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CRITIQUES DE CONCERTS 23 mai 2018

Version de concert de Pelléas et Mélisande de Debussy sous la direction de Louis Langrée au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Qu’il fait beau dans les ténèbres !

Distribution de luxe pour cette version de concert de Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Élysées. Par-delà les prestations individuelles, dominées par le Pelléas comme éternellement jeune de Simon Keenlyside et le Golaud psychotique de Laurent Naouri, c’est la direction ténébreuse et pourtant limpide de Louis Langrée qui laisse l’impression la plus profonde.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 17/04/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Une affiche, aussi prestigieuse soit-elle, ne fait pas un grand Pelléas. D’autant que l’ouvrage a connu un certain âge d’or à Paris ces dernières années, depuis le mémorable concert dirigé par Bernard Haitink en mars 2000 au Théâtre des Champs-Élysées, dont le miracle ne s’est pas renouvelé sept ans plus tard dans la mise en scène de Jean-Louis Martinoty, jusqu’à la production de John Eliot Gardiner et Stéphane Braunschweig à l’Opéra Comique – qui avait célébré le centenaire de la création sous la houlette de Marc Minkowski –, en passant par la reprise de la vision de Bob Wilson en 2004 à l’Opéra Bastille, qui marqua le début de l’ère Mortier d’une pierre blanche.

    Et puis cette affiche, justement, avait comme un air de déjà entendu : Laurent Naouri, qui débutait en Golaud en 2000 aux côtés de l’Arkel d’Alain Vernhes, le reprit en 2007 avec Marie-Nicole Lemieux en Geneviève, qu’il devait retrouver deux ans plus tard à Vienne pour la première Mélisande scénique de Natalie Dessay, immortalisée par le DVD. Quant à Simon Keenlyside, sans doute le Pelléas de sa génération, mais dont ni le disque ni la vidéo ne conservent la trace, il formait à la Bastille un couple idéal avec Mireille Delunsch.

    En un mot, ou bien plutôt en deux cents, cette version de concert suscitait autant de craintes que d’espoirs. Mais ces derniers l’ont finalement emporté. Passons sur l’Yniold de Kathouna Gadelia, qui contrefait sans vraie innocence ni terreur la voix d’enfant qu’on aimerait y entendre. Car Alain Vernhes demeure, même essoufflé dès l’attaque de chaque phrase, le garant d’une certaine tradition française, ce qu’est finalement Arkel, vieux sage aveugle dont la parole s’éteint dans la pitié du cœur des hommes.

    Marie-Nicole Lemieux confère à la lecture de la lettre de Geneviève cette tendresse maternelle débordante, désarmante qui n’est qu’à elle, mais en somme le contraire du « simplement et sans nuances » qu’y entendait Debussy.

    Comparée à sa prestation dans la mise en scène de Laurent Pelly, Natalie Dessay est en concert d’une absolue sobriété, d’une distance compassée quand elle devrait frôler l’absence, comme si le personnage de Mélisande, en vérité un point d’interrogation, ne serait-ce que par son impossible classification vocale, demeurait une énigme à son tempérament.

    La soprano française y apparaît ainsi, plutôt que de nulle part, étrangère à ce naturel enfantin du mensonge, cette fragilité empreinte de sensualité, cette sensibilité si singulière qu’elle ne s’approprie qu’à l’approche de la mort. C’est aussi que, dans le grave et le médium, la voix plus d’une fois se dérobe, peinant plus haut à prendre chair, non pas transparente par nuance de caractère, mais seulement incolore.

    Malgré de récentes prises de rôle qui auraient pu assombrir son élan juvénile, le baryton anglais Simon Keenlyside lui répond par un Pelléas incandescent. S’il s’est étoffé dans le grave, le timbre a conservé sa vigoureuse clarté, à l’instar d’une diction qui n’achoppe pas même sur l’aigu, infini, fébrile, hardi. C’est bel et bien son cœur qui bat comme un fou jusqu’au fond de sa gorge.

    Laurent Naouri, enfin, est le Golaud de son époque, comme José Van Dam fut celui de la précédente. Le vibrato ne trouble plus la ligne, fermement tenue, conduite, vécue sur l’ensemble de cet ambitus d’une limpide noirceur. Ce n’est pas une blessure mystérieuse, métaphysique, ravivée soudain par l’odieux soupçon, qui ronge cet homme aux cheveux prématurément gris, mais la jalousie qui pousse un mari trompé, bourgeois psychotique, du sarcasme à la violence fratricide. Qu’il nous soit dès lors permis d’être nostalgique.

    L’inconnue, relative, de cette version de concert résidait en vérité dans la lecture de Louis Langrée à la tête de l’Orchestre de Paris, dont le moindre mérite n’est pas d’assurer la cohérence du plateau. Mais bien au-delà, elle creuse, souterraine, lacustre, les ténèbres d’Allemonde, tendue dans la narration, d’une pâte sonore boisée, menaçante, qui n’en laisse pas moins jaillir des timbres parfaitement différenciés, et surtout cette « langue évocatrice dont la sensibilité pouvait trouver son prolongement dans la musique et dans le décor orchestral » pour laquelle Debussy écrivit Pelléas et Mélisande.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 17/04/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de Pelléas et Mélisande de Debussy sous la direction de Louis Langrée au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et douze tableaux (1902)
    Poème de Maurice Maeterlinck

    Simon Keenlyside (Pelléas)
    Natalie Dessay (Mélisande)
    Laurent Naouri (Golaud)
    Alain Vernhes (Arkel)
    Marie-Nicole Lemieux (Geneviève)
    Kathouna Gadelia (Yniold)
    Nahuel di Pierro (le médecin)

    Chœur de l’Orchestre de Paris
    Orchestre de Paris
    direction : Louis Langrée

     


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