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CRITIQUES DE CONCERTS 19 février 2018

Nouvelle production de Giulio Cesare de Haendel dans une mise en scène de Laurent Pelly et sous la direction d’Emmanuelle Haïm à l’Opéra de Paris.

La voix de Cléopâtre, si elle eût été plus…
© Agathe Poupeney

Le baptême haendélien de Laurent Pelly, les débuts – d’autant plus attendus que différés – d’Emmanuelle Haïm dans la fosse du Palais Garnier, et plus encore la première Cléopâtre de Natalie Dessay : le nouveau Giulio Cesare de l’Opéra de Paris est sans conteste l’événement lyrico-médiatique de ce début d’année. Artistiquement, le compte n’y est pas pour autant.
 

Palais Garnier, Paris
Le 17/01/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • C’est une forme de dream team lyrico-médiatique, qui plus est franco-française, que l’Opéra de Paris a réunie pour sa nouvelle production de Giulio Cesare in Egitto de Haendel : Natalie Dessay en Cléopâtre, Emmanuelle Haïm à la direction musicale et Laurent Pelly à la mise en scène. Soit deux faire-valoir talentueux entièrement dévoués à la cause d’une star – Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court… Les articles du programme ne tentent-ils pas de prouver, non sans raison d’ailleurs, que l’opéra aurait dû s’intituler Cleopatra, du nom du tout nouvel album de Natalie Dessay, évidemment dirigé par Emmanuelle Haïm.

    Pourtant, la felouque de notre reine d’Égypte fraîchement couronnée prend l’eau, et de toute part. Prenez Laurent Pelly : il n’esquive pas le redoutable écueil du dramma per musica, celui-là même que tant d’autres avant lui ont contourné, détourné, voire simplement occulté, l’aria da capo. Bien au contraire, il se confronte à la question de la forme avec une telle envie d’en découdre qu’il se laisse prendre au piège de son prétexte dramaturgique. À tel point que l’intrigue, qui plus et mieux que dans bien des opéras de Haendel rebondit, passe au second plan.

    Dans la réserve d’un musée imaginaire, entre le Louvre et le Caire, d’authentiques mythes antiques s’éveillent à la grande stupéfaction des conservateurs et manutentionnaires, qui tantôt prennent part à l’action, tantôt vaquent à leurs occupations, de cour à jardin et inversement, immuablement pendant plus de trois heures. Et au sens propre comme au figuré, Pelly meuble, avec les racks, caisses et palettes du décor sans poésie ni rêve d’Égypte de Chantal Thomas d’une part, les représentations statuaires et picturales de Cléopâtre et consorts à travers les âges d’autre part.

    Son théâtre habituellement si millimétré, habile, allègre sinon léger, ne fait que rarement mouche, trivial dans l’allusion, d’un rythme qui rapidement s’essouffle, et ne sachant trop que faire d’un fatras d’accessoires finalement plus encombrants que pertinents. La convention dès lors guette une direction d’acteurs sans verve, que même le Nireno inamovible de Dominique Visse, figé dans des poses hiéroglyphiques, ne parvient pas à animer.

    Ainsi, Christophe Dumaux, dont David McVicar avait si formidablement exploité les dons d’acrobate dans sa production créée à Glyndebourne et reprise à Lille, apparaît livré à lui-même, Tolomeo idoine jusque dans ses nasalisations, toujours vif et concentré d’émission, sinon un modèle de bel canto. Du même coup, Varduhi Abrahamyan surjoue la douleur de Cornelia, et intrigue plus qu’elle n’émeut par son timbre aux abysses bizarrement vibrés.

    Isabel Leonard fait alors figure de révélation, pour la qualité de la pulpe, son extension, ses modulations, et bien que la pulsation plus d’une fois lui échappe, de même que la projection. Mais par l’élan vindicatif de sa jeunesse monomaniaque, Sesto n’est-il pas, quoi qu’il advienne, payant ?

    Pour peu qu’il ne passe que moyennement la rampe, le rôle-titre l’est immédiatement moins, presque ingrat donc, dans la mesure où il exige plus d’endurance et d’imagination virtuose que la plupart des héros taillés par Haendel aux mesures du castrat Senesino. Lawrence Zazzo a prouvé à maintes reprises, tant au théâtre qu’en concert – et avec René Jacobs, définitivement –, qu’il en possédait, plus qu’aucun autre contre-ténor de sa génération, la stature vocale et musicale. Ses accents vigoureux, hargneux, soudain poétiques, ne triomphent cependant pas d’une projection étrangement courte, qui rend le grave atone, le souffle aléatoire et l’agilité forcée.

    Reste le cas Dessay. Qui fait, faussement dénudée sous les voiles de Cléopâtre, du Dessay. C’est-à-dire qu’elle ricane, trépigne, sautille, esquisse un pas de disco, et s’afflige, soudain prostrée, quand la tragédie pointe le bout de son nez. De la femme-enfant, capricieuse, à l’oiseau blessé.

    Le chant est à l’avenant, paradoxal dans sa laborieuse désinvolture, gâté qui plus est par une ornementation exotique mais avare de suraigus. Plus que le poids – des sopranos plus légers ont chanté le rôle, et avec succès, notamment Sandrine Piau –, ce sont la chair, les couleurs qui font défaut, une rhétorique plus savante aussi, là où l’instinct se limite à une dynamique en soufflets. Le feu d’artifice obligé de Da tempeste même se révèle un pétard mouillé.

    Pourtant, Natalie Dessay demeure artiste ; hésitante, souvent horripilante certes, mais fascinante par éclairs, jusque dans son égarement. Est-ce cette faille singulière qui magnétise, non seulement le public, mais aussi Emmanuelle Haïm, qui suspendue à ses lèvres, le regard habité, la porte, tel un fil le funambule ?

    En formation d’élite – et de combat –, le Concert d’Astrée n’en peut mais, qui joue de mieux en mieux, c’est-à-dire fort bien, d’une pâte sonore désormais assise, mais – hormis l’espace d’un Va tacito e nascosto, où le relief dynamique des cordes répond à un cor solo d’une rare exactitude – invariablement droit, et d’une palette étroite encore, qui interdit aux chanteurs le secours de la mi-voix. Les dimensions du Palais Garnier n’y sont pas non plus étrangères, qui forcent à des compromis, des contorsions acoustiques dont le bel canto baroque ne se satisfait décidément pas.




    Palais Garnier, Paris
    Le 17/01/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Giulio Cesare de Haendel dans une mise en scène de Laurent Pelly et sous la direction d’Emmanuelle Haïm à l’Opéra de Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Giulio Cesare in Egitto, opera seria en trois actes (1724)
    Livret de Nicola Francesco Haym, d’après Giacomo Francesco Bussani

    Chœur de l’Opéra national de Paris
    Le Concert d’Astrée
    direction musicale : Emmanuelle Haïm
    mise en scène et costumes : Laurent Pelly
    décors : Chantal Thomas
    dramaturgie et collaboration à la mise en scène : Agathe Mélinand
    éclairages : Joël Adam

    Avec :
    Lawrence Zazzo (Giulio Cesare), Natalie Dessay (Cleopatra), Varduhi Abrahamyan (Cornelia), Isabel Leonard (Sesto), Christophe Dumaux (Tolomeo), Nathan Berg (Achilla), Dominique Visse (Nireno), Aimery Lefèvre (Curio).

     



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