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CRITIQUES DE CONCERTS 20 avril 2019

Première à Angers Nantes Opéra du Viol de Lucrèce de Britten mis en scène par Carlos Wagner, sous la direction de Mark Shanahan.

Le combat de Tarquin et Lucrèce
© Jef Rabillon

Après Peter Grimes, encore tributaire de la lourde machinerie opératique du XIXe siècle, Britten remonte à la source du genre avec le Viol de Lucrèce, entre madrigal et oratorio. Créée pour l’Opéra Studio des Flandres, et reprise par Angers Nantes Opéra, la mise en scène de Carlos Wagner magnifie par l’épure la dimension rituelle de cette miniature tragique.
 

Théâtre Graslin, Nantes
Le 18/01/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • À cause de ses douze solistes, son grand chœur et son orchestre symphonique hérités de la tradition opératique du XIXe siècle, la diffusion de Peter Grimes, créé le 7 juin 1945 au Sadler’s Wells de Londres, n’allait certes pas de soi. Le contexte économique poussa donc Britten à refonder sa réflexion sur le genre même qu’il venait d’aborder, pour l’alléger sans l’appauvrir. Sa réponse ne tarda pas, puisqu’un an plus tard, le Festival de Glyndebourne présenta The Rape of Lucretia.

    Et ce premier opéra de chambre – ainsi le désignait le compositeur – prit la forme d’un retour aux sources. Tant par l’économie de moyens que par son livret en vers, et surtout la présence d’un double chœur antique, conteur et commentateur de la fable historique, le Viol de Lucrèce s’inscrit en effet dans la lignée du Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi, ce que le caractère chrétien de l’épilogue – vivement critiqué à la création – ne manque pas de souligner.

    Héritier en somme des préceptes fondateurs de la Camerata Bardi, ce cénacle de lettrés qui donna naissance à l’opéra à l’orée du XVIIe siècle, grâce à sa technique consistant « à éliminer tous les déchets, à parvenir à une parfaite clarté d’expression », Britten livre un objet lyrique non identifié, ou du moins inclassable, à la fois madrigal et oratorio, où une formation de treize instrumentistes renoue avec la réactivité expressive du continuo baroque. À la tête de l’excellent Ensemble Da Camera, Mark Shanahan sait ciseler la dynamique afin de ne pas diluer le texte dans une palette sonore aussi riche sur le plan acoustique que chromatique.

    D’une homogénéité soignée, le plateau a dès lors toute latitude pour moduler le mot. Le Chœur masculin de Robert Murray possède ainsi dans le dire comme le chant les clés d’un idiome prégnant, à l’instar de Benedict Nelson, Tarquinius d’une jeunesse un peu trop grise pour être tout à fait menaçante. S’il n’est pas toujours précis d’émission comme d’intonation, Jean Teitgen prête la dignité de sa basse pondérée à Collatinus. Plus exotique d’accent, Armando Noguera est un Junius d’une percutante franchise.

    Un rien décoratif d’abord, le Chœur féminin de Judith Van Wanroij s’investit peu à peu dans le récit en ombrant son médium galbé, tandis que la Bianca idéalement maternelle, inquiète de Svetlana Lifar équilibre la candeur pulpeuse, déliée de la Lucia de Katherine Manley. Par la seule rareté du timbre, Delphine Galou pourrait être Lucrèce, qui vit débuter Kathleen Ferrier à l’opéra. Mais l’énergie écorchée de sa haute silhouette, qui compense, à moins qu’elle ne les accentue, certaines inégalités de registres, exalte la beauté sacrificielle de l’incarnation.

    D’autant que Carlos Wagner n’élude pas la dimension rituelle de l’opéra à travers la stylisation extrême du geste théâtral – presque une chorégraphie – magnifié par un cadre épuré, à la manière du théâtre japonais, où les lumières de Peter Van Praet sculptent une nuit d’éclipse, créant une profondeur de champ hypnotique. S’y imprime la beauté nue d’un corps à corps, combat livré à l’innocence, un sacrifice en somme, et qui s’achève – arrêt sur image, et de celles qui hantent – par une crucifixion, révélant la force syncrétique d’une miniature tragique élevée par la musique au rang de parabole.




    Théâtre Graslin, Nantes
    Le 18/01/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Première à Angers Nantes Opéra du Viol de Lucrèce de Britten mis en scène par Carlos Wagner, sous la direction de Mark Shanahan.
    Benjamin Britten (1913-1976)
    The Rape of Lucretia, opéra en deux actes (1946)
    Livret de Ronald Duncan d’après la pièce éponyme d’André Obey

    Ensemble Da Camera
    direction : Mark Shanahan
    mise en scène : Carlos Wagner
    décors et costumes : Conor Murphy
    éclairages : Peter Van Praet

    Avec :
    Delphine Galou (Lucretia), Benedict Nelson (Tarquinius), Jean Teitgen (Collatinus), Armando Noguera (Junius), Svetlana Lifar (Bianca), Katherine Manley (Lucia), Robert Murray (Male Chorus), Judith Van Wanroij (Female Chorus).

     



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