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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Le Messie de Haendel mis en scène par Oleg Kulik et sous la direction de Hartmut Haenchen au Théâtre du Châtelet, Paris.

L’indigeste Messie de Kulik
© Marie-NoĂ«lle Robert

Au milieu des comédies américaines suaves, Jean-Luc Choplin réserve chaque année un temps fort à la création contemporaine plastique et musicale. Son artiste fondateur est l’anticonformiste russe Oleg Kulik. Jadis provocant, l’insolent plasticien spatialise en 3D le Messie de Haendel sans imagination. Voici un copieux raté !
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 14/03/2011
Nicole DUAULT
 



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  • Quelle idĂ©e de mettre en scène des oratorios ! Telle est la première rĂ©action Ă  l’annonce du Messie de Haendel en version scĂ©nique. La partition choisie est celle, très peu souvent entendue, que Mozart a rĂ©orchestrĂ©e en 1789. Remise au goĂ»t du jour, trente ans après la mort de Haendel, la partition, dans une traduction allemande, tient presqu’autant Ă  Mozart qu’à Haendel. Et malgrĂ© la langue, on ressent souvent des imprĂ©cations dignes de Don Giovanni.

    Mais cet arrangement est lourd, emphatique et ne dĂ©colle jamais. Comme parfois, l’addition d’un gĂ©nie Ă  un autre gĂ©nie se rĂ©vèle une catastrophe. L’Orchestre philharmonique de Radio France sous la baguette du chef wagnĂ©rien Hartmut Haenchen, souvent mieux inspirĂ©, notamment quand il dirige Wozzeck Ă  la Bastille, se meut dans une pâte Ă©paisse. Les chĹ“urs s’en sortent plutĂ´t bien. Mais dans un oratorio les chĹ“urs et l’orchestre ont leur place sur la scène : ils sont les vedettes. Les voici dans la fosse, du moins au « premier acte Â» !

    La star est le plasticien russe Oleg Kulik. Certes, il a un talent provocateur évident. Ses œuvres, jadis présentées à la FIAC furent, un temps, interdites pour obscénité. La censure n’élève pas toujours les réprouvés au rang des génies incompris ! Que voit-on sur scène ? Des effets spéciaux de lumières parfois belles, des robots articulés qui avancent et reculent sans qu’on comprenne pourquoi.

    © Marie-Noëlle Robert

    Au milieu, tandis que s’agite un malheureux danseur échappé du Mariinski défilent des images hétéroclites, parfois abstraites, style Vasarely, et en d’autres moments, figuratives. On reconnaît des peintures éminentes, le Portement de Croix, l’Agneau mystique, Saint Georges et son dragon. Mais ce n’est pas en convoquant Breughel, Van Eyck ou Jérôme Bosch, plus quelques vitraux des cathédrales ajoutés à un déluge de lumière, qu’on fait acte de création.

    Les chanteurs, le ténor allemand Tilman Lichdi et la basse britannique Darren Jeffery sont habillés en popes. Des deux côtés de la scène, ils sont accompagnés des deux solistes femmes, la soprano Christina Landshamer et la mezzo Anna Stéphany, la première lovée dans une tunique et un voile rouges, la seconde en gris foncé : des voix somptueuses qui donnent un peu de baume au cœur.

    La catastrophe ne serait pas complète sans le pauvre philosophe Michel Serres, égaré dans cette affaire. Sur scène, il prêche, sermonne, annone un texte enfantin paraphrasant la Bible. D’habitude si élégant, si intelligent, qu’est-il allé faire dans cette galère ? À ses côtés, des images virtuelles dignes des boîtes de nuit de banlieue se découpent dans un espace distordu entre vidéo et cinéma.

    Cela dure une éternité : deux heures et demie avec deux entractes. Au second, le soir de la première, la salle était à moitié vide. Il fallait du cran pour survivre jusqu’à la troisième partie. Voilà un spectacle à oublier bien vite…




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 14/03/2011
    Nicole DUAULT

    Le Messie de Haendel mis en scène par Oleg Kulik et sous la direction de Hartmut Haenchen au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Le Messie, oratorio en trois parties
    Orchestration de Mozart (1789)

    Michel Serres, récitant
    Christina Landhamer, soprano
    Anna Stéphany, mezzo-soprano
    Tilman Lichdi, ténor
    Darren Jeffery, basse

    Chœur du Châtelet
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Hartmut Haenchen
    mise en scène : Oleg Kulik
    vidéo : Robert Nortik
    costumes : Lili Kendaka

     


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