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CRITIQUES DE CONCERTS 19 octobre 2018

Version de concert de Parsifal de Wagner sous la direction de Kent Nagano au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Un Parsifal d’anthologie
© Nicolas Rue

Standing ovation et triomphe mérités pour ce Parsifal donné en version de concert par les forces de l’Opéra de Munich et Kent Nagano au Théâtre des Champs-Élysées. Une soirée lyrique tel un rêve éveillé, où orchestre, chœur, solistes et chef, dans une vraie communion d’esprit, servent avec une incroyable dévotion l’ultime opéra wagnérien.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 14/04/2011
Yannick MILLON
 



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  • Il est des soirées musicales où l’on s’attend à vivre un bon moment, et dont on ressort étreint par une prestation exceptionnelle. Le Parsifal en version de concert proposé presque une semaine avant Vendredi saint par le Théâtre des Champs-Élysées appartient à ces moments bénis qu’on s’en serait voulu de rater.

    Et pourtant, le pronostic n’avait rien d’évident, les accointances de Kent Nagano avec l’univers lyrique ayant toujours été pour le moins variables : on se souvient qu’entre un Saint François d’Assise glorieux et des Contes d’Hoffmann calamiteux, le chef américain a souvent réalisé le grand écart.

    Son Parsifal est quoi qu’il en soit celui des contrastes marqués, entre assise contemplative, distension du temps de l’univers magique du Graal et vigueur des récits, des épisodes dramatiques, d’une pulsation toujours ferme, d’un déroulement narratif faisant mentir la réputation de longueur de l’ouvrage. Aussi le I passe-t-il le temps de le dire, avec un sentiment d’évidence constant, de parfait déroulement organique, qui vaut déjà son pesant d’applaudissements à la première pause.

    En bout de ligne, 3h50 pour cette lecture ne donnant jamais une impression de superficialité, mais un parfait point d’équilibre entre sérénité polyphonique et vie théâtrale. Sur ces bases, le rêve peut alors prendre forme. Passé un acte initial où les petits accrocs ne l’empêchent pas de briller, l’Orchestre de l’Opéra de Bavière, d’une densité ne rimant jamais avec lourdeur, se fait le viatique idéal d’une telle conception.

    Prenant garde à tout débordement expressif, Nagano lisse les cordes dans les actes impairs pour mieux les laisser libérer leur rudesse, leur impact dans un II d’une urgence qu’on n’avait pas entendue depuis Boulez – l’ancien, de 1970, plutôt que celui, plus apaisé sur ce point, de 2004.

    Comment ne pas imputer aussi toute sa part de réussite à un Chœur de l’Opéra de Munich absolument prodigieux – qu’on se souvienne un instant du dernier Parsifal de l’Opéra de Paris et ses voix féminines en état de décomposition ! Ici, tant les voix d’hommes, viriles, concentrées, d’une exactitude de texte ahurissante, que le halo précis et suave de voix de femmes émergeant de la coulisse, angéliques, séraphiques même, permettent d’atteindre au Graal sans escale.

    Nagano, connu pour se soucier des voix comme que de sa première baguette, laisse les questions de phrasé à la discrétion d’interprètes qui ne manquent pas de souplesse, mais néglige parfois un Gurnemanz un temps à la peine avec la mesure.

    Pourtant, force est de reconnaître que jamais la voix de Kwangchul Youn ne nous avait semblé émise avec tant de naturel, sans cette couverture artificielle des sons qu’on lui a souvent reprochée à Bayreuth. Et si le Coréen n’aurait pas trop d’un troisième poumon pour s’éviter de respirer au milieu des phrases, la tranquille autorité de son doyen des Chevaliers, son beau rayonnement zen sont ce soir parfaitement au diapason.

    Simplement prometteuse sur le papier, la distribution est d’un niveau et d’une homogénéité inespérés. Le Klingsor fort en gueule de John Wegner rappelle le métal brut d’un Neidlinger, le Titurel de Steven Humes existe, tout simplement, les Écuyers ténors partagent l’affiche avec deux petits solistes du Tölzer chantant par cœur, et le plateau de Filles-fleurs, bien plus cohérent que l’ordinaire, ondule avec une précision impossible à la scène. Grisant !

    Conforme à la grande tradition des barytons-basses wagnériens, Michael Volle est un Amfortas d’une royale noblesse dans la souffrance, d’un poids de la diction, d’un legato sur les consonnes qui sont un modèle de déclamation germanique, renforcée par un aigu superbement projeté.

    Après quelques hésitations, Nikolaï Schukoff se désengorge pour délivrer un beau lyrisme teinté de naïveté pour ce chaste fol qui, sans grande réserve de puissance, parvient néanmoins au bout avec fraîcheur, flexibilité, nuances et un rien de vigueur supplémentaire dans la maturité du Baptême et de la Célébration.

    Le sommet est toutefois atteint avec la Kundry d’Angela Denoke, d’une expressivité à fleur de peau dès sa première intervention, où son médium qui n’a rien à envier à un vrai mezzo se pare d’une détresse crépusculaire, tout en douleur rentrée, et saisit chaque mot, chaque son pour transmettre une charge émotionnelle qu’on n’avait connue jusqu’ici à ce degré d’évidence que chez une Mödl, une Meier.

    Au II, cette ligne de chant lunaire, lactescente, d’une souplesse extra-terrestre, opère des miracles tant dans l’antre du magicien noir que dans la confrontation avec Parsifal, où le soin apporté à chanter chaque son jusqu’au bout – et aussi haut que sur un Lachte déchirant de plénitude lumineuse – est doublé d’une constante expressivité et d’un soutien technique qui transpercent l’âme. Ite missa est !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 14/04/2011
    Yannick MILLON

    Version de concert de Parsifal de Wagner sous la direction de Kent Nagano au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Michael Volle (Amfortas)
    Steven Humes (Titurel)
    Kwangchul Youn (Gurnemanz)
    Nikolaï Schukoff (Parsifal)
    John Wegner (Klingsor)
    Angela Denoke (Kundry)
    Kevin Conners (Premier Chevalier)
    Levente Molnár (Deuxième Chevalier)
    Solistes du Tölzer Knabenchor (Premier et Deuxième Écuyers)
    Ulrich Reß (Troisième Écuyer)
    Kenneth Roberson (Quatrième Écuyer)
    Hanna-Elisabeth Müller (Première Fille-fleur)
    Laura Tatulescu (Deuxième Fille-fleur)
    Gabriela Scherer (Troisième Fille-fleur)
    Evgeniya Sotnikova (Quatrième Fille-fleur)
    Tara Erraught (Cinquième Fille-fleur)
    Okka von der Damerau (Sixième Fille-fleur)

    Chor der Bayerischen Staatsoper
    préparation : Sören Eckhoff
    Orchester der Bayerischen Staatsoper
    direction : Kent Nagano

     


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