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CRITIQUES DE CONCERTS 10 juillet 2020

Première à l’Opéra de Bordeaux du Trouvère de Verdi dans la mise en scène de Charles Roubaud, sous la direction d’Emmanuel Joel-Hornak.

Naissance d’une grande verdienne
© G. Bonnaud

Elza van den Heever (Leonore)

Ni la mise en scène académique de Charles Roubaud, créée à Marseille et reprise un peu partout, ni la direction sans drame d’Emmanuel Joel-Hornak n’embrasent le Trouvère présenté à l’Opéra de Bordeaux. Mais la flamme crépite bel et bien dans le chant grâce à un quatuor vocal dominé par la Leonora magnétique d’Elza van den Heever, que Paris découvrira en concert le 3 mai.
 

Grand-Théâtre, Bordeaux
Le 15/04/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il Trovatore, comble du mĂ©lodrame ? Verdi ne traita certes pas de sujet plus rocambolesque, sinon dans la Forza del destino, dont le livret, Ă©galement tirĂ© d’un drame romantique espagnol, Ă©vite cependant les raccourcis qui font l’extrĂŞme concision du premier. Mais si les Marx Brothers en ridiculisèrent les travers – et par lĂ  mĂŞme, ceux de tout un genre – dans A night at the Opera, Luchino Visconti Ă©rigea la cabalette du tĂ©nor, Di quella pira, en symbole de rĂ©sistance Ă  l’occupant autrichien dans la scène liminaire de Senso.

    C’est justement dans le contexte de la réunification italienne, et peut-être plus simplement de la création de l’œuvre, en 1853, que Charles Roubaud replace le Trouvère. Transposition inoffensive, pour ainsi dire convenue, décorative sans doute, qui invite à une certaine monumentalité des décors, au demeurant fort sobres, et presque animés par les éclairages de Marc Delamézière, comme à un cortège d’épaulettes à frange et de crinolines.

    Là-dessus, les chœurs lèvent consciencieusement le poing, le marteau, l’épée ou le pistolet, et les solistes, bras écartés ou la main sur le cœur, solidement plantés sur leurs deux jambes pour ne pas se laisser prendre au piège de la raideur de la pente du plateau du Grand-Théâtre de Bordeaux, font ce qu’ils peuvent – ou veulent – livrés à eux-mêmes, à moins que ce ne soit au comble du mélodrame. Et puisque le ténor fait en moyenne deux têtes de moins – et même trois, s’agissant de la soprano – que ses partenaires, la mise en scène évoque plus souvent la parodie des Marx Brothers que la grandeur épique qu’induit son cadre viscontien.

    La direction d’Emmanuel Joel-Hornak ne compense pas ce défaut de passion et d’urgence dramatique. Mesurée, pour ainsi dire classique, elle bénéficie de la pâte sonore dense et sombre de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, un des plus enthousiasmants de France, du moins lorsqu’il descend en fosse. Et le Chœur de l’Opéra n’est pas en reste, nuancé, discipliné, vibrant.

    Mais la réussite du Trouvère ne repose-t-elle pas, selon l’adage toscaninien, sur la réunion des quatre meilleurs chanteurs du monde ? Des cinq même, dès lors que Ferrando ouvre les hostilités. Doté d’un beau sens du récit et d’un grain noir et compact, Éric Martin-Bonnet y démontre, s’il n’est pas encore la basse chantante des Verdi plus tardifs, les vertus d’une patiente maturation.

    Elena Manistina a, elle aussi, mûri son Azucena, propulsée prématurément sur la scène de la Bastille. Malgré des voyelles quelque peu mâchonnées, les registres apparaissent désormais soudés, les extrêmes mieux contrôlés, et l’interprète moins sommaire, au point de sembler sur la réserve jusqu’à la scène finale, où voix et tempérament s’épanouissent pleinement.

    Superbe d’allure, le baryton russe Alexey Markov doit encore polir son instrument pour ne plus trahir ses origines dans le répertoire italien. Car les raideurs d’une émission gonflée du collier perturbent plus d’une fois l’intonation et la ligne de la cavatine du Comte de Luna. Son bronze vigoureux n’en contraste pas moins idéalement avec le cuivre malléable du Manrico de Giuseppe Gipali.

    Le ténor albanais ne fait jamais assaut de puissance, fort d’un aigu facile, limpide, latin, et d’un phrasé soigné, sinon tout à fait belcantiste. Sans doute cette voix plus lirica que spinta ne peut-elle masquer un certain manque de squillo, mais slancio et morbidezza s’allient trop rarement aujourd’hui pour le regretter.

    L’aurait-on d’ailleurs remarqué, si Elza van den Heever ne déployait en Leonora des moyens aussi considérables ? Déjà son Komponist, dans la production d’Ariadne auf Naxos présentée en février sur la même scène, avait l'ampleur du rôle-titre. Mais c’est peut-être surtout une grande verdienne qui vient de naître.

    N’étaient certaines carrures un peu empesées, rien n’indiquerait qu’il s’agissait en effet d’une prise de rôle : les ressources du timbre semblent infinies, l’agilité naturelle, la dynamique audacieuse. La soprano peut tout oser en somme – un peu à la manière de la jeune Gwyneth Jones en 1964 à Covent Garden, sous la direction de Giulini –, et tout réussir – ce que la technique de sa glorieuse aînée ne lui permettait pas. D’autant que ce chant ardent se double d’une présence magnétique.

    Non seulement pour Elza van den Heever – qui sera aussi Fiordiligi au Palais Garnier en juin –, mais pour l’ensemble d’un quatuor vocal décidément enthousiasmant, il faudra se précipiter le 3 mai au Théâtre des Champs-Élysées, où les forces de l’Opéra de Bordeaux présenteront ce Trouvère en version de concert.




    Grand-Théâtre, Bordeaux
    Le 15/04/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra de Bordeaux du Trouvère de Verdi dans la mise en scène de Charles Roubaud, sous la direction d’Emmanuel Joel-Hornak.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Il Trovatore, opéra en quatre actes (1853)
    Livret de Salvatore Cammarano d'après le drame espagnol d'Antonio Garcia Gutiérrez.

    Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
    Orchestre National Bordeaux Aquitaine
    direction : Emmanuel Joel-Hornak
    mise en scène : Charles Roubaud
    décors : Jean-Noël Lavesvre
    costumes : Katia Duflot
    éclairages : Marc Delamézière
    préparation des chœurs : Alexander Martin

    Avec :
    Alexey Markov (Il Conte di Luna), Elza van den Heever (Leonora), Elena Manistina (Azucena), Giuseppe Gipali (Manrico), Éric Martin-Bonnet (Ferrando), Eve Christophe-Fontana (Ines), Humberto Ayerbe-Pino (Ruiz), Loïk Cassin, Un vecchio zingaro), Luc Seignette (Un messo).

     



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