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CRITIQUES DE CONCERTS 22 avril 2018

Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Harry Kupfer, sous la direction d’Ingo Metzmacher à l’Opéra de Zurich.

Le pèlerin à la guitare
© Suzanne Schwiertz

Sentiment mitigé à l’issue de cette représentation dominicale du nouveau Tannhäuser de l’Opéra de Zurich. Si la partie musicale s’avère convenable alors que l’affiche promettait de l’exceptionnel, la mise en scène de Harry Kupfer ne dépasse pas l’honnêteté d’un travail qui eût été moderne… il y a une vingtaine d’années.
 

Opernhaus, Zürich
Le 20/02/2011
Yannick MILLON
 



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  • Parmi les salles européennes, l’Opéra de Zurich est devenu au fil des ans une scène wagnérienne d’importance, et tout laissait à croire que la vraie capitale musicale helvétique allait continuer dans la même veine avec son nouveau Tannhäuser.

    Il n’en est malheureusement rien tant cette représentation de matinée aura suscité un enthousiasme modéré. Principalement en cause, la mise en scène de Harry Kupfer, auteur de l’inoubliable Ring post-nucléaire de la fin des années 1980 à Bayreuth et de tant de productions de poids pour Berlin, qui sert ici du réchauffé.

    Pour sa sixième lecture de Tannhäuser, seule la scénographie fait encore preuve d’un semblant de modernité, encore que les néons fuchsia et la troupe bordélique du Venusberg n’aient rien de sulfureux après Olivier Py. Passé donc un certain impact du visuel et des changements de tableaux, on a plutôt affaire à une mise en scène traditionnelle sous des oripeaux contemporains.

    Car la direction d’acteurs reste dans une convention ignorant toute brûlure théâtrale, entre longues plages d’immobilité et traditionnelles postures opératiques. Surtout, les signes extérieurs de la rébellion de Tannhäuser, ici encore artiste incompris et boudé par la société bourgeoise – la mode date au moins de 1972 et Götz Friedrich –, font sourire par leur obsolescence : la guitare électrique du rocker-troubadour, façon marginal eighties, tellement ringarde aujourd’hui.

    © Suzanne Schwiertz

    Quant à ses compagnons golfeurs en voiture électrique, sans le relais d’un vrai travail de théâtre, il y a longtemps qu’ils ne stimulent plus personne, à l’instar d’un concours de chant inerte joué au milieu de caméras de télévision. On passera enfin sur le fantasme douteux de l’infirmière incarnant le petit pâtre, tandis qu’est projeté sur un écran le concert muet d’un chœur de jeunes garçons.

    Il faut donc attendre le III pour vibrer un minimum avec l’image d’Elisabeth échouée sur un banc dans l’attente du retour des pèlerins, sous la verrière d’un quai de gare, et avec un dénouement un rien original : Tannhäuser recevra à titre posthume le pardon du pape, provoquant les foudres du courroux divin. Il était temps.

    La secousse attendue ne viendra pas non plus de la fosse, où Ingo Metzmacher défend la clarté, la rondeur et la souplesse à tout prix, avec autant de flexions des genoux que de gestes enrobants, dans des tempi souvent lents et une très belle pâte sonore. Mais ce qu’on gagne en respiration, on le perd en flux dramatique, en tension sous-jacente. D’autant que si les cordes ont en permanence un grain bien consistant, les vents zurichois peinent trop souvent à s’ajuster et à démarrer ensemble.

    D’un réel magnétisme du timbre, avec cet aigu écharpé mais d’une projection franche, la Vénus de Vesselina Kasarova n’en reste pas moins une machine à sons, négligeant méchamment la diction au profit de la seule matière, avec au surplus de vilaines attaques de glotte cantonnant le personnage à l’archétype maléfique.

    Un Tannhäuser premier de la classe

    Guère plus probant, le Tannhäuser de Robert Dean Smith remplaçait un Peter Seiffert autrement charismatique en artiste maudit. Avec son air de premier de la classe et son sourire chevalin, l’Américain endosse plutôt mal la révolte du rôle-titre. Et chez ce chanteur dont on a toujours loué la clarté ne subsiste cette fois qu’une impression de voix sans corps, constamment sur le fil, étriquée, qui ne se libère qu’un moment au II pour rappeler son si aristocratique Tristan de Bayreuth.

    D’une froideur toute gothique, l’Elisabeth de Nina Stemme a beaucoup perdu en pureté virginale depuis Genève, et son vibrato commence à trahir une maturité qui ne sied plus guère au rôle, mais elle réussit toujours, à défaut de la fraîcheur de Dich teure Halle, la conduite de souffle de la prière.

    Au final, à l’exception de l’Hermann inoxydable d’Alfred Muff, seul Michael Volle fait réellement décoller la représentation avec son Wolfram tout en assise, en tranquille autorité, détaillant dans un allemand choyé, qui sait étirer les consonnes, une Romance à l’étoile sans équivalent aujourd’hui dans le genre baryton sombre aux moyens conséquents.




    Opernhaus, Zürich
    Le 20/02/2011
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Harry Kupfer, sous la direction d’Ingo Metzmacher à l’Opéra de Zurich.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg, opéra romantique en trois actes (1845)
    Livret du compositeur
    Version viennoise (1875) avec couplet de Walther

    Chor und Orchester des Oper Zürich
    direction : Ingo Metzmacher
    mise en scène : Harry Kupfer
    décors : Hans Schavernoch
    costumes : Yan Tax
    éclairages : Jürgen Hoffmann
    préparation des chœurs : Jürg Hämmerli & Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Alfred Muff (Hermann), Robert Dean Smith (Tannhäuser), Michael Volle (Wolfram von Eschenbach), Christoph Strehl (Walther von der Vogelweide), Valeriy Murga (Biterolf), Michael Laurenz (Heinrich der Schreiber), Reinhard Mayr (Reinmar von Zweter), Nina Stemme (Elisabeth), Vesselina Kasarova (Venus), Camille Butcher (ein junger Hirt).

     



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