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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Reprise de Kát’a Kabanova de Janáček dans la mise en scène de Christoph Marthaler, sous la direction de Tomáš Netopil à l’Opéra de Paris.

Fenêtres sur cour
© Christian Leiber

Éblouissante reprise de la Kátia Kabanová sordide de Christoph Marthaler au Palais Garnier. Si le spectacle demeure l’un des plus forts vus depuis une décennie dans la Grande Boutique, une équipe vocale très investie dans le théâtre réaliste du metteur en scène suisse et la baguette de Tomáš Netopil portent la production au pinacle.
 

Palais Garnier, Paris
Le 16/03/2011
Yannick MILLON
 



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  • « Mon dieu que c’est laid ! » L’exclamation venant droit du cœur d’une spectatrice sans doute peu habituée au type de scénographie que propose la Kátia Kabanová de Marthaler, particulièrement dans les ors du Palais Garnier, n’a rien d’étonnant, et pourrait même passer pour objective.

    Car justement, le visuel de ce spectacle est aussi laid que le sujet de la pièce d’Ostrovski mise en musique par Janáček, et que l’âme de ces personnages hypocrites et malsains, tous responsables du suicide d’une Kátia rongée par le remords d’avoir osé vivre l’espace d’un instant ses aspirations de femme au milieu d’une société broyeuse d’individu au nom de la bienséance et de la tradition.

    Alors bien sûr, cette cour de H.L.M. d’Union soviétique aux murs léprosés n’a rien de glamour, tout comme cette fontaine où gît le cadavre d’un cygne, hérissée de gicleurs vert-de-gris du dernier misérabilisme éjaculatoire, ou encore l’accoutrement des habitants du quartier, aux limites du regardable.

    Mais par cette plongée dans le quotidien sordide des prolétaires de l’ancien bloc de l’Est, Marthaler affirme que l’histoire de Kátia est celle de toutes les époques et peut concerner tout un chacun, avec un sentiment de prédétermination rappelant qu’il est terriblement difficile de sortir de sa condition.

    Depuis les premiers rangs de l’orchestre, le décor vertical d’Anna Viebrock ne cesse d’impressionner par le sentiment de claustration qu’il dégage, renforcé par la présence insidieuse aux fenêtres d’une population désœuvrée épiant les moindres faits et gestes. Ni Volga ni jardin, seulement l’enfermement et une photo du fleuve sur un vieux calendrier des postes qui fait rêver de lointains à peine imaginables pour cette humanité écrasée, le metteur en scène restreint dès le lever de rideau l’horizon des personnages.

    © Christian Leiber

    La névrose est en outre l’une des constantes de l’univers de Marthaler, et chacun y va de ses troubles compulsifs : Kabanicha cajole ses bibelots en cachette et engloutit d’énormes cornichons en guise de bravade, Kudriach et Varvara semblent pris de la Danse de Saint-Guy, et à l’instar de l’Isolde de son Tristan de Bayreuth, Kátia repositionne dix fois les chaises pour apaiser ses angoisses.

    De même, preuve que Marthaler, flûtiste et hautboïste de formation, s’y entend plus que la majorité de ses confrères en matière de musique, la lente descente à l’avant-scène de tous les protagonistes déterminés à juger Kátia sur la musique de l’interlude le plus tendu de l’opéra trouve un génial écho dans le mutisme de chaque personnage face au mur, dos à l’héroïne, comme pour ignorer sa détresse.

    Mais la réussite de cette reprise exemplaire doit aussi beaucoup à la prestation de Tomáš Netopil dans la fosse. Le jeune maestro concilie l’inconciliable en proposant une lecture au dramatisme suffocant autant que d’une plastique impeccable. Ainsi, l’Orchestre de l’Opéra brille de mille contrastes et donne à entendre des mixtures de timbres jubilatoires, des saillies tectoniques de cuivres et de percussion, mais aussi des soli en état de grâce.

    Et dans le même temps, le chef, par un puissant geste rassembleur, fait sourdre les masses avec toute la douleur requise, une révolte infinie et une gestion des incessants points d’arrêt du langage de Janáček d’une totale cohérence.

    Le plateau n’a dès lors qu’à se laisser porter par cette houle, et si le vibrato de possédée de la Kabanicha de Jane Henschel parvient à masquer des moyens amoindris, si le Boris de Jorma Silvasti bute sur un instrument plus pauvre en couleurs que jamais et effleure tout juste ses aigus, Vincent Le Texier joue à merveille l’obscurantisme de Dikoy tandis que Donald Kaasch donne au mieux dans les couinements châtrés de Tikhon.

    Quant au décidément excellent Ales Briscein, son Kudriach illustre l’avantage de chanter dans sa langue maternelle par la saveur délicieusement ciselée de sa déclamation, d’une projection franche aux voyelles éclatantes qui l’emportent en évidence sur le reste de la distribution.

    Reste le rôle-titre porté par Angela Denoke, avec sa technique indéfinissable, sa voix qui bouge et souffre parfois d’un vibrato marqué, mais qui demeure constamment touchante par ses nuances infimes, l’instrumentalité de ses interventions, par le caractère blessé à mort et les élans désespérés qu’elle confère au personnage féminin le plus touchant de Janáček.




    Palais Garnier, Paris
    Le 16/03/2011
    Yannick MILLON

    Reprise de Kát’a Kabanova de Janáček dans la mise en scène de Christoph Marthaler, sous la direction de Tomáš Netopil à l’Opéra de Paris.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Kát’a Kabanová, opéra en trois actes
    Livret de Vicence Cervinka d’après l’Orage d’Alexandre Ostrovski

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Tomas Netopil
    mise en scène : Christoph Marthaler
    décors & costumes : Anna Viebrock
    éclairages : Olaf Winter
    préparation du chœur : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Angela Denoke (Kátia), Vincent Le Texier (Saviol Dikoy), Jane Henschel (Kabanicha), Donald Kaasch (Tikhon), Jorma Silvasti (Boris), Ales Briscein (Kudriach), Andrea Hill (Varvara), Michal Partyka (Kouligin), Virginia Leva-Poncet (Glacha), Sylvia Delaunay (Fekloucha), Marie-Cécile Chevassus (une femme), Ulrich Voss (un homme).

     



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