa Haberer

Presque vingt ans après sa création, la production esthétisante et très épurée de Madame Butterfly par Bob Wilson à la Bastille garde sa beauté et son efficacité. Servie par deux jeunes chanteurs, Micaela Carosi et James Valenti, et la direction musicale très affinée de Maurizio Benini, allant dans le même sens que la mise en scène, elle triomphe toujours.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 16/01/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Avec cette vision japonisante jouant ouvertement l’esthétisme épuré, Madame Butterfly avait fait son entrée à l’Opéra Bastille en 1993. Finies les vues panoramiques de la baie de Nagasaki, les fleurs artificielles et le fiorito asil délicieusement ethnique. Bob Wilson abandonnait le réalisme début XXe siècle pour un retour à un japon style kabuki et gravures anciennes.

    Le moins de monde possible sur scène, le moins de gestes et des placements gérés par les codes du théâtre traditionnel nippon. Costumes adéquats, bien sûr, et jeux de lumières sur cycloramas absolument magiques. Tout cela est d’une grande beauté un peu glacée qui pourrait être en contradiction avec la générosité de la musique si l’interprétation musicale s’orientait vers un lyrisme excessif et trop extérieur.

    On pourrait aussi dire qu’une telle approche est une manière d’éviter un vrai travail dramatique sur les personnages, mais c’est un faux procès car le drame et le mélodrame n’ont pas forcément besoin d’être exprimés à l’excès pour nous toucher. Un peu comme la sublime beauté du timbre et de la ligne de chant de la Tebaldi servait la musique italienne au plus haut niveau, à l’opposé de l’expressionnisme génial et si ardent de la Callas.

    Pour cette reprise, le chef Maurizio Benini a su trouver une approche musicale vraiment adaptée à ce que l’on voit, c’est-à-dire toute en finesse, mettant en valeur les mille subtilités de l’écriture puccinienne qui est ici sur l’un de ses sommets. Jamais trop de volume, jamais d’inutiles déchaînements sonores, une émotion d’autant plus puissante qu’elle est n’est distillée qu’à bon escient et de manière très graduée. L’Orchestre de l’Opéra, décidément somptueux, suit cette ligne de conduite avec des sonorités d’une extrême qualité et une gamme de nuances infinie.

    Belle initiative aussi de confier à plusieurs membres du Chœur de l’Opéra et à des artistes issus de l’Atelier Lyrique maison certains des multiples rôles qui n’ont que des interventions limitées mais qui sont particulièrement nombreux dans cette œuvre. Ils sont tous à leur place, professionnels, musicaux. C’est important, car l’unité du spectacle dépend beaucoup de ce type d’emplois.

    Pour les rôles plus développés, Goro, le Zio Bonzo, il n’y a rien à reprocher à personne. Très bonne Suzuki aussi d’Enkelejda Shkosa, à la belle voix chaude et expressive. Pas de surprise avec l’excellent Sharpless de Anthony Michaels-Moore, voix généreuse, composition intelligente. Remarquable présence aussi du minuscule acteur fils de Cio-Cio San, petite silhouette agile, très présente, bien émouvante jusqu’à l’ultime image, bras tendus vers son père.

    Car Bob Wilson marque bien la volonté de Puccini de racheter Pinkerton dans la deuxième version de Butterfly, celle en trois actes, avec cette fin où se retrouvent le père et le fils tandis que Cio-Cio San mourante est encore assez consciente pour voir arriver, enfin, Pinkerton, lequel montre alors l’étendue de son remords d’un ultime geste symbolique de mea culpa.

    Restent les deux principaux protagonistes. Micaela Carosi s’impose sans mal en Butterfly, timbre riche, technique assurée, sachant doser les émotions, sans en faire trop ni trop peu. Très musicienne, elle donne une interprétation elle aussi tout en finesse, comme celle de l’orchestre, y compris dans le célèbre Un bel di vedremo, dont elle bannit tout effet facile, comme d’ailleurs dans sa mort où tant d’autres en rajoutent à plaisir.

    La voix est grande, harmonieuse, trop grande pour celle du jeune ténor américain James Valenti ? Avec un physique à la Cary Grant inhabituel dans le monde des ténors, Valenti a une belle voix, musicale, menée avec intelligence. Il est entré avec goût et un vrai sens de la scène dans le jeu proposé par Bob Wilson et finit par rendre attachant ce personnage en général très antipathique malgré les efforts de Puccini pour améliorer son image.

    Dans une salle comme celle de la Bastille, surtout à côté de voix amples comme celles de Carosi et de Michaels-Moore, peut-être manque-t-il encore un peu de projection ? – plus belcantiste encore que vériste. Mais il a de très solides qualités et la trentaine tout juste passée, c’est encore la jeunesse pour ce type de voix. On aimerait vraiment le retrouver dans un rôle ou dans une salle plus flatteurs pour ses moyens actuels, car Bastille reste une salle difficile, même si on finit par s’y habituer, côté chanteurs comme côté public. Une jeune carrière à suivre, de toutes façons, car tout peut évoluer très vite sur d’aussi bonnes bases.

    Le charmant Fierrabras de la production de Zurich vue au Châtelet, alias Jonas Kaufmann, n’est-il pas devenu en très peu d’années la coqueluche du monde entier dans des rôles aussi lourds que Parsifal, Lohengrin et bientôt Siegmund et Radamès ?




    Opéra Bastille, Paris
    Le 16/01/2011
    Gérard MANNONI

    Reprise de Madame Butterfly de Puccini dans la mise en scène de Bob Wilson et sous la direction de Maurizio Benini à l’Opéra de Paris.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    Madama Butterfly, tragédie japonaise en trois actes (1904)
    Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa d’après la pièce de David Belasco, adaptée de la nouvelle de John Luther Long.

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Maurizio Benini
    mise en scène : Robert Wilson
    costumes : Frida Parmeggiani
    éclairages : Henrich Bunke & Robert Wilson

    Avec :
    Micaela Carosi (Cio-Cio San), Enkelejda Shkosa (Suzuki), Anna Wall (Kate Pinkerton), James Valenti (Pinkerton ), Anthony Michaels-Moore (Sharpless), Carlo Bosi (Goro), Vladimir Kapshuk (Principe Yamadori), Scott Wilde (Lo Zio Bonzo).

     



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