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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam sous la direction de Jukka-Pekka Saraste, avec la participation de la soprano Karita Mattila au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

En noir et blanc

Superbe et exigeant programme balayant un siècle de musique moderne pour ce concert de l’Orchestre de Rotterdam au TCE. Face à une Karita Mattila vivant du tréfonds de son âme le langage angoissé de Kaija Saariaho, la baguette de Jukka-Pekka Saraste ne se départit à aucun moment d’une volonté d’objectivité en noir et blanc dans Bartók et Sibelius.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 13/04/2011
Yannick MILLON
 



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  • Trois Finlandais à Paris, tel aurait pu s’intituler ce concert réunissant le chef Jukka-Pekka Saraste, la soprano Karita Mattila et la compositrice Kaija Saariaho. Centre névralgique de cette soirée où officie le très bel instrument qu’est l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, la parure orchestrale des Quatre instants de Saariaho, donnés en création dans leur version initiale pour piano au Châtelet dans un récital de 2003.

    Et d’emblée, on se pâme devant ces textures en strates immobiles reconnaissables entre mille, devant cette maîtrise absolue de l’espace-temps orchestral, devant l’expressivité très immédiate de ce langage instrumental tellement plus évocateur que la monochromie de la version pianistique, au point d’avoir l’impression de s’immerger pendant ces vingt minutes dans une nouvelle réminiscence de l’Amour de loin.

    Aussi illuminée qu’à son habitude, Karita Mattila endosse physiquement les souffrances de la femme traduites par les textes d’Amin Maalouf, avec force tourments, gestuelle aux limites de l’expressionnisme et soupirs harassés. Par bonheur, c’est exactement ce qu’exige la partition, calquée sur le comportement de la diva observée en scène par sa compatriote.

    Et c’est là que demeure le paradoxe de cette exécution, car si seule la soprano peut aussi bien jouer à être elle-même, sa diction française n’est pas loin de la calamité, et vu l’absence de tout texte dans le programme de salle, on ne comprend pas un traître mot des poèmes, ce qui cantonne ces Quatre instants à un immense malentendu, leur meilleure interprète en ruinant tout l’aspect littéraire au profit d’une évocation abstraite d’états exaltés.

    Juste après la pause, Mattila ne convaincra guère dans un Luonnotar où sa voix, plafonnant dans l’aigu, s’avère désormais trop mûre et large, buttant sur l’écriture par petites touches et hoquets d’un Sibelius d’eau pure narrant l’émerveillement devant la naissance du monde de l’épopée nordique du Kalevala.

    D’un soin du détail déjà très prégnant dans ce poème symphonique-cantate, Jukka-Pekka Saraste se fait alors, dans la Quatrième Symphonie, la plus sombre et pessimiste de son auteur à peine opéré d’un cancer de la gorge, le champion d’une conception tout en objectivité, à la pulsation jamais alanguie, au rubato minimal. On demeure tout aussi éloigné de la touffeur postromantique d’un Karajan ou d’un Davis que de l’exploration quasi spectrale d’un Segerstam.

    Et si l’on peut préférer des bouffées de lyrisme et d’angoisse plus creusées, plus insistantes dans la douleur, pas une faute de goût ne pointe à l’horizon, et le chef garde la structure et l’équilibre en ligne de mire, avec au passage des interventions de cuivres idéalement coupantes, au noyau sonore impitoyable.

    Peu de travail sur la couleur donc, mais une fermeté, une absence de pathos, une négation du romantisme dans cette lecture qui accuse les angles d’une partition tout en étrangeté, sans essayer d’en estomper les ruptures énigmatiques, le ton lapidaire, l’expressivité fugace. Un impressionnant travail d’aquafortiste, sans concession aucune.

    En début de soirée, on pouvait faire le même constat dans une Suite de danses de Bartók en véritable radiographie sonore, d’une gestion des rapports de tempo forçant l’admiration, au détriment de la frénésie, d’un drive typiquement hongrois en lieu et place desquels une certaine prudence – Allegro vivace – ne rendait pas pleinement justice aux racines populaires, à l’expression un peu crue et rustre de ces rythmes fortement pulsés.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 13/04/2011
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam sous la direction de Jukka-Pekka Saraste, avec la participation de la soprano Karita Mattila au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Béla Bartók (1881-1945)
    Suite de danses
    Kaija Saariaho (*1952)
    Quatre instants pour soprano et orchestre
    Karita Mattila, soprano
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Luonnotar, poème symphonique pour soprano
    Karita Mattila, soprano
    Symphonie n° 4 en la mineur op. 63
    Orchestre philharmonique de Rotterdam
    direction : Jukka-Pekka Saraste

     


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