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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelle production de Crépuscule des Dieux de Wagner dans une mise en scène de Günter Krämer et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

Ring Bastille (4) :
Un Crépuscule écartelé

© Charles Duprat

L’Opéra de Paris achève, avec Crépuscule des dieux, absent de notre scène nationale depuis 1957, la première nouvelle production du Ring finalisée depuis 1937, en confirmant l’incohérence d’un projet marqué par le mariage irritant de vraies beautés musicales à une proposition scénique frustrante et démodée.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 03/06/2011
Pierre FLINOIS
 



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  • Tandis que sur la place de la Bastille, la police semble guetter toute Indignation et que le programme de salle parle abondamment de décadence de civilisation et de fin du monde, on aura bien du mal à en retrouver le contrepoint actuel sur scène, où l’équipe dramaturgique offre surtout un théâtre post-moderne daté, pour ne pas dire éculé.

    Cohérent avec le reste du Ring, le Crépuscule de Günter Krämer, très appuyé, teuton, dont on voit les ficelles autant que les manques, et où jamais ne s’impose l’émotion d’une image, d’un geste happant ou le vertige d’une imagination théâtrale débordante d’humanité, réitère encore son jeu d’idées bizarres à peine exposées sitôt oubliées, son catalogue d’images piquées ailleurs, comme pour condenser quarante ans de post-Wieland et trente ans de post-Chéreau.

    Voici que les Nornes se changent en Filles du Rhin, mais pour disparaître bientôt. Voici qu’au fameux Voyage sur le Rhin, des dirndls en rouge virevoltant au rythme de l’orchestre plantent sur le plateau nu la vingtaine de tables et de bancs d’une improbable fête de la bière, sous une pluie de rubans multicolores, tables abandonnées à leur vide, et dont on ne fera rien à la scène suivante.

    Voici aussi le quizz de la soirée : qui est donc cette vieille femme en bonnet et robe noire, qui campe là dès l’ouverture du rideau ? réponse à l’acte II, c’est Alberich, qui va désormais pousser la voiture d’où Hagen, handicapé moteur, va tisser sa trame d’araignée ! Voici le kouglof des noces, vu déjà chez Konwitschny, qui au moins s’en servait pour montrer la rage de Brünnhilde : ici, il valsera au sol, c’est tout.

    Certes, Siegfried et Brünnhilde au rocher ne sont déjà plus les héros d’avant, on nous le montre depuis trente ans déjà : elle est allée au coffre chercher ses perles, et en a profité pour mener son homme chez le coiffeur, et chez un médiocre tailleur. Faut-il prendre le public pour ignare en enfonçant le clou à ce point dans la dérision et le refus du mythe ?

    Faut-il méconnaître la force d’un tempérament vocal pour imposer à Brünnhilde de ranger sa vaisselle dans son armoire pseudo Biedermeier afin d’expliciter que le récit angoissé de Waltraute ne lui parle plus ? On a vu autrefois, sur des scènes nues, deux êtres poignants qui par la seule magie de leur émotion, de leur corps, de leur voix, montraient cela sans pareil surlignage affligeant.

    Du neuf technologique alors, à la mode vidéo du moment ? Voilà un magnifique écran électronique, énorme, posé au bord du plateau tournant, dont le tournoiement lancinant n’est en rien une mise en scène : on y voit de bien banales projections, le flot, le feu, la pénible l’ascension de Siegfried mort au Walhalla, un contresens en fait, ou l’image grotesque d’un revolver faisant exploser les dieux les uns après les autres…

    Risible, comme bien d’autres maladresses de la direction d’acteurs, qui impose des partis épuisés : Siegfried plus benêt encore qu’un opéra plus tôt, un peu chaud lapin désormais, Brünnhilde bourgeoise bien coincée, Hagen cloué sur son fauteuil.

    © Elisa Haberer

    Tout cela incite à fermer les yeux, d’autant que de la fosse monte un immense chant d’orchestre, que Philippe Jordan fait resplendir, à quelques écarts des cuivres près, de bien séduisante façon. Des délicatesses, des retenues, des piani enchanteurs, des diaprures telles qu’on plane. Et quand il faut soulever la masse, elle est là, imposante.

    Fascination d’un discours extrêmement lent, qui porte l’acte initial à 2h05, un record. Mais à cet étirement hédoniste du temps manque toujours non le sens de la palpitation dramatique mais celui de la construction d’une architecture de l’inéluctable, du sentiment de la chute d’un monde, de l’humanité qui émeut.

    La distribution, plus qu’honorable, ne porte pourtant pas à l’enthousiasme. Torsten Kerl semble plus en voix que pour Siegfried, le timbre, la musicalité, l’élégance du chant, sont des atouts, mais le II le montre bientôt affaibli, et s’il se reprend au III, c’est pour cafouiller quelque peu avant de mourir sans aura.

    Katarina Daleymann abuse au contraire du volume, crie souvent, et ignore pratiquement toute nuance. Dommage, elle y perd de son intérêt, mais on lui reconnaîtra le seul moment d’émotion de la soirée avec une Immolation de grande humanité.

    Sophie Koch, belle Waltraute, se forçant un peu l’ampleur, ne sait pas encore donner un vrai poids aux mots de ce qui se doit d’être une scène qui hante. Côté Gigichungen, la voix noire et profonde de Hans-Peter König fait son effet, mais n’emporte ni par son magnétisme ni par son sens du théâtre. Iain Paterson est un excellent Gunther, et Christiane Libor une avantageuse Gutrune.

    Mais les Filles du Rhin formaient un ensemble plus cohérent dans l’Or du Rhin. Quant aux chœurs, paralysés par un concept qui en fait les dérisoires supporters d’un drapeau grotesque, ils sont fort beaux, mais manquent aussi de la sauvagerie qu’on attend.

    Le rendez-vous est désormais pris pour l’intégrale de 2013 : si l’on voit mal quel génie pourrait métamorphoser la lourde production de Krämer, on a la certitude que le Wagner de Philippe Jordan et de son orchestre ne pourra que progresser encore.




    Critique de l’Or du Rhin
    Critique de la Walkyrie
    Critique de Siegfried




    Opéra Bastille, Paris
    Le 03/06/2011
    Pierre FLINOIS

    Nouvelle production de Crépuscule des Dieux de Wagner dans une mise en scène de Günter Krämer et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Götterdämmerung, troisième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Günter Krämer
    décors : Jürgen Bäckmann
    costumes : Falk Bauer
    éclairages : Diego Leetz
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Torsten Kerl (Siegfried), Iain Paterson (Gunther), Peter Sidhom (Alberich), Hans-Peter König (Hagen), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Christiane Libor (Gutrune / Troisième Norne), Sophie Koch (Waltraute), Nicole Piccolomini (Première Norne / Flosshilde), Caroline Stein (Woglinde), Daniela Sindram (Wellgunde).

     



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