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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Carte blanche au pianiste Lang Lang dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.

Le double jeu de Lang Lang
© DG / Kasskara

Irritant et fascinant, star autant qu’on peut l’être, suscitant autant de réserves que de louanges, l’hypermédiatisé Lang Lang n’a pas déçu le très nombreux public venu le célébrer salle Pleyel. Son numéro bien rodé de véritable Docteur Jekyll et Mister Hyde du clavier reste une sorte d’ovni dans le ciel pianistique actuel.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 21/03/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Rarement pianiste aura présenté à ce point un double visage. Une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde du piano. Avec un programme bizarre (Beethoven, Albéniz, Prokofiev), il a montré autant de qualités uniques que de défauts insupportables.

    Commençons par les qualités. Son rapport à l’instrument est exceptionnel. Il fait absolument ce qu’il veut, qu’il s’agisse de la dynamique ou du tempo. Du plus ténu au plus assourdissant, du plus que lent au plus que vite, du plus staccato au plus fluide comme le son d’un violon. Ce qui ne veut pas dire, nous le verrons, qu’il fasse l’usage le plus musicalement adéquat de ces incroyables possibilités.

    Autre qualité, celle du son. Il est d’une très belle richesse, à l’exception d’attaques parfois trop brutales ou de pianissimi trop détimbrés. Mais, dans son ensemble, il a de la chair, de la couleur, de l’impact, bref, de la personnalité. Tout cela est mis au service de lectures absolument personnelles, qui semblent hors du temps, sans références ni volonté de jouer les iconoclastes systématiques, mais généralement, dans l’absolu, d’une vraie qualité musicale.

    Juste une absolue liberté, comme s’il était le premier à jouer ces pages, à nous les révéler, issues d’un rêve entièrement subjectif, engendrées dans de mystérieuses régions de son inconscient.

    Mais, déjà ici, sommes-nous toujours le chapitre qualités ? Oui si l’on considère comme totale, absolue, sans limite, la liberté de l’interprète, non si l’on juge qu’une œuvre a un contenu formel et sensible conçu et voulu par son auteur et que le rôle de l’interprète est, avec une nécessaire marge de liberté et en suivant sa sensibilité propre, de tenter de s’en approcher.

    En écoutant Lang Lang jouer les Sonates n° 3 et n° 23 (Appassionata) de Beethoven, on ne peut s’empêcher de songer à ces metteurs en scène d’opéra actuels qui s’emparent d’une partition pour raconter une toute autre histoire que celle imaginée par le librettiste et le compositeur.

    Ils y mettent leurs propres fantasmes à la place de ceux des auteurs légitimes. La pratique est plus que courante, totalement envahissante, allant jusqu’à modifier la musique, le déroulement ou la conclusion d’un drame pour que cela colle mieux avec le propos non des auteurs mais de l’interprète metteur en scène.

    Le Beethoven de Lang Lang relève assez de cette démarche. Tout y est excessif, outré, récupéré pour raconter une histoire qui est la sienne et éventuellement, parfois, si les itinéraires se recoupent, sans doute par hasard, celle de Beethoven. Ainsi, cette attaque à coups de matraques de la Sonate n° 23, dont l’Adagio sera ralenti, étiré, englouti dans des ombres à peine audibles, de manière parfaitement exaspérante, destructrice, injustifiable.

    Et pourtant, quelle maîtrise de l’instrument, de ses possibilités, jusque dans leurs ultimes retranchements ! Mais quelle exaspération d’entendre le Finale de l’Appassionata joué à une vitesse qui tourne à la confusion et au numéro de cirque, après un premier et un deuxième mouvement eux aussi tirés vers des extrêmes en tous genres plus éprouvant pour les nerfs de l’auditeur que parlant pour sa sensibilité.

    Sans doute, après un Premier Livre d’Iberia d’Albéniz aux intentions peu déchiffrables, la Septième Sonate de Prokofiev et ses torrents d’accords semblent-ils moins pâtir de ces excès. Bien d’autres pianistes, avec moins de facilités et moins de résultat, y font volontiers une démonstration de haute voltige technique. Mais cette musique est aussi porteuse de bien autre chose que ce que l’on entend sous les doigts de Lang Lang, dont, ici encore, la technique est une véritable diablerie.

    Et, puis, quel comportement scénique de star ! On sait qu’un pianiste qui joue ne peut pas toujours contrôler toute sa gestuelle ni les expressions de son visage, ni même les mouvements de son corps. Mais ici, c’est presque un ballet d’une emphase permanente, flirtant vraiment avec le ridicule. On dira que c’est secondaire. Évidemment que oui ! Mais cela peut aussi jeter un certain doute sur la sincérité profonde de l’interprète.

    Où est la spontanéité ? Où est la volonté bien consciente de surprendre, d’étonner, de faire le spectacle attendu d’une star ? Très étrange, décidément. L’avenir dira si, dans la durée, on peut bâtir une carrière entière sur de telles bases.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 21/03/2011
    Gérard MANNONI

    Carte blanche au pianiste Lang Lang dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate n° 3 en ut majeur op. 2 n° 3
    Sonate n° 23 en fa mineur op.57 « Appassionata »
    Isaac Albéniz (1860-1909)
    Iberia, Livre I
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    Sonate n° 7 en sib majeur op. 83
    Lang Lang, piano

     


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