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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation du pianiste David Fray à la salle Pleyel, Paris.

L’art du contre-pied
© Nicho Soedling

Salonen est décidément un chef plein de surprises. Alors qu’on était venu pour Debussy et Ravel, on sera reparti avec Beethoven. Ou comment le Finlandais, un peu décevant dans la musique française, avec un David Fray éteint au clavier, se fait le héraut de la tradition à la tête d’un Orchestre de Paris plus germanique que jamais.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 08/06/2011
Yannick MILLON
 



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  • Très attendu pour son grand retour sur les planches après un printemps d’annulations, David Fray se confrontait en ce concert de mercredi à Pleyel à l’Orchestre de Paris et Esa-Pekka Salonen dans le Concerto en sol de Ravel. On s’attendait à une rencontre explosive ; on eut droit à un pétard mouillé.

    Tout du long, le Steinway du pianiste, comme éteint, sonne étriqué et opaque, un sentiment que ne dément à aucun moment un jeu crispé et une réelle fébrilité dans les traits, approximatifs, savonnés et donnant surtout l’impression de tétaniser, de s’épuiser dans la longueur des notes répétées.

    Après une entrée en matière anonyme, un peu mécanique, le chant finit tout de même pas l’emporter dans un Adagio assai d’une belle coulée, mais où l’on a connu art du legato pianistique plus souverain, dans cette page où les souvenirs ne manquent pas. En bis, une Allemande de la Partita en mi mineur de Bach cyclothymique et une première des Scènes d’enfants de Schumann trop uniment dans la joliesse confirmeront que le pianiste n’est pas dans un bon jour.

    Mais au-delà d’une réelle méforme, comment ne pas être gêné, en direct, par cette présence angoissée au clavier, engoncée dans une chaise, ces grimaces, ces mouvements convulsifs de la mâchoire qui semblent traduire une véritable torture parasitant l’audition et demandant de fermer les yeux afin d’écouter sereinement ?

    À l’orchestre aussi, on s’était imaginé un autre feu d’artifice que la lecture virtuose, au tempo bien tenu mais sans gourmandise, sans frémissement coloriste d’Esa-Pekka Salonen, dans la droite lignée de la Mer de Debussy qui avait ouvert la soirée : brillante démonstration de maîtrise dramaturgique, grande liberté dans le maniement du rubato et de l’agogique, mais où la couleur fait cruellement défaut – Jeux de vagues.

    Le nouveau patron du Philharmonia conçoit sa pâte sonore debussyste en blocs, très fusionnés, qu’il aime à frotter et confronter, où la sensation de solo instrumental semble s’estomper au profit d’une construction sonore abstraite. Surtout, le Finlandais semble par trop guetter les moments où il peut lâcher la bride des effets et du clinquant – une conclusion du Dialogue du vent et de la mer spectaculaire, à la Ives.

    La surprise viendra de la deuxième partie, dans un répertoire où l’on n’attendait pas vraiment Salonen : la Septième Symphonie de Beethoven. Le souvenir à Mogador, avec un Maxim Vengerov pourtant très inspiré, d’un Concerto pour violon neurasthénique, perdu dans des brumes brahmsiennes, y était sans doute pour beaucoup.

    Or, dans une partition autrement physique et rythmique, le chef finlandais se fait le héraut de la tradition que prétendait endosser en novembre Christian Thielemann au TCE, celle d’un Beethoven trapu, charpenté, d’une motricité assise sur neuf contrebasses, presque taurine dans son avancée tête bêche, mais toujours dans le respect du couple tension-détente et sans les excentricités de son confrère prussien.

    Car le Beethoven de Salonen, tournant le dos aux pratiques historiquement informées, assume son hédonisme, sa puissance, ne franchit jamais la limite du too much et joue savamment des gradations, des longs crescendi – les transitions, superbes de tenue, où les basses ronronnent à loisir.

    Très appuyée sur un tapis de cordes dominateur, où l’on donne toute la longueur d’archet, cette Septième ose la carrure et les fortississimi écrits comme seul Toscanini se les était permis, et lorsque les vents sont mis en valeur, c’est en groupe – deuxième sommet de l’Allegretto, où les cordes sont priées un instant d’abandonner leur suprématie.

    Moment particulièrement réussi d’ailleurs que ce deuxième mouvement, au tempo soutenu mais phrasé large et vibrant par des cordes graves à la profondeur sibélienne, quelque part entre le Cygne de Tuonela et la Valse triste, et dont la déploration soutenue renforce l’idée de thrène qu’ont largement abandonnée les tenants du dégraissage.

    Et si Salonen en garde légèrement sous la semelle à la fin du premier mouvement, c’est pour mieux s’adonner à la frénésie rythmique dans un Scherzo endiablé et un Finale d’une énergie collective, d’une virtuosité grisantes, sans l’ombre d’une faute de goût, où il se permet même à maintes reprises, en toute confiance, une battue à un temps.

    Quant à l’Orchestre de Paris, au sortir de dix années de Christoph Eschenbach, il sonne plus germanisé que jamais, et demeure à l’heure actuelle le seul orchestre français capable d’obtenir un tel cachet dans ce répertoire. Devrait-ce pour autant s’opérer aux dépens des couleurs typiquement françaises d’antan, comme absentes ce soir, dans Debussy et Ravel ? Là encore, un bel art du contre-pied.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 08/06/2011
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation du pianiste David Fray à la salle Pleyel, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    La Mer
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Concerto pour piano en sol majeur
    David Fray, piano
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n° 7 en la majeur op. 92
    Orchestre de Paris
    direction : Esa-Pekka Salonen

     


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