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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Récital du pianiste Stephen Kovacevich dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.

Profondeurs romantiques
© David Thompson

Grand maître des demi-teintes et des univers intérieurs, Stephen Kovacevich nous conduit lors de ce récital Piano**** sur les chemins d’un romantisme tout en nuances mais d’une grande force émotionnelle. Une approche à pas feutrés de deux sonates de Beethoven et de l’ultime message musical de Schubert. Une expérience rare.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 03/03/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Par la magnifique intégrale qu’il a signée chez EMI, on connaît quelle lecture Stephen Kovacevich donne des sonates de Beethoven. Pour ce récital à Pleyel, il a choisi, en première partie, deux œuvres assez antinomiques, la Sonate n° 5 et la Sonate n° 31, la pénultième.

    L’une, l’opus 10, œuvre d’un compositeur encore jeune et connaissant ses premiers grands succès, est dans l’héritage évident des géants qui l’ont précédé, Haydn et Mozart, mais commence à avancer des hardiesses qui ne cesseront de croître au fil des années. L’autre, presque testamentaire, illustre l’aboutissement d’une recherche sur la forme et porte les stigmates d’une vie marquée alors par les épreuves que la jeunesse ne connaissait pas encore.

    L’une comme l’autre, cependant, sont tournées vers une introspection que Stephen Kovacevich met au premier plan en refusant toute agressivité sonore et en privilégiant les climats marqués par les angoissants questionnements de l’âme.

    Les cellules rythmiques sont habilement exploitées pour mettre en relief tout ce qui est plus cantabile, mais c’est un climat de rêverie qui prédomine, qu’il soit plus clair et coloré dans l’opus 10 ou plus assombri et orageux dans l’opus 110 aux profondeurs impressionnantes, aux questionnements intimes bouleversants sous une forme parvenue à son aboutissement.

    On admire la subtilité du toucher, la pudeur de l’expression, l’infinité des nuances jusque dans les dynamiques les plus basses, la fluidité du propos, son homogénéité. Trop de discrétion et de retenue ? Et pourquoi donc ? N’oublions pas qu’à cette époque, le gigantisme n’avait pas encore atteint les salles où se produisaient les virtuoses du clavier et que ces sonates étaient aussi souvent créées et écoutées dans le cadre plus humain d’intérieurs privés ou de salles de châteaux. Jouées comme le fait Kovacevich, elles retrouvent une vérité sonore bien attachante.

    La deuxième partie était consacrée à une autre œuvre testamentaire, la Sonate n° 21 en sib majeur op. posthume de Schubert. Nous sommes ici dans ce monde schubertien où Lied et instrument parcourent les mêmes sentiers, avec la même liberté, les mêmes frayeurs, les mêmes nostalgies.

    Ce sont les sentiers d’un monde visionnaire où se côtoient fantasmes et réalité, où le rêve se heurte sans cesse à la douleur physique et morale qu’il cherche à éviter, auxquelles il voudrait échapper. Le piano peut donc chanter comme la voix ou au contraire laisser passer des groupes d’accords qui lui sont étrangers.

    C’est sublime de la première à la dernière note, et cela, Stephen Kovacevich nous le transmet, sans le moindre effet inutile, parfois presque comme s’il ne jouait que pour lui, comme s’il ne laissait sortir de lui-même ce message ultime de Schubert qu’avec réticences.

    Mais comme l’on sent aussi tout ce que l’expérience d’un interprète toujours en recherche et en renouvellement apporte comme enrichissement ! Et c’est irremplaçable.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 03/03/2011
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Stephen Kovacevich dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate n° 5 en ut mineur op. 10 n° 1
    Sonate n° 31 en lab majeur op. 110
    Franz Schubert (1797-1828)
    Sonate en sib majeur D. 960
    Stephen Kovacevich, piano

     


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