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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2019

Nouvelle production de Wozzeck de Berg dans une mise en scène d’Andrea Breth et sous la direction de Daniel Barenboïm dans le cadre des Festtage 2011 de l’Opéra de Berlin.

Festtage Berlin 2011 (1) :
Wozzeck rendu à la noirceur

© Bernd Uhlig

Roman Trekel (Wozzeck) & Nadja Michael (Marie)

C’est grâce à Plácido Domingo, qui devait tenir le rôle du Tambourmajor, que la Staatsoper de Berlin a programmé Wozzeck pour l’édition 2011 de ses Festtage, données chaque année à Pâques depuis 1996. Demeuré à l’affiche après le retrait du ténor, le chef-d’œuvre d’Alban Berg retrouve grâce à Andrea Breth et Daniel Barenboïm toute sa noirceur.
 

Schillertheater, Berlin
Le 16/04/2011
Hermann GRAMPP
 



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  • Même si Wozzeck s’est clairement établi comme un ouvrage fondamental du répertoire du XXe siècle, il n’a jamais atteint la popularité de la Traviata ou des opéras de Wagner, qui forment traditionnellement le noyau du festival de Pâques à Berlin. Et pourtant, cette nouvelle production est de loin la meilleure chose qu’on ait vue depuis bien longtemps dans la capitale allemande.

    Wozzeck à la Staatsoper de Berlin, cela évoque immanquablement la création du 14 décembre 1925 sous la direction d’Erich Kleiber, pour l’une des grandes batailles de l’Histoire musicale entre conservateurs et tenants de la modernité. Dans les sept années qui suivirent, l’opéra s’imposa dans vingt-et-une villes européennes et américaines avant d’être chassé du répertoire en Allemagne par le national-socialisme en 1933.

    Après la guerre, une diffusion plus large commença – notamment à Salzbourg dès août 1951 – qui perdure aujourd’hui encore. Daniel Barenboïm, grand admirateur de l’œuvre, la monta en 1994 à Berlin dans la mise en scène de Patrice Chéreau vue depuis au Châtelet. Dans le cadre de la programmation des Festtage 2011 de l’Opéra de Berlin, le chef remet son Wozzeck sur le métier en recourant pour la partie scénique aux services d’Andrea Breth, avec laquelle il a collaboré pour Eugène Onégine à Salzbourg il y a quatre ans.

    La metteur en scène, qui vient du théâtre parlé, présente une lecture claustrophobe et très noire de Wozzeck qui correspond parfaitement aux angoisses du soldat torturé. Une pièce minuscule, comparable à une cellule de prison, occupe à peine un tiers de la scène et enferme à loisir l’exposition du I, avant de devenir au II une structure hexagonale tournante. Au tomber de rideau, cette derrière sera finalement débarrassée de murs et de plafond, après la rédemption de Wozzeck par le meurtre de Marie puis son propre suicide.

    L’expérience théâtrale d’Andrea Breth se sent dans chaque détail de la direction d’acteurs : les relations entre les personnages revêtent un caractère d’évidence, et la violence de la dramaturgie est parfaitement rendue – une scène de meurtre d’une noirceur à faire dresser les cheveux.

    © Bernd Uhlig

    La musique est par chance tout à fait à la hauteur de la mise en scène. Roman Trekel fait ses débuts dans le rôle-titre et compense un réel manque de grave par une expression viscérale qui alterne parfaitement entre le Sprechgesang et une ligne vocale d’authentique Liedersänger, rendant son tourment crédible à chaque instant.

    Nadja Michael a une grande voix au service de ses facultés de comédienne et possède toute la rhétorique de moyens expressifs pour caractériser au mieux une Marie d’une rare complexité, tour à tour affligée, joyeuse, dépressive, voluptueuse.

    Les seconds rôles sont également irréprochables. John Daszak, dans son costume de culturiste, est un Tambourmajor puissant, à la voix claire et percutante quoique jamais métallique. Le jeune Florian Hoffmann étale en Andres une voix chaude et séduisante, avec même un surplus de projection quand nécessaire.

    Graham Clark, le Loge-Mime du Ring de Kupfer, reste, à 70 ans, un Capitaine hors du commun : sarcastique, peureux, méprisant. Le Docteur de Pavlo Hunka excelle par son attitude nonchalante, amorale, et Katharina Kammerloher par une Margret d’une rare méchanceté, teintée de passion. Enfin, Heinz Zednik en Idiot est un luxe absolu : un monument de presque cinquante ans d’histoire de l’opéra qui porte aux sommets une distribution à marquer d’une pierre blanche.

    Daniel Barenboïm, quant à lui, connaît son Wozzeck sur le bout de la baguette. Il exalte l’excellence d’une Staatskapelle en forme olympique et fait vibrer toutes les couleurs de cette partition énorme, qui est en dehors de la maîtrise totale du langage dodécaphonique une sorte de summa du savoir musical de Bach, via Weber, Wagner et Mahler, à Richard Strauss. Chaque pulsion cataclysmique, chaque fibre dramatique est lisible dans la fosse, le chef argentin créant un son volumineux et intime à la fois, jusque dans un Interlude en ré mineur d’anthologie.

    Pour les Festtage 2012, le duo Barenboïm-Breth devrait présenter Lulu, ce qui laisse augurer d’un événement musico-théâtral majeur, à l’image de ce Wozzeck qui restera dans les mémoires.




    Schillertheater, Berlin
    Le 16/04/2011
    Hermann GRAMPP

    Nouvelle production de Wozzeck de Berg dans une mise en scène d’Andrea Breth et sous la direction de Daniel Barenboïm dans le cadre des Festtage 2011 de l’Opéra de Berlin.
    Alban Berg (1885-1935)
    Wozzeck, opéra en trois actes (1925)
    Livret du compositeur, d’après le drame de Georg Büchner

    Staatskapelle Berlin
    Staatsopernchor
    direction : Daniel Barenboïm
    mise en scène : Andrea Breth
    décors : Martin Zehetgruber
    costumes : Silke Willrett & Marc Weeger
    éclairages : Olaf Freese
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Roman Trekel (Wozzeck), John Daszak (le Tambourmajor), Florian Hoffmann (Andrès), Graham Clark (le Capitaine), Pavlo Hunka (le Docteur), Nadja Michael (Marie), Katharina Kammerloher (Margret), Jürgen Linn (Premier compagnon), James Homann (Deuxième compagnon), Heinz Zednik (l’Idiot), Fabian Sturm (fils de Marie).

     



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