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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2018

Nouvelle production de Siegfried de Wagner dans une mise en scène de Günter Krämer et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

Ring Bastille (3) :
Encore trop inégal

© Charles Duprat

Siegfried, qui revient à l’Opéra de Paris après 51 ans d’absence – un record partagé avec le Crépuscule des dieux, qui conclura le cycle en juin – confirme pleinement ce que les deux premiers volets du Ring avaient exposé en 2010 : le mariage incongru entre de vraies beautés musicales et une fort ennuyeuse proposition scénique, offrant un spectacle inégal et frustrant.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 01/03/2011
Pierre FLINOIS
 



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  • Siegfried, le scherzo de la Tétralogie, demande avant tout un chanteur, un vrai, un ténor puissant, et autour de lui, une distribution majeure. Sur le papier, celle qu’annonçait l’Opéra de Paris était plutôt alléchante, mais elle n’a pas tenu l’intégralité de ses promesses.

    Du fait du rôle-titre d’abord : Torsten Kerl, magnifique ténor, puissant et bien timbré, beau Siegmund, étonnant Paul de la Ville morte, qui effectue ici une prise de rôle, expose durant tout le I une voix grise, sans grand tonus, parfaitement tenue et musicale certes, mais prudente, en rien éblouissante, comme gardée dans le masque, avec des sons nasalisés peu séduisants, et une ampleur bien décevante face à un Mime débordant de sonorité.

    Seul le beau Siegfrieds Schwert final laisse présager d’un éclat plus naturel, que le II commencer à exposer, le timbre trouvant alors un peu plus de couleurs, le rayonnement s’imposant peu à peu. Même déception avec le Wanderer bien terne de Juha Uusitalo, peinant dans le grave comme dans l’aigu, sans ampleur, alors qu’il offrait voici deux ans, à Valence, un Wotan somptueux.

    Seul triomphe donc, au-delà du nécessaire même, le Mime histrionique de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, l’orchestre de Philippe Jordan apportant de son côté de magnifiques bouffées de musicalité, entre transparence et luxuriance, entre magnificence et dramatisme, mais aussi des instants de déséquilibre entre les pupitres, ou de moindre tenue globale : du détail toujours maîtrisé, mais pas encore ce sens de la grande architecture wagnérienne, qui avait séduit à la fin de la Walkyrie, et qui fait le souffle nécessaire d’un spectacle réussi.

    Il faut dire que sur scène, le spectacle est consternant de lourdeur. Décors fourre-tout, avec ascenseur pour l’ours du début – luxe inutile, il ne servira plus à rien – culture de cannabis, mobilier moche, rideau noir d’isolement pour toute la scène du Wanderer, sous-sol industriel apparaissant pour ventiler la forge, tout est à la mode des relectures d’un Regietheater débordant d’idées – souvent déjà vues hélas – mais ne les exploitant ni continument, ni logiquement.

    Pourquoi nous montrer Mime en blonde platinée et peignoir Cage aux folles, pour lui rendre aussitôt une tenue Deschiens de rigueur aujourd’hui, et revenir à un personnage plus convenu ? En tout cas, habiller Siegfried d’une salopette bien proprette si peu seyante pour le physique de M. Kerl n’est guère heureux.

    Tout ici s’accepterait en fait s’il l’on sentait des acteurs soutenus, vivants, et non laissés à leur seul naturel. Le désastre est bien celui d’une véritable absence de projet autre que l’accumulation, qui va jusqu’à montrer les Nibelungen de Fritz Lang sur un vieux téléviseur.

    © Elisa Haberer

    Le II change la donne, le projet du chef, toujours raffiné, toujours élégant, se faisant plus continu, plus cohérent, particulièrement dans le charme des Murmures de la forêt, et l’équipe s’équilibrant d’un bon Alberich (Peter Sidhom) et d’une délicieuse voix d’Oiseau (Elena Tsallagova), mais s’inclinant en totalité devant les graves somptueusement caverneux de Stephan Milling en Fafner.

    Le propos scénique mélange cette fois divers choix esthétiques, contant toujours un peu de l’histoire du Ring, depuis la fameuse route vide de Hans Shavernoch pour Harry Kupfer voici vingt ans, parcourue à contre-sens des porteurs d’une bande armée silencieuse et sans utilité, à ce beau rideau forestier naturaliste qui ceint la délicatesse des murmures.

    Mais Fafner porté en chaise par sa cohorte de servants est un effet de dragon totalement raté, et l’oiseau en petite randonneuse jouant de son miroir reste un gentil maniérisme vite lassant. On reste sur sa faim devant ce pauvre théâtre de l’ironie bien trop agité.

    Le III manque encore un peu de nerfs pour la confrontation Wotan-Erda (la toujours magnifique Giu Lin Zhang) dans l’écrin en miroir et très design de femmes aveugles lisant les destinées, et celle de Siegfried avec son grand-père se perd un peu dans d’admirables retenues – mais jamais on y a entendu le Wanderer si proche de Sachs.

    Flashes magnifiques encore, mais c’est seulement quand s’ouvre l’immense scène finale que Philippe Jordan trouve un tempo étale, dont ses deux interprètes vont reprendre l’ampleur, la retenue, la noblesse avec une aisance rare, Kerl encore nasal, mais capable de tenir tête aux beaux éclats d’une Brünnhilde (Katarina Dalayman) toute fraîche, plus solide que féminine, plus femme déjà que vierge encore effarouchée.

    Le décor reprend l’escalier à la Svoboda du final de l’Or du Rhin, immobile cette fois, mais dynamique, le jeu scénique fait soudain confiance à la musique, avec lisibilité et narration de l’évidence : il n’en faut pas plus pour que le moment, unifiant le chant, l’orchestre et la scène à leur meilleur, ne devienne vrai plaisir.

    Quel dommage que tout le Ring ne soit pas de la veine de ce final qui suspend l’intérêt au moindre mot, à la moindre phrase orchestrale ! Il serait alors majeur.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 01/03/2011
    Pierre FLINOIS

    Nouvelle production de Siegfried de Wagner dans une mise en scène de Günter Krämer et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Günter Krämer
    décors : Jürgen Bäckmann
    costumes : Falk Bauer
    éclairages : Diego Leetz

    Avec :
    Torsten Kerl (Siegfried), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime), Juha Uusitalo (Der Wanderer), Peter Sidhom (Alberich), Stephen Milling (Fafner), Qiu Lin Zhang (Erda), Elena Tsallagova (Stimme des Waldvogels), Katarina Dalayman (Brünnhilde).

     



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