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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Récital du pianiste Andreï Korobeinikov au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

L’autre piano russe

Dernière révélation de l’École russe de piano, le Moscovite Andreï Korobeinikov, âgé de tout juste vingt-cinq ans, vient de connaître la consécration d’un beau succès parisien au Théâtre des Champs-Élysées. Un passage obligé pour toute grande carrière qui s’élance. Mais une personnalité bien marquée, penchant du côté des poètes du clavier.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 28/03/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Il ne faut pas réduire le piano russe à une seule approche de l’instrument. Si beaucoup d’artistes sortis des conservatoires de Moscou ou de Saint-Pétersbourg hier comme aujourd’hui s’illustrent par une technique foudroyante et une force de frappe souvent ravageuse sans qu’elle nuise pour autant à une vraie musicalité, certaines personnalités d’une autre nature se sont toujours fait jour également.

    Un Nikolaï Luganski par exemple nous entraîne ainsi dans des contrées plus humaines et moins orageuses que ne le faisait un Boris Berezovski, du moins à ses débuts. Avec sa rigueur impérieuse, un contrôle sonore absolu, ses arrière-plans intellectuels, le piano de Gilels était moins immédiatement flamboyant que celui de Lazar Berman.

    Et aujourd’hui encore, il y a aussi toute la diversité des Evgeni Kissin, Denis Matsuev, Alexeï Volodin… À vingt-cinq ans, Andreï Korobeïnikov se rattache nettement au filon plus poétique, plus intérieur, disons plus proche d’un Luganski ou d’un Volodin.

    Déjà bien connu en France pour sa présence dans les principaux festivals de piano et ses concerts parisiens, notamment à l’auditorium du Louvre et au Théâtre des Champs-Élysées avec l’Orchestre national, Andréï Korobeinikov se devait de passer par l’adoubement en récital dans un lieu mythique, et ce fut donc celui du TCE.

    Le programme choisi est très significatif. La Sonate n° 30 op. 109 de Beethoven et la transcription de la Chaconne de Bach par Busoni en première partie. La magique Sonate en sib majeur D. 960 de Schubert, toute seule, en deuxième partie.

    De l’intériorité, du romantisme sans débordements échevelés exprimés dans des formes aux architectures savantes, raffinées, inventives, et une autre démonstration architecturale tout en contrastes.

    Avec la Chaconne, en effet, s’il y a l’occasion de plaquer quelques beaux accords – ici sans agressivité ni brutalité mais avec un son ample, riche, profond – il faut aussi, sans le copier, rappeler l’univers du legato violonistique. Mission remplie par Korobeinikov sans faiblesse.

    D’une forme particulière typique des ultimes aboutissements de la recherche de Beethoven sur la forme sonate, la Trentième Sonate en mi majeur est de nature plutôt élégiaque, sans violence ni agressivité. Elle s’achève dans un calme surprenant par une ultime variation cantabile qui nous abandonne en plein rêve.

    Un moment de grâce intime, comme un message personnel pudiquement délivré. Avec un toucher soyeux, coloré, malléable, Korobeinikov a très bien saisi et rendu ces nuances d’une réelle subtilité.

    Dans la sublime Sonate D. 960 de Schubert, il nous a également de la manière la plus convaincante conduit sur ces chemins de discrète nostalgie et de pudique désespérance si proches par leurs développements mélodiques de ceux du Voyage d’hiver.

    Un monde d’infimes mais irrémédiables blessures de l’âme, d’interrogations angoissées laissées sans réponses autres qu’une poétique résignation et quelques accès de colère. Un très habile camaïeu de couleurs fragiles, une grande clarté de construction, une profondeur de pensée sans excès d’intellectualisme et toujours un son charnu, comme naturel. Du Schubert à l’état pur.

    On ne s’étonnera donc pas du beau succès remporté, jalon d’importance dans cette jeune carrière.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 28/03/2011
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Andreï Korobeinikov au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 30 en mi majeur op. 109
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Chaconne en ré mineur (Version Busoni)
    Franz Schubert (1797-1828)
    Sonate pour piano en sib majeur D. 960
    Andreï Korobeinikov, piano

     


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